‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 148 sur 207 · FIÈVRE PUERPÉRALE · texte numérisé non relu

FIÈVRE PUERPÉRALE

onia sollicite, alors qu’on semble s’ètre placé dans les conditions les plus favorables à leur manifestation.

C’est très intentionnellement que je fais suivre l’étude de l’érysipèle de celle de la fièvre puerpérale. Vous verrez bientôt quels liens étroits unissent ces deux états morbides. Très intentionnellement aussi, j’emploie le terme de fièvre puerpérale, qui est certainement le plus mauvais parmi tous ceux qui ont cours dans la littérature médicale, et d'autant plus mauvais qu’il indique quelque chose qui n’existe pas. Mais, vous le savez, et on l’a dit depuis longtemps, chaque défaut contient en germe une qualité, et la qualité qui se trouve ici cachée est d’autant plus précieuse qu’elle nous fournit un terme que tout le monde comprend, et qui nous sert à désigner un ensemble ou plutôt un mélange de faits et d’actions diverses ou diversement combinées.

L’idée d’une fièvre puerpérale sévissant sur les accouchées, état fébrile grave, essentiel et prenant seulement naissance dans l’état complexe des suites de couches, est une idée vieille comme la médecine, dont nous ont seulement délivrés les travaux modernes de l’anatomie pathologique. Mais la notion de cause à effet qui reliait l’existence de la fièvre puerpérale à des germes morbides disséminés dans l’air, et provenant de plaies chirurgicales, est également fort ancienne, puisque Vesou, médecin de l'IIôtel-Dieu, à qui M. de Lamoignon demandait, en 1664, la cause d’une épidémie sur les accouchées, n’hésitait pas à consigner dans son rapport que les salles de chirurgie situées au-dessus de la salle d’accouchement exerçaient une action incontestable sur l’apparition de la maladie. De nos jours et avant les admirables travaux de M. Pasteur, tout le monde était convaincu qu’il existait dans l’air un contagium inconnu, et je me souviens fort bien que lorsqu’une salle

FIEVRE PUERPERALE

d’accouchements était infectée, comme on disait même, il v a longtemps de cela, on la faisait promptement évacuer . Les murs, les plafonds, les planchers, tout était refait à neuf ou rebadigeonné. La literie même était mise au rebut, et on ne permettait aux accouchées de se réinstaller dans les mêmes locaux que longtemps après, lorsque les salles avaient été longtemps mises en communication avec l’air extérieur. J’ai vu cela maintes fois pendant le cours de mes études. Aussi, quand furent découverts les microbes, auteurs de tous les méfaits de la lièvre puerpérale, leur arrivée ne surprit personne, tout le monde les attendait, tout le monde les avait pressentis. On les accueillit comme nous le ferions en voyant une personne avec laquelle nous aurions longtemps été en correspondance sans l'avoir jamais vue. Le travail d<‘ MM. Pasteur et Doléris date de 1880; nombreuses furent leurs recherches et très concluantes leurs observations.

Quatre espèces de bactéries se retrouvent, sinon toujours réunies, du moins diversement associées dans tons les cas où une malade succombe aux suites de couches; ces quatre espèces sont, d’après MM. Pasteur et Doléris : 1° de grandes bactéries en filament, 2° des microcoques en chapelet, 3° des microcoques en points doubles, 4° des microcoques en points simples isolés ou réunis en amas. Or, de nouvelles investigations et des cultures nombreuses ont montré que la grande bactérie en blâment n’était autre chose que le vibrion septique de M. Pasteur, dont nous avons appris à connaître les terribles effets en étudiant les septicémies; que le second microbe en chapelet n’était autre que le microbe de l’érysipèle dont nous venons de vous entretenir; que le troisième et le quatrième n'étaient autre que deux microbes de la suppuration, l'unie microcoecus pyogene-s albus très probablement, l’autre le staphylococcus pyo -

Page 1