ROUGEOLE
lement retrouvées par MM. Corail et Babès, non seulement dans le sang, mais encore clans les divers endroits que je viens de signaler, partout enfin où se manifeste un état morbide sous la dépendance de la rougeole. Le micro-organisme observé a paru à MM. Corail et Babès tellement caractéristique, qu'ils ont essayé de le reproduire par la culture. Le sang morbilleux, destiné à ensemencer le sérum sanguin qui devait servir de milieu, a été pris au niveau d’un bouton rubéolique, et les deux savants ont constaté que, au bout de trois jours, ils avaient obtenu une colonie sous la forme d’une pellicule d'un gris sale, qui. examinée au microscope, était constituée par des micrococci en tout semblables à celui qu'ils avaient déjà trouvé, soit dans le sang, soit dans les humeurs morbides, sans qu'ils puissent invoquer un seul trait les différenciant. Inoculation de cette culture a été pratiquée par les mêmes auteurs, sous la peau demi-muqueuse, qui recouvre le museau des cobayes, et ils ont en effet déterminé sur ces animaux une maladie qui ressemble beaucoup à la rougeole, se traduisant par des éternuements, une élévation de température, des rougeurs diffuses sur quelques points de la peau et enfin un certain degré de conjonctivite. M. Lebel prétend avoir observé, dans l’urine des malades atteints de rougeole, de petits bacilles légèrement courbés et mobiles, avec une spore dans leur intérieur. Ce bacille ne se trouverait, d'après lui, que dans les premiers jours delà maladie, disparaîtrait ensuite, pour ne se montrer qu'au moment de la desquamation. Ce microbe n'a du reste jamais été cultivé.
C’est à ces données encore bien vagues, bien embryonnaires, bien isolées que se bornent toutes les notions que nous possédons, à l'heure actuelle, sur le microbe de la rougeole. Comme vous le voyez, rien n'est moins précis, rien n'est plus hypothétique; attendons de nouvelles recherches.
SCARLATINE
Les recherches des microbes pathogènes de la scarlatine ont été nombreuses, plus variées, mais malheureusement tout aussi infructueuses. Les premiers observateurs ont été les deux éminents professeurs de Nancy, MM. Coze et Feltz qui, dès 1872, affirmèrent avoir rencontré dans le sang des malades atteints de scarlatine une sphéro-bactérie mobile mesurant 0,6 h-. Mais là se bornent leurs constatations. Cependant, en Angleterre, Pohl Pincus observa des microbes identiques, non seulement dans le sang, mais encore dans les lambeaux provenant des desquamations de la muqueuse pharyngienne, et dans le produit pultacé recueilli sur une amygdale.
Brusquement la (pies lion prit une face nouvelle avec les données et les assertions de Klein et Power. L'un et l’autre rattachèrent l’origine de la scarlatine à une mammite contagieuse développée sur le pis des vaches, le lait non bouilli servant de véhicule au transport des microbes. La maladie se traduisait, assuraiton, chez la vache par des ulcérations, succédant à un gonflement douloureux de la tétine et à de largespustules blanches. Cette maladie se transmet, paraît-il, parfois identique, sur les mains des frayeurs, tandis «pic si on l’inocule à des veaux, elle se reproduit toujours semblable à elle-même, mais parfois détermine leur mort. Le produit du raclage de ces ulcères montrait toujours un grand nombre de bactéries réunies en chaînette plus ou moins longue, que Klein a cultivées sur gélatine en remarquant ([ue le milieu n'en était pas liquéfié. Les colonies affectent une forme obronde dans l’intérieur de la masse gélatineuse, aplatie au niveau de la surface; leur couleur est d'un gris blanchâtre et leur développement s’effectue avec une très grande lenteur. Telles sont les observations de Klein et Power.
Ces mêmes microbes, toujours d’après ces deux
SCARLATINE
observateurs, se reproduisent fort bien dans le lait, qu’ils coagulent en moins de quarante-huit heures. Les cultures diverses ont été inoculées à des veaux, qui ont présenté un empâtement très notable au point d'insertion de la culture, un important retentissement ganglionnaire, et qui finalement sont morts, trois semaines environ après l'inoculation, présentant les lésions anatomiques les plus diverses, avec une tendance générale très marquée à la production du pus, qui se retrouvait dans le péricarde, les plèvres, le foie. Cependant, en ensemençant des tubes de gélatine avec le sang de ces veaux, Klein et Power reproduisirent des streptocoques.
Ces expériences et ces constatations ont été reprises par MM. Brown et Crookshank. Ces savants anglais ont été témoins d’épidémies semblables, envahissant de grands troupeaux de vaches, dont le lait continuait à alimenter un village, d’une population de 1,300 habitants, sans qu’aucun des consommateurs ne présentât de scarlatine. Reprenant les cultures et les inoculations de leurs devanciers, ces deux auteurs prétendent n’avoir remarqué sur la gélatine, autre chose que le micrococcu* pyogenes. La mort, dans les cas où une inoculation était pratiquée, était le résultat d'une infection purulente, comme du reste on peut le pressentir d’après la relation des autopsies pratiquées par Klein. Quant à la maladie des vaches, elle ne serait autre chose qu’une épidémie de cowpox, et ils se félicitent de cette mine de vaccin régénéré que l’Angleterre possède maintenant.
Pour juger le différend élevé entre ces savants également convaincus, la Société médico- chirurgicale d’Edimburg nomma une Commission spéciale avec mission d’étudier la question par des expériences nouvelles. Cette Commission fut amenée à la conclusion suivante : Dans l’état actuel des choses, il est fort probable que le
LE BACILLE
microbe décrit par Klein et Power n'est autre chose qu'un microbe de la suppuration dont la présence donne lieu à des phénomènes qui rappellent de tous points l’intoxication purulente. Je dois ajouter que d'autres observateurs ont cité des cas dans lesquels plusieurs individus auraient contracté la scarlatine en faisant usage de lait non bouilli, alors même que ce lait aurait été pris sur des vaches non malades de la maladie décrite par Klein, ni de toute autre.
Bien que les découvertes d’Edington n'aient pas reçu la confirmation des observateurs qui sont venus après lui, je n’en dois pas moins vous les faire connaître. En collaboration avec Jamieson, Edington a décrit dans la scarlatine huit espèces de bactéries rencontrées soit dans le sang, soit sur la surface tégumentaire des malades. Dans ce nombre, Edington en a particulièrement décrit et dénommé trois, dont la présence lui a paru plus constante, et dont les cultures ont semblé posséder une plus grande virulence. Ces trois espèces bactériennes consistent en deux microcoques et un bacille. Le premier microcoque est, suivant ces auteurs, 1 estreptococcus rubiginosus, sa terminologie vous fait pressentir et sa forme et les propriétés qu'on lui prête. Ce serait même, d'après les savants anglais, une bactérie dont l’action est secondaire. Le second microbe est le dip/ococcus scarlatinœ; il n’a pas, à en croire ses deux parrains, une action pathogénique beaucoup plus considérable, cependant ils l’ont cultivé et reproduit sur la gélatine qu’il ne liquéfie pas.
Pour Edington, le véritable agent pathogène de la scarlatine serait un bacille, le bacillus scarlatinæ . Ce bacille est, d’après lui, d’une longueur de 1 u. à 1,4 ^ sur une largeur de 1/2 Presque toujours il a observé que ces microbes étaient enveloppés d'une capsule très difficile à voir. La sporulation de ces bactéries serait facile à
SCARLATINE
observer. Il se formerait dans l’intérieùr de chaque bâtonnet une spore ovoïde, dont le grand axe atteindrait presque la longueur du bacille. Avant la sporulation, ces éléments sont doués d'une grande mobilité. Ce microbe se cultive bien sur bouillon où ses cultures s'étendent en nappe opaline, reposant sur un liquide d'abord rendu trouble, et reprenant ensuite sa limpidité. Le bacille se reproduit aussi bien sur la gélatine, qu'il liquéfie, et sur la pomme de terre dont il recouvre promptement la surface de section d une colonie jaunâtre. D'après Edington, cette bactérie serait très longtemps persistante sur le corps des scarlatineux, on la retrouverait un mois au moins, dans les petites écailles furfuracées qui se montrent après la maladie, et pendant que la santé paraît depuis longtemps revenue à celui qui vient d'avoir la scarlatine.
Toutes ces cultures ont été inoculées à des animaux, et voici quels sont les résultats qu’Edington prétend avoir obtenus. Les lapins et les cobayes, sous la peau desquels on insère un fragment de culture, ont de la fièvre et de la rougeur sur une grande partie de leur surface tégumentaire. Deux veaux également opérés par la méthode sous-cutanée ont présenté, le premier une violente fièvre à laquelle il a succombé, le second une inflammation intense du pharynx. Edington a rencontré son bacille dans le sang des deux bêtes. Mais là ne s'est pas borné, chez cet auteur, le désir d'être fixé sur le résultat pathogénique de ses cultures. Il a ensemencé un tube de gélatine avec du sang de scarlatineux au quatrième jour de la maladie. Au bout de peu de temps, il a retrouvé les deux microcoques dont je viens de vous parler. Délayant alors dans du lait la moitié de sa culture, il ne craignit pas de la faire avaler à son propre frère, qui heureusement n’en fut pas incommodé, mais dans le sang
LE BACILLE
duquel il retrouva les mêmes microcoques en grande abondance.
Au mois de juillet 1887, quelques mois après la publication des résultats obtenus par Edington et Jamieson, leur authenticité reçut une première atteinte par suite des constatations de Smith. Celui-ci retrouva, dans les sudaminas d'un homme en parfaite santé, des bacilles analogues à ceux décrits par Edington comme étant les facteurs uniques de la scarlatine. Le 17 octobre de la même année, la Société médicale d’Edimburg entendait le rapport de la commission nommée par elle pour vérifier les résultats : les commissaires avaient constaté que l’examen de quarante-quatre spécimens de sang scarlatineux donnaient des résultats très différents, il en était de même des cultures. Jamais l'ensemencement n’avait réussi en se servant de squammes épidermiques. Edington, ayant fourni des échanlillons de son bacille scarlatineux, ses cultures ont été inoculées à des veaux soit sous la peau, soit par des scarifications, soit par la bouche, et toujours le résultat a été négatif. Même insuccès du reste avec le sang des scarlatineux. Enfin, pour la commission, il y aurait identité entre le microbe décrit par Edington et celui de Klein, lequel est bien incontestablement un microbe pyogène. D’après M. Macé, le bacille d’Edington ne serait autre que le bacillus subti/is, si répandu dans la nature et qui se développe avec énergie dans les macérations de foin. J’avoue que, pour ma part, il m'est tout à fait impossible de partager cette manière de voir.
Quand je vous aurai dit que quelques auteurs ont vu sans la cultiver une bactérie en 8 dans les urines de malades atteints de néphrite scarlatineuse, et que, d’un autre côté, le professeur Corail a multiplié les coupes de peau scarlatineuse sans y pouvoir jamais découvrir la moindre bactérie, je vous aurai dit tout
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