ÉRYSIPÈLE
coque érysipélateux. On peut s’assurer, comme l'ont fait MM. ( lornil et Denucé, que de telles cultures se reproduisent toujours identiques, déterminant par inoculations les mêmes lésions morbides.
En effet, c’est là un trait distinctif de l’histoire de ce microbe que scs cultures présentent toujours une grande virulence, sans atténuation. M. Denucé a inoculé, avec succès, un fragment de gélatine ayant servi à une culture du streplococcus, et oublié depuis plus d'un an dans son laboratoire. Fehleisen n’a pas reculé devant des expériences directes faites sur l’homme. 11 inocula sur sept malades des cultures provenant de quatorzième ou de dix-septième génération, une seule fois le résultat fut négatif. Aussi probante et plus morale est l’inoculation faite à l’oreille des lapins. Au bout de deux jours, on voit toute la conque devenue uniformément rouge, comme vous pouvez le voir sur ce lapin inoculé avanthier. Bientôt la rubéfaction gagne les tissus voisins. Le thermomètre indique une température plus élevée dans cette oreille que dans celle du côté opposé. Examinée par transparence, l'oreille laisse voir des vaisseaux très dilatés et les limites de la plaque rouge formant un léger bourrelet. Au bout de dix à douze jours, l’animal guérit tout seul. Un fragment d’oreille, amputée au moment où la rougeur est intense, montre au microscope les mêmes lésions que l'on observe dans une plaque d’érysipèle.
Malgré leurs résultats uniformément positifs, ces inoculations des cultures présentent encore quelques points obscurs. 11 est hors de doute que l’inoculation donne lieu à des résultats dont l’intensité morbide est incontestablement variable, très variable même. Pour expliquer ces faits, on a eu recours à l'hypothèse de santé antérieure individuelle, de résistance, de diversité des milieux, et nous savons combien cette manière de voir est conforme à l’observation. Mais quelques auteurs, en
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Allemagne et en Italie, considèrent toujours le microbe de la suppuration comme étant le même que celui de l’érysipèle, les accidents seraient de telle ou telle nature, c’est-à-dire produisant la purulence ou l’érysipèle, suivant que l’organisme serait malade, délibité ou prédisposé. Certains auteurs prétendent même avoir vu des érysipèles de la face, dans lesquels ils n’ont trouvé d’autres micro-organismes que le staphylococcus aureus. A côté d’observations caractéristiques, dans lesquelles le streptococcus de l’érysipèle aurait toujours donné lieu à des plaques rouges, tandis que le staphylococcus pyogenes aurait perpétuellement déterminé la suppuration, on en a publié d’autres dans lesquelles le même microbe engendrait à la fois les deux lésions. Toutefois, il est infiniment probable que ces résultats différents sont dus à des cultures défectueuses, dans lesquelles existaient à la fois les deux espèces de micro-organismes.
Pour bien étudier la place qu’occupent les streptocoques, il faut, comme nous l’avons fait, pratiquer des coupes dans la peau des plaques et perpendiculairement à leur surface. On colore d’après la méthode de Gram. Vous pourrez constater que tout le derme et le tissu cellulaire sous-cutané sont infiltrés de microcoques; ils abondent dans les vaisseaux lymphatiques, et aussi dans les espaces que déterminent l’entrecroisement des faisceaux dn tissu conjonctif; on les voit aussi dans les follicules pileux, ce qui explique la chute des poils et des cheveux après l’érysipèle. La face profonde du derme en contient beaucoup et, dans quelques cas, ils pénètrent même les cellules adipeuses. Les vaisseaux lymphatiques plus volumineux qui sont sous la peau en sont d’ordinaire abondamment pourvus, de même que les ganglions qui correspondent à la partie frappée d’érysipèle. Les microcoques se trouvent aussi dans le sang et ils modifient la structure de l’endothélium vasculaire. M. le pro-
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fesseur Jaccoud a, du reste, obtenu des cultures en ensemençant divers milieux avec du sang pris à un érysipélateux. Toutes les parties de la peau frappées d’érysipèle, ne présentent ni des lésions arrivées au même degré, ni une égale quantité de bactéries. Febleisen a démontré que c’était dans le bourrelet qui délimite la plaque érysipélateuse qu'on observait les microbes en plus grande abondance. En dehors de cette plaque, ils sont moins nombreux et, dans certains cas, ils sont à la périphérie comme enserrés etannihilés par les éléments ambiants. Dans d’autres cas, on les trouve dans les mailles conjonctives en voie de prolifération bien évidente. Leur état de resserrement et de constriction par les éléments ambiants indique l’arrêt prochain de l’érysipèle, tandis que leur accroissement et leur multiplication est l’indice que les lésions érysipélateuses iront s’étendant et franchiront les limites de la plaque existante.
La présence du microbe de l'érysipèle dans le derme s’accompagne d’une infiltration notable de globules blancs, qui sortent par diapédèse, des vaisseaux sanguins ou lymphatiques. De telle sorte que, dans quelques cas, ils environnent le cylindre vasculaire à la manière d’un manchon. Peu à peu, l’infiltration gagne et s'étend dans les espaces interfîbrillaires du derme, écartant et dissociant les faisceaux, de manière à former des ilôts environnés de toutes parts d’éléments embryonnaires. A mesure que l’érysipèle s’étend, on voit la diapédèse s’effectuer aussi dans les vaisseaux des parties qui vont bientôt être atteintes par la lésion. Ce processus de diapédèse n’est pas le seul qui soit déterminé par la présence du streptocoque. M. Renaul (de Lyon) a démontré que les cellules plates, qui reposent sur des faisceaux du tissu conjonctif, se gonflent, deviennent granuleuses, tandis que leur noyau devient vésiculeux; protaplasma et noyau se trouvent bientôt compris dans un
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travail de segmentation. Ces lésions s’observent soit uniformément étendues dans toute la plaque érysipélateuse, soit sous forme d'étoiles, dont le centre est constitué par un vaisseau sanguin ou lymphatique. Les altérations intra-dermiques sont surtout nettement accusées au niveau du bourrelet. La matière exsudée, qui noie tous les éléments dans un milieu liquide, ne peut être contenue dans les aréoles dermiques, alors elle s’épanche en dehors, soulevant l’épiderme el constituant les phlyctènes, abondantes surtout en cet endroit. Aussi le liquide de ces ampoules contient-il en assez grand nombre les éléments que j’ai indiqués comme faisant partie du processus érysipélateux, des globules blancs, quelques hématies et des streptocoques. Mais ceux-ci n’y sont jamais qu’en nombre relativement restreint, le liquide n’entraînant avec lui que ceux qui sont en quelque sorte en excédant. C’est là ce qui explique les nombreux insuccès des premiers observateurs, qui cherchaient le microbe pathogène dans le liquide contenu dans les phlyctènes, et n’obtenaient que des résultats négatifs par son inoculation aux animaux.
Comme vous le voyez par la très sommaire description que je viens de vous faire, l’action du streptocoque érysipélateux donne lieu à un processus inflammatoire, qui n’est pas sans quelque analogie avec celui qui aboutit à la suppuration. Cependant les choses s’arrêtent là dans l’immense majorité des cas, et c’est bien ce qui démontre la dualité des micro-organismes. Mais quel admirable terrain le streptocoque constitue aux bactéries pyogènes; on dirait que tout le travail qui d’ordinaire aboutit à la suppuration s’est arrêté à un moment donné; qu’alors survienne un germe d’un des microbes de M. Pasteur ou de Rosenbach, et la suppuration s’établira promptement. Tout érysipèle est
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donc en imminence de suppuration, et celle-ci peul se montrer sous la forme soit de petits abcès isolés, soit de vastes nappes purulentes.
D'après le processus que je vous ai indiqué, vous devez comprendre comment, suivant les diverses parties du corps où s'implante le streptocoque, il détermine des lésions qui, dans quelques circonstances, peuvent aboutir à la gangrène; soit que celle-ci arrive progressivement, alors que le tissu cellulaire et le derme permettent par leur laxité une accumulation notable des exsudais; soit que la pullulation des streptocoques s'effectue avec une telle promptitude, que les éléments anatomiques ne résistent pas à un envahissement aussi soudain ; soit que ceux-ci, altérés déjà par quelque cause inconnue, n’aient plus une suffisante vitalité pour réagir contre la prolifération bactérienne.
Telles sont les lésions que le streplococcus erysipelatus provoque dans la peau. 11 F envahit par des poussées d'ordinaire lymphatiques, qui souvent le font s’étendre de proche en proche comme une étincelle étend le feu, quand elle est déposée sur une plaque d’amadou. Il n'est aucune partie du corps, aucune organe dont la muqueuse ou la séreuse ne puisse devenir le théâtre d'une multiplication bactérienne érysipélateuse. Mais quelle que soit la partie envahie par le processus morbide, c'est toujours de proche en proche que s’étend l’érysipèle, soit que l’implantation du microbe ayant eu lieu à l’extérieur, l’intérieur soit ultérieurement frappé, soit (pie de l'intérieur la manifestation devienne extérieure. Souvent on n’a été fixé sur la nature d’une angine qu’en voyant apparaître au dehors un érysipèle, sortant par un orifice naturel et venant ainsi proclamer la véritable nature de la lésion primitive. L'inverse s’observe aussi cl des érysipèles de la peau se transforment en inllammalions profondes, toujours fort
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inquiétantes. Il n'est aucune organe qui soit à l’abri de l’implantation du streptocoque, et cela se comprend d’autant mieux, qu’il est, nous le savons, commun de le retrouver dans le sang, et qu’ainsi il peut être importé en tous les endroits.
Dans les divers organes, les lésions déterminées par la présence du parasite varient avec la texture de l’organe, mais toutes les altérations procèdent du type spécial que je vous ai signalé : abondante diapédèse de leucocytes, production d’éléments embryonnaires et envahissement des bactéries entre les faisceaux de fibres conjonctives. Je ne puis passer en revue les lésions de tous les organes, d’autant mieux que nous avons eu occasion de décrire les principales en vous entretenant des broncho-pneumonies, des endocardites, des néphrites infectieuses. Je dois vous dire cependant, à propos du transport du microbe dans le rein, que l'albuminurie n’est pas la conséquence obligée de l’évolution bactérienne en cet endroit. D’après de nombreuses recherches, l’albumine ne se montrerait que pendant les premiers instants qui suivent l'implantation microbienne dans les tubes rénaux, el celle-ci persiste encore que l’albumine disparaît de l’urine pour se montrer encore, si une nouvelle poussée se produit. D’après M. Dénucé, les bactéries se retrouvent dans le rein en masses zoogléiques, soit dans les capillaires de cet organe, soit dans les tubes hyalins, soit dans les glomérules ou dans la substance intertubulaire. Les micro-organismes se trouveraient dans les reins, d’après cet. auteur, comme si c’était pour l’organisme un moyen d’élimination du parasite. Ce travail éliminatif s'effectue presque toujours sans apporter au fonctionnement rénal un trouble bien profond, lorsque les bactéries sont en petit nombre, mais il détermine des lésions graves, si les micro-organismes sont en nombre considérable. Dans les cas où le rein a été touché, par le