FIÈVRE RÉCURRENTE
d'épaisseur, tandis que sa longueur atteint ou dépasse 120 ou 130 fi.. Ce filament est contourné en hélice à spires très rapprochées. Ces bactéries sont très mobiles et douées d'un double mouvement : l'un, d’ondulation serpentine; l'autre, de roulement autour d’un axe fictif, comme si elles se vissaient dans le liquide. Le sang des malades paraît être leur unique habitat, aussi les y observe-t-on en très grande abondance, avec celte particularité singulière, que le liquide, examiné peu de temps avant la fièvre ou pendant celle-ci ou peu de temps après elle, en renferme toujours beaucoup, tandis qu’il n’en existe plus quand les accès de fièvre, dont la durée est de dix à douze jours, ont disparu depuis quelque temps, chaque accès les ramenant en nombre considérable peu de temps avant d’éclater.
Ces bizarres apparitions, suivies d une absence complète de l’élément parasitaire, coïncidant avec une accalmie dans les symptômes morbides, semblent indiquer que ces spirilles, d’abord en grande abondance, émettent des spores, puis meurent, et que la nouvelle rechute n’a lieu que par 1 arrivée de ces spores à l’état de parasite adulte. Malheureusement pour celte théorie, l’existence des spores, admise par plusieurs auteurs, n’est rien moins que démontrée, malgré les assertions d’ Al bi ■echt, qui prétend les avoir vues et avoir assisté à leur évolution progressive vers la forme spirillaire parfaite. Nous aurons à y revenir.
En 1879, Koch et Carter inoculèrent à des singes le sang défibriné de malades atteints de typhus récurrent. L’injection fut faite avec une demi-seringue de Pravaz, dont le contenu fut inséré sous la peau de la cuisse. L’incubation durait de trois à cinq jours ; au bout de ce temps, l’animal avait un accès de fièvre de huit jours environ, avec une température de il degrés. Pendant ce temps de fièvre, le sang de l’animal, examiné tous les
ÉVOLUTION DES MICROBES olo
jours, fourmillait littéralement de spirilles; mais l'accès passé, le singe revenait pleinement à la santé,' sans que jamais on ail observé de rechutes. Ce qui n’empêche pas que si on lui pratiquait encore une autre injection avec le même sang défibriné, les mêmes phénomènes fébriles se renouvelaient identiques. Du reste, chez l’homme, une première atteinte du typhus à rechutes n’a jamais protégé d’une seconde. Wagner avoue avoir tenté avec succès des inoculations directes de sang, d’homme à homme, et avoir déterminé un véritable typhus à rechutes.
C’est probablement dans la nappe d’eau souterraine que vit le microbe d’Obermeier et c’est par les boissons qu’il pénètre dans l’organisme. 11 est assez fréquent d’observer ainsi des cas de contamination par l’eau ingérée. Mais le plus souvent, c’est par la contagion directe d’homme à homme que le typhus récurrent se propage. L’expérience a démontré qu’il fallait qu’un cont act assez intime s’établisse entre les individus sains et les malades. L’affection ne se transmet jamais à distance. C’est à ce titre que l’encombrement est un des facteurs les plus énergiques de la multiplication de la maladie. Le microbe pénètre probablement par les voies respiratoires, sans qu il soit nécessaire qu'une plaie quelconque constitue une porte d’entrée.
Le mode que j’indiquais tout à l’heure pour expliquer l’action du microbe dans le sang recevrait une démonstration directe de la plus haute importance, si l’existence des spores était absolument et définitivement démontrée. De plus, le mode évolutif du micro-organisme serait absolument conforme à tout ce que nous savons de cette vie parasitaire des infiniment petits. Voici des spirilles dans le sang d’un individu, ils commencent à s’y multiplier, probablement par segmentation. Us empruntent au sang, pour les besoins de leur
Il K VUE RECURRENTE
nutrition, une substance qui n’est pas indispensable à la vie et qui est contenue dans le liquide sanguin en quantité relativement peu considérable. Nous assistons alois à cette réaction vitale connue sous le nom de lièvre, qui est toujours, ici comme partout ailleurs, le résultat d’une suractivité fonctionnelle de ces microbes, les éléments anatomiques, mis en concurrence vitale avec des bactéries pathogènes. Mais bientôt la substance nécessaire à la vie microbienne est épuisée ; dès lors, les spirilles adultes souffrent, et suivant la loi commune, ils se sporulent et disparaissent, laissant la graine d'une génération future. Celle-ci se développe dès que le convalescent a reconstitué la composition chimique de son sang dans son intégrité primitive. Alors la germination commence, et la présence de la nouvelle génération de spirilles aboutit à un accès nouveau, qui généralement est moins long que le premier, soit parce que le sang, est plus promptement épuisé, soit parce que les éléments anatomiques globules rouges luttent mieux contre le microbe envahisseur. Puis les mêmes phénomènes se renouvellent, jusqu’à ce que le sang soit devenu tout à fait impropre au développement du microbe, le retour des accès étant coupé par des intervalles de plus en plus longs.
Cette théorie est tellement conforme à ce que nous savons de la vie ordinaire des microbes, qu il est fort probable que les choses se passent ainsi et que les corpuscules, vus par Albrecht, sont bien réellement des spores. Quant à la théorie phagocytaire de Metschnikoff. je ne la cite que pour mémoire ; pour lui, les spirilles disparaissent du sang parce qu’ils sont dévorés par les cellules phagocytes de la rate. Il est de fait qu'ils sont toujours en très grande abondance dans cet organe. Mais ces phagocytes ne mangeraient que les spirilles adultes, sans manifester le moindre appétit pour les spores, au