‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 159 sur 207 · MICROBES DIVERS · texte numérisé non relu

MICROBES DIVERS

Plus tard, disent ces deux savants, les mêmes microcoques existent et se rencontrent accolés aux filaments qui constituent le réticulum. Ils les décrivent comme les ayant vus sous forme de granulations légèrement ovoïdes, libres ou réunies en deux ou un plus grand nombre d’éléments, et ils les ont retrouvées dans la zone qui circonscrit les pustules. La façon dont ils les ont colorés ne leur permet pas de les confondre avec les granulations ordinaires, attendu que l’hématoxyline, dont ils ont usé pour leurs préparations, colore ces microbes et est sans action sur les granulations moléculaires.

En 188G, Yogt inocula à des veaux du pus variolique et détermina sur eux des pustules dont il se servit pour ensemencer des milieux artificiels; les colonies se montrèrent diversement colorées. Guttmann prétendit que ces différences de coloration tenaient à ce qu’on avait simplement reproduit des bactéries pyogènes. Pour lui, la reproduction facile du micrococcus pyogenes aurais ne laissait aucun doute à cet égard; du reste, ajoutait-il, aucun des produits de ces cultures ne détermine chez les animaux autre chose que des suppurations banales. De là, pour Guttmann, cette conclusion : ces bactéries n’étaient en rien les bactéries pathogènes de la variole Pfeiffer a publié dans la Semaine médicale des observations tendant à prouver qu’il existe dans les pustules de la variole humaine, aussi bien que dans celles qui sont communiquées à des animaux, un parasite énorme relativement et qu’on peut observer sans recourir aux méthodes de coloration. Ce parasite, qui ne fait jamais défaut, dit-il, appartient au groupe des Sporozoées, se rapprochant beaucoup du groupe des coccidies; il ne mesure pas moins de 8 à 10 [J-. En vous parlant de la vaccine, je vous ferai connaître les résultats également observés par cet auteur, résultats qui pourraient bien bien infirmer ceux-ci.

VARIOLE

Marotta croit avoir trouvé le véritable agent spécifique de la variole. Pour lui. il existe dans cette maladie une seule et unique espèce de micro-organisme, le micrococcus tetragone. Cependant cette bactérie pathogène s'accompagne, toujours d’après lui, des microbes de la suppuration, quand survient la purulence dans l'intérieur des vésicules, mais le tetragone est véritablement l'agent pathogène. 11 a cultivé ce microbe sur la gélatine et l'agar-agar et a remarqué que l’optimum de température serait 38 degrés. Avec le produit de ces cultures à la septième génération, il aurait inoculé, six fois sur sept, de belles pustules vaccinales à des veaux. Quoi qu'il en soit, le portrait qu'il trace des colonies obtenues par lui ressemble à celles qui résultent de la prolifération du micrococcits pyogenes aurais.

Illava n’a pu constater que les bactéries pyogènes sans autres. Carré a vu dans les pustules varioliques un micrococcus très petit, facilement cultivable sur la gélatine qu’il ne liquéfie pas, et donnant sur ce milieu, de même que sur la gélose, naissance à des taches d'un blanc grisâtre qui, examinées au microscope, ne soûl autre chose qu’un conglomérat de petits flocons de même couleur. Quand ces cocci sont ensemencés dans du lait, celui-ci en est promptement coagulé ; cultivés sur le sérum sanguin solidifié, ils ne tardent pas à produire la liquéfaction. Carré a inoculé à des veaux le produit de cette culture et il a constaté qu'il obtenait de belles pustules, contenant des bactéries identiques, rendant ces animaux réfractaires à des inoculations ultérieures de vaccin ordinaire. En injections intra-veineuses et sous-cutanées, les cultures sont sans action. Le même auteur dit avoir vu, coexistant avec le microcoque, deux autres espèces de bactéries.

Voilà terminée, messieurs, la longue liste des microbes que l’on a vus ou cru voir dans la variole; vous

ACTION DU MICROBE

le voyez, au milieu de cette abondance, nous sommes fort embarrassés, car rien dans les expériences que je viens de vous faire connaître ne révèle l’existence d’un agent pathogène bien nettement déterminé. Tout, au contraire, semble indiquer que les observateurs, dont je viens d’analyser très sommairement les travaux, n'ont aperçu que les microbes secondaires de la maladie. On peut hardiment affirmer qu’il existe un autre micro-organisme qui jusqu’ici a échappé aux investigations. Cependant il n’est pas douteux, non seulement que la maladie soit d’origine parasitaire, mais encore que plusieurs microbes ne concourent à sa production. Les premiers préparant en quelque sorte le milieu où les bactéries évolueront ultérieurement. Ce qui démontre cela d’une façon indiscutable à mon sens, c’est ce fait, que jamais le produit des cultures diverses n’a donné lieu à une infection variolique quand il a été injecté dans le sang, alors qu'il est constant que la propagation de la maladie s’effectue le plus ordinairement par les voies respiratoires et que des expériences directes ont, du reste, montré l’exactitude de cette observation quotidienne. Donc si on inocule par des injections intra-veineuses le produit des cultures, sans succès, de deux choses l’une, ou le microbe spécifique n’a jamais été vu, ou bien le microbe ne saurait agir si d’autres micro-organismes ne lui préparent pas le terrain.

Quant à la lésion anatomique caractérisant la maladie, sa production ne saurait s’expliquer, d’après M. Renaut (de Lyon), sans l'intervention d’un microorganisme ; ce serait à un microbe en effet que serait due l’action qui, débutant à la phase de prépustulation, aboutit graduellement à la formation cavitaire. Pour M. Renaut, l’action devrait commencer à se manifester dans la région qui environne les noyaux des cellules du corps muqueux; il se produirait là une formation de

VARIOLE

débris, que M. Leloir a désignés sous le nom de poussière protoplasmique, dont la résorption lente et graduelle aboutirait directement à la formation d’une cavité.

Quoi qu’il en soit, rien de positif ne se dégage de ces théories diverses, nous pouvons seulement dire qu'il est infiniment probable qu'un ou plusieurs microbes pénètrent, à un moment donné, dans la circulation générale, que par cette voie les micro-organismes sont apportés à la périphérie du corps, et non seulement à la périphérie, mais encore dans tout l'organisme. Dans les mailles du lissu sous-muqueux, le microbe, pour les besoins de sa nutrition, provoque un travail de destruction analogue à celui que nous a décrit M. Renaut, précédé probablement d'une phase initiale désignée par Weigert sous le nom de coagulation. Puis les éléments ainsi modifiés disparaissent, résorbés ou non. A ce moment, interviennent les microbes pyogènes et un autre processus commence, qui graduellement aboutit à la pustulation générale avec toutes ses conséquences, primitives et secondaires. Comment ces microbes pyogènes interviennent-ils? Comment sont-ils présents à un moment donné dans toutes les pustules? Comment leur intervention graduelle s’effectue-t-elle d’après un ordre constant? d'où viennent-ils? sont-ils dans la peau? sont-ils dans le sang? Autant de questions auxquelles nous ne pouvons répondre dans l’état actuel de nos connaissances.

Mais tous les microbes ne sont pas à la périphérie ; un grand nombre est mis, par l'intermédiaire du sang, au contact des éléments anatomiques qui entrent dans la composition des autres organes, et c'est ainsi qu'ils déterminent les nombreuses lésions viscérales de la variole, les endocardites, les néphrites, etc., etc., toutes lésions qui font partie de l'anatomie pathologique de la variole que nous il avons pas à faire ici, toutes lésions

VACCINE

d’origine microbienne, constituées d’abord par les besoins de la nutrition des bactéries, et surtout par le genre, l’agencement des éléments anatomiques, au contact desquels se trouvent les microbes. De même que quand les microbes sont infiltrés dans le derme, ils modifient celui-ci d’après sa texture, de même les modifications qu’ils apporteront dans les autres organes seront en quelque sorte régies par la structure anatomique de ceux-ci.

Mais indépendamment de cette action directe des micro-organismes sur les organes qu’ils infiltrent, il y a toujours à considérer une action exercée par les ptomaïnes, dues à la nutrition microbienne, et qui naturellement sont d’autant plus abondantes dans le sang que les microbes sont plus nombreux dans l’économie. C’est la raison qui explique les phénomènes cérébraux qui apparaissent dans le décours de certaines varioles, c’est ce qui donne aux varioles confluentes leur allure caractéristique. C’est enfin ce qui rend la maladie. si meurtrière pour certains individus qu’un genre de vie quelconque a préalablement affaiblis.

Vous voyez que pour ce qui a trait à la variole, nous en sommes réduits à des hypothèses, plus ou moins probables, et certainement il en sera ainsi tant que nous ne saisirons pas le corps du délit, le microbe pathogène. Quand celui-ci nous sera bien connu, il est positif que les propriétés diverses qu’il nous manifestera, soit dans scs cultures, soit dans ses inoculations à la série animale, nous seront d’un grand secours pour expliquer les phénomènes de la maladie.

Nous allons maintenant étudier la vaccine, au point de vue bactériologique, et bien entendu à ce seul point de vue.

L’étude de la vaccine a du reste tous les titres pour

CAliADE

VACCINE

être étudiée dans la classe des fièvres éruptives. En premier lieu, à cause des rapports étroits qui Eunissent à la variole, et secondement à cause des cas où l’éruption vaccinale se généralise; où des pustules de vaccin apparaissent sur toute la surface du corps, constituant un véritable exanthème, comme j'ai eu occasion d'en observer un très beau cas la semaine dernière.

En 1872, Colin décrivit des bactéries, observées par lui dans le liquide vaccinal; c’était, disait-il, des microcoques réunis en chaînette ou groupés en staphylocoques, en tout semblables à des micro-organismes, reconnus par lui comme existant dans la variole franche. Il leur donna le nom de micrococcus vaccinal. Cette constatalion venait à l’appui de ce que M. Chauveau avait dit quatre ans auparavant : le vaccin doit sa virulence à des particules grenues qui sont en snspension dans sa masse. Après Cohn, AVeigert montra que ces particules grenues étaient des micro-organismes. Cette constatation avait une haute importance. M. Chauveau, voulant prouver que le vaccin doit uniquement sa virulence aux granulations, avait très soigneusement filtré le vaccin, de manière à le dépouiller exactement de toute espèce de particules, et il avait démontré que dès lors le vaccin devenait inerte de la façon la plus radicale. Dès qu’il fut démontré que ces particules étaient des microbes, c’était donc à ceux-ci que le vaccin devait de produire ses effets. Nous avons dit, il n'y a qu’un instant, que de nombreux auteurs, Carré entre autres, avaient reproduit par la culture un microbe, trouvé par eux dans les papules varioliques, et que l’inoculation de ces cultures déterminait chez les veaux l’apparition de belles pustules vaccinales, mettant les animaux à l’abri des inoculations ultérieures du vaccin.

Les expériences à coup sûr les plus intéressantes ont été faites en Russie, par M. Quist. Ce savant a, en

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