VACCIN ARTIFICIEL
effet, tenté de fabriquer par les cultures un vaccin artificiel. Pour lui, le microbe vaccinal est un aérobie très avide d’oxygène, et l’emprunt qu’il fait de ce gaz aux éléments avec lesquels on le met en contact, constitue le trait caractéristique de son évolution vitale. Après avoir longuement décrit les milieux de culture dont i l s’est servi pour reproduire son microbe, M. Quist nous apprend qu’il les ensemençait avec un fragment d’épiderme détaché d ’une pustule vaccinale, du troisième au dixième jour de l’évolution de celle-ci. Le milieu ne tarda pas, dit-il, à devenir le centre d’une abondante prolifération bactérienne. Du huitième au dixième jour* la surface du liquide se recouvrit de fines aiguilles qui n’affectaient entre elles aucune cohésion. Quelques jours plus tard, il se forma dans le liquide une fine poussière grisâtre, qui gagna promptement le fond et qui n’était autre chose, tout comme les aiguilles de la surface, qu’un amas de micrococci d’un diamètre de 5 [*. En outre, M. Quist déclare avoir vu dans ces cultures un assez grand nombre de bacilles. Ces cultures ainsi obtenues ont servi de vaccin, et plusieurs enfants, auxquels elles ont été inoculées, ont présenté des séries tout à fait heureuses, dans lesquelles chaque enfant présentait au bout de six jours de belles pustules vaccinales parfaitement légitimes, qui évoluèrent comme si elles eussent été déterminées par un vaccin normal. De plus, et ceci constitue une expérience d’une haute valeur, un de ces enfants, ainsi vacciné avec une culture, fut revacciné huit jours après avec du vaccin normal, et le résultat de cette seconde vaccination fut absolument négatif. Toutefois il reste à savoir, et M. Quist en convient volontiers, comment se comporteront ces vaccinés si une épidémie de variole vient à éclater. Du reste, le vaccin artificiel se conserve aussi bien et aussi longtemps, et toujours avec les mêmes
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VACCINE
propriétés, que le vaccin le plus normal. L’optimum <lc température pour réussir ces cultures a été de 19 à 21 degrés. Je n’ai pas besoin d’insister pour vous dire de quel haut intérêt deviendrait l' utilisation d’un pareil vaccin, si l’avenir démontrait son efficacité. On serait toujours sûr, en en faisant usage, d’éviter toute inoculation morbide, soit syphilitique, soit tuberculeuse, soit de toute autre affection. Le travail de M. Quist a paru dans la Gazette hebdomadaire du 8 février 1884.
La même année, Yogt prétendit avoir retiré et observé trois microcoques de la lymphe vaccinale. Cultivée sur des plaques de gélatine, une de ces especes donne naissance à des colonies grisâtres , dont l’inoculation entraîne une immunité absolue aux insertions ultérieures du vaccin jennérien. Une autre espèce, est caractérisée par de larges cellules sphériques qui donnent lieu à des colonies de couleur verte.
Enfin, Tenholt, dont les résultats doivent sans doute reposer sur une observation vicieuse ou incomplète, prétend que au moins dix espèces de coccus existent dans le liquide vaccinal, et, comme si ce n'était pas assez, il a encore vu deux bacilles et deux levures.
Tel est l’état de la question, et, comme vous le voyez, le microbe du vaccin n'est pas mieux connu que celui de la variole. Cependant, dans toutes ces expériences, un fait ressort avec assez de netteté, c’est que tous les auteurs qui se sont occupés de la question remarquent la quasi-identité qui existe entre les microbes vaccinaux et les microbes de la variole. Bien plus, Carré prétend qu’en cultivant des microbes varioliques, il a obtenu par inoculation des pustules vaccinales. Par conséquent, nous pouvons dire qu’il est probable que le même micro-organisme actif existe et réside dans l'un et l’autre liquide, le liquide vaccinal et le liquide contenu
VACCINE
dans les pustules varioliques. Du reste, l’immunité que l'une de ces deux affections crée pour l’autre, est bien, a priori, une présomption pour croire qu’il en est ainsi.
Ce qui n’empêche pas que les mêmes points sont encore à élucider, dans la question de la vaccine, comme dans la question de la variole, dans l’un comme dans l’autre cas, nous ne savons rien de l’alliance des micro-organismes pathogènes avec les microbes de la suppuration. Nous ignorons aussi pourquoi l’inoculation de la variole produit des effets qui retentissent sur tout l’organisme, pourquoi elle détermine une éruption, qui se généralise et s’étend à toute la surface du corps, tandis que l’inoculation vaccinale évolue tout entière dans l’immense majorité des cas, au point d’insertion seulement, et cependant modifie assez profondément l’organisme pour en faire un terrain de culture défavorable à la reproduction du microbe de la variole.
En résumé, nous ne savons rien ou fort peu de choses sur les bactéries de la vaccine et de la variole. Nous continuerons l’étude des fièvres éruptives dans notre prochain entretien, malheureusement sans pouvoir vous apporter des faits beaucoup plus probants, et sans pouvoir vous fournir des conclusions plus péremptoires.