EAU
ce liquide que se propagent les micro-organismes facteurs des épidémies les plus meurtrières. Le rôle de l’eau dans le transfert des microbes pathogènes est d’ores et déjà parfaitement démontré dans les extensions d’épidémies de fièvre typhoïde, de typhus, de choléra, de dysenterie, et, comme vous savez que les bactéries ne naissent pas spontanément dans l’eau, pas plus qu’ailleurs, vous pourrez affirmer que toute eau potable dont l’ingestion occasionne l’un de ces états morbides a été contaminée, soit par les déjections, soit par les produits divers que peut émettre un malade en proie à Ja même maladie. MM. Yidalet Gliantemesse, dont j’aurai à vous faire connaître les travaux quand nous traiterons devant vous de la fièvre typhoïde au point de vue bactériologique, ont démontré dans une épidémie qu’une des sources où venaient s’abreuver certains groupes d’habitants décimés par la fièvre typhoïde était chargée de bacilles typhiques, et, de fait, il était d’observation vulgaire que tous ceux qui buvaient à cette source ne tardaient pas à contracter la maladie. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance que présente Je pouvoir de l’eau dans la diffusion des maladies; vous comprendrez facilement que, depuis que nous possédons la notion exacte de la contamination des eaux par les micro-organismes, cette question soit devenue un des points les plus importants de l’hygiène.
L’eau est du reste beaucoup plus riche en bactéries que l’air, et cela par la raison que les micro-organismes y sont à l’abri de l’influence nocive que la dessiccation exerce sur eux. Certaines espèces y vivent en effet très bien et s’y conservent longtemps, alors même que l’eau est la plus pure et la plus limpide. MM. Straus et Dubary ont démontré que la composition chimique de l’eau ne créait pas un pouvoir de conservation différent, puisque les divers microbes pathogènes se conservent
OU SE TROUVENT LES BACTERIES
aussi bien dans l’eau distillée que dans celle qui est chargée de détritus organiques. D’après ces deux auteurs, le bacille du charbon est encore vivant dans l’eau après cent trente et un jours, et il forme des spores ; le bacille de la fièvre typhoïde après quatre-vingts jours, et le bacille virgule du choléra après trente-neuf jours ; MM. Straus et Dubary ajoutent que ces chiffres exprimant la durée de survie des micro-organismes ne signifient pas que telle soit leur résistance maxima.
Peut-on observer dans l’eau pure la multiplication des bactéries ? Il est rare de trouver des espèces pour lesquelles l’eau pure constitue un milieu suffisant, et qui puissent y pulluler; cependant il est hors de doute que quelquefois les choses se passent ainsi, notamment en ce qui concerne les microbes dysentériques, qui vivent, croissent et se reproduisent dans l'eau la plus pure. Vous le voyez donc, messieurs, pas plus pour l’eau que pour toute autre chose, il ne faut se fier aux apparences, car une eau d’aspect limpide et engageante peut fourmiller de bactéries, tandis qu’une eau saumâtre et chargée de détritus organiques peut parfaitement en être indemne.
L'eau d’une source est pure à son émergence, à supposer que les conditions qui peuvent empêcher l’arrivée des microbes dans sa nappe souterraine soient toutes réalisées. 11 faut que le sol constitue un filtre puissant pour arrêter au passage tous les micro-organismes. Par conséquent, il faudra se tenir en garde contre les eaux ■de source, qui sont le produit d’une filtration sur des matériaux grossiers et surtout lorsqu’il existe des lacunes, des failles considérables dans lesquelles l’eau passe sans obstacles. La nappe d’eau souterraine doit couler au travers d’un sable très fin et très serré, le sable grossier ne crée pas une barrière suffisante. De plus, le filtre doit avoir une longueur notable, car il