‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 147 sur 207 · FORMES MALIGNES · texte numérisé non relu

FORMES MALIGNES

formes anomales de l'érysipèle et elle nous explique les allures parfois très disparates qu’affecte la maladie. Notez que je ne parle pas des cas où un autre microbe, venant joindre son action à celle du streptocoque, la partie du corps atteinte d’érysipèle est envahie par les bactéries pyogènes, ou que le vibrion septique entre en jeu. Je ne vous parle pas non plus de ces cas, où les symptômes tirent leur gravité de la fonction de l’organe altéré par la présence du streptocoque, comme, par exemple, lorsque le cœur, le poumon, le rein, ou les centres nerveux sont atteints. Je parle uniquement de ces cas d’érysipèle qui revêtent promptement un caractère de malignité, de ces cas où la gravité des symptômes généraux ne semble pas être en harmonie ou en parallélisme avec l’intensité de la lésion érysipélateuse. Eli bien, dans ces cas-là, je ne crois pas non plus à l’intervention des ptomaïnes sécrétées par le streptocoque, mais j'estime que tout au contraire s’explique par ce facteur sur lequel je reviendrai toujours, au risque de vous en fatiguer, tellement son importance me semble considérable, sur la question du terrain, du milieu sur lequel s’effectue la prolifération microbienne, Vous savez comment procède le streptocoque, vous savez aussi comment réagissent les éléments anatomiques, ces autres microbes qui constituent nos tissus. Il existe des cas incontestablement encore fort obscurs au point de vue de leur genèse, au point de vue des circonstances qui disposent ainsi les choses. Que cette prédisposition soit tirée d’un état antérieur ou qu’elle soit le fait d'une constitution héréditaire, il n’en est pas moins vrai qu’il est des éléments anatomiques qui ne réagissent pas, qui ne se défendent pas, qui sont immédiatement vaincus par l’envahisseur, quelquefois même sans ébaucher une résistance. Dès lors, leur destruction se consomme du fait de la vie du streptocoque, il tire de

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leur substance tout ce qui lui est nécessaire pour sa nutrition, le reste est abandonné et constitue des matériaux éminemment toxiques qui ne tarderont pas à manifester leur action sur l’organisme. C’est ce qui se passe lorsque les éléments anatomiques se trouvent hors d'état de résister, non plus du fait d'une déchéance organique, mais par suite de la manière dont ils sont agencés, delà laxité de leur structure, du manque de cohésion des tissus dont ils font partie, et, vous vous souvenez sans doute avec quelle facilité l’érysipèle devient gangreneux quand il frappe à ces endroils-là. De plus, vous savez que la gangrène se montre lorsque les microbes envahissent avec une abondance telle que toute résistance est impossible pour les éléments : ils sont vaincus d’avance.

Donc si les formes anormales de l’érysipèle peuvent être attribuées à des ptomaïnes, ce ne sont pas les microbes qui les fournissent, mais bien les éléments anatomiques frappés à mort par suite de l’invasion bactérienne, et, dans ces cas, nous assistons à une véritable auto-infection, car c’est nous-mêmes qui fournissons la matière toxique qui nous tue.

Yous n’ignorez pas qu’on a essayé de tirer parti, au point de vue thérapeutique, de ce pouvoir nécrosique des microbes de l’érysipèle sur les éléments anatomiques, dont la vitalité morbide semblait promettre de leur part une moindre résistance. On a essayé en effet d’inoculer des cultures d’érysipèle sur des productions fongueuses, sur des lupus et des masses végétantes morbides, ces tentatives. dont le principe est incontestablement vrai, n’ont pas donné les résultats sur lesquels on paraissait être en droit de compter. Il ne faut pas s’en étonner, car tous les phénomènes sont complexes et la nature réalise souvent d’elle-même les évolutions morbides les plus remarquables, sans vouloir les reproduire quand

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