‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 154 sur 207 · RAPPORTS DES MICROBES · texte numérisé non relu

RAPPORTS DES MICROBES

Dans le laboratoire de M. le professeur Macé, de Nancy, M. Legrain a fait une étude très intéressante des points occupés par les gonocoques, aux divers âges de la maladie. Au début de la chaude-pisse, le nombre des leucocytes purulents pénétrés par les bactéries est très restreint, deux ou trois pour cent en sont pourvus; la proportion augmente de jour en jour, en même temps qu’augmente le nombre d’éléments parasitaires contenus dans chaque globule blanc; on en rencontre jusqu’à cent dans un même leucocyte. Au bout d’un certain temps, encore assez variable, c'est dans la muqueuse que prolifèrent les gonocoques; puis, à la période subaiguë, les bactéries redeviennent nombreuses dans les globules blancs et envahissent un grand nombre d’entre eux, tandis que fort peu de cellules épithéliales en présentent. D’où cette conséquence pratique, que c’est seulement tout à fait au début, ou seulement à la période de sub-acuité, que l’on a les chances les plus sérieuses de se rendre maître du mal. Plus tard, à la période dite chronique, ou vulgairement goutte militaire, il existe fort peu de leucocytes; de nombreuses cellules épithéliales sont suspendues dans le liquide et toutes sont bourrées de gonocoques; jusqu’à cent vingt s’y observent à la fois. D’autres nagent en liberté dans le liquide; très peu se retrouvent dans les globules blancs.

Si vous voulez bien observer les microbes delà chaude- »

pisse, voici comment vous devez opérer : commencez par faire uriner le malade, et peu après recueillez, avec une pointe stérilisée, un fragment de pus que vous étendrez sur une lamelle, sans étaler par frottement avec une autre plaque, laissez sécher et colorez avec la liqueur d’Ehrlich au violet de gentiane. Si vous prenez le pus sur une femme, prenez-le dans son urètre, car vous devez vous méfier toujours des très nombreuses bactéries qui se trouvent dans le mucus vaginal.

BLENNORRHAGIE

C’est Bumm qui, le premier, a réussi les cultures du gonocoque. Le milieu de prédilection de ce microbe est le sérum du sang humain, conservé à une température de 37 degrés. Ce microbe s’accroît lentement et il forme une colonie ressemblant à une mince pellicule. Encore faut-il, pour parvenir à le reproduire, ensemencer avec des micro-organismes provenant d’écoulements récents. On peut, d’après Kreis, le cultiver aussi sur la gélose, c’est alors sous forme d’un nuage pulvérulent que le microbe envahit le milieu. Mais c’est là un mauvais moyen, et reproduits par ce procédé, les gonocoques n’ont qu’une vitalité très médiocre. Si, au contraire, les milieux sont ensemencés avec le pus d’un écoulement datant d’un mois, on n’obtient qu’à grand’peine une reproduction du microbe, les colonies sont à peine perceptibles et la vitalité est considérablement amoindrie; dans ce cas, les gonocoques ne peuvent pas reproduire une seconde génération. Tout cela concorde admirablement avec ce que nous savons cliniquement de la puissance de contagion que possèdent les écoulements anciens. Vous savez, en effet, que la blennorrhée est à peine inoculable et que souvent on peut avoir commerce avec un individu atteint d’un écoulement ancien sans en être incommodé. Cependant, ne vous y fiez pas trop, car le microbe montre quelquefois un regain de vitalité dont les conséquences sont désagréables.

Bockardt et Finkelstein ont inoculé le produit de leurs cultures dans l’urètre de l’homme. Six étudiants en médecine, désireux d’essayer d’une nouvelle manière de contracter la blennorrhagie, se prêtèrent à cette épreuve; trois d’entre eux, inoculés avec un fragment de culture pure, eurent une belle et bonne chaude-pisse, tandis que les trois autres dans l’urètre desquels on avait déposé un fragment de culture mélangé avec

INOCULATIONS

un liquide antiseptique , n’eurent absolument rien. Bockardt et Bumm ont également donné la maladie à des hommes et à des femmes en leur inoculant des fragments de culture. Les désordres que produit le microbe. lorsqu’il est au contact de la muqueuse conjonctivale, ont empêché de tenter sur l’homme la production d’une ophtalmie blennorrhagique par les cultures. Le professeur Ch. Bouchard l’a fait cependant dans un but thérapeutique, alors que cette expérience devenait parfaitement licite, c’est-à-dire pour un cas de pannus. Le résultat a été négatif. Mais on a pu déterminer sur quelques animaux des conjonctivites intenses, chez ceux, bien entendu, dont l’œil ne constitue pas un milieu réfractaire au développement du gonocoque. C’est ainsi que M. Legrain a déterminé chez le cobaye une légère conjonctivite, de purulence médiocre, mais dans laquelle la grande majorité des globules blancs contenait des microbes de la blennorrhagie dans l’intérieur de leur cellule. Les inoculations de cultures dans l'urètre des animaux a toujours donné des résultats négatifs; c’est un privilège pour l’espèce humaine que de pouvoir contracter la blennorrhagie. M. Constantin Paul a vu une culture faite dans du bouillon de veau, et inoculée à une femme parfaitement saine, déterminer le sixième jour une vive cuisson en urinant, ainsi qu’un peu d’écoulement; le lendemain, tout avait disparu. Mais cet auteur ne dit pas si cet écoulement éphémère contenait ou non des gonocoques dans ses éléments figurés.

Dans toutes les cultures, le microbe de la blennorrhagie a montré une très grande susceptibilité à l’action de certaines causes de destruction. Il faut peu de chose pour les rendre non virulentes, mais cependant une dessiccation même prolongée ne tue pas les microbes. Les substances antiseptiques ont sur eux une action

BLENNORRHAGIE

décisive qui peut être utilisée dans la thérapeutique, le nitrate d’argent à 2 p. 100 et le sublimé corrosif au 1 p. 1000, arrêtent absolument la repullulation du microorganisme. Les bactéries dont je viens de vous donner la description se montrent avec leurs mêmes caractères dans toutes les affections blennorrhagiques, soit dans la vessie, l’utérus, le vagin, le rectum, l'urètre, la conjonctive. On les retrouve aussi dans l'ophtalmie des nouveau-nés, quand ils ont été contaminés par la mère au moment de l'accouchement. La présence du microbe est donc la caractéristique de toute affection blennorrhagique.

Je vous ai déjà dit que liai 1 ier avait découvert des gonocoques dans les arthrites rhumatismales blennorrhagiques ; ses résultats ont été confirmés en Italie par Pétrone, et, en Allemagne, par Kamerer. Vous voyez, là encore, un fait qui fournit un appui à cette manière de voir, que le rhumatisme est aussi une maladie de nature microbienne, puisque dans les cas où son origine blennorrhagique est absolument démontrée par la coïncidence de l’arthropathie avec un écoulement urétral; l'anatomie pathologique ne peut montrer une différence quelconque pouvant exister entre le rhumatisme blennorrhagique et le rhumatisme occasionné par l'impression du froid. Et notez bien que dans ces cas-là, on ne saurait invoquer la présence des microbes dans le sang comme constituant un état d’où provient l'arthrite, les expériences directes d'injection intraveineuses de cultures de gonocoques n'ont jamais donné le moindre résultat.

L'interprétation des phénomènes morbides ne nous retiendra pas longtemps ; ils sont, en effet, extrêmement simples dans leur évolution. Nous avons vu que le premier fait de l’implantation microbienne était un gonflement plus ou moins notable des cellules épithé-

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