FIEVRE JAUNE
grand détriment des malades qui, dans ce cas, seraient délivrés tout à la fois des générateurs et des engendrés.
Bien que la lièvre jaune offre toutes les allures d'une maladie microbienne, rien n’est moins sûr qu’on ait eu sous la main le micro-organisme qui est l’agent pathogène de cette redoutable maladie. MM. Gibier et Rebourgeon et M. Domingos Freire, ce dernier de Rio-de-Janeiro, ont publié, en 1887, une étude bactériologique sur les microbes de la lièvre jaune. Ils ont, disent-ils, trouvé, dans le sang ou burine des malades, un microcoque mobile, se colorant bien par les couleurs d’aniline, et ils l’ont reproduit dans des bouillons de culture, en notant l’apparition, dans le milieu, d'une matière noirâtre analogue aux vomissements des malades qui succombent à cette maladie, que bon désigne, comme vous le savez, au Mexique sous le nom de vomito necjro. Des cobayes et des lapins, disaient ces auteurs, étaient morts après injection directe du sang des fiévreux ; de plus, leur mort avait présenté des phénomènes analogues à la maladie, et leurs liquides organiques renfermaient toujours des microbes analogues. En outre, il était dit que les liquides de culture s’atténuaient d’eux-mêmes par des ensemencements successifs. Ces cultures atténuées n’avaient pas tardé à être inoculées aux hommes exposés aux coups de la maladie, et s’il faut en croire leDr Domingos Freire, tous ceux qui avaient été ainsi inoculés se trouvaient protégés contre le redoutable fléau. Comme vous le voyez, c’était superbe comme résultats, et du coup ces observateurs avaient à la fois découvert le microbe, bavaient atténué, et avaient imaginé un mode de vaccination qui devait protéger des milliers d’existences. Malheureusement, il a fallu en rabattre, et M. Gib ier est venu déclarer à l’Académie des sciences, avec toute la bonne foi qui caractérise les esprits vrai-
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ment éminents, qu’il s’était trompé du tout au tout. De nouvelles recherches lui ayant démontre, que ni dans le sang, ni dans l’urine, on ne pouvait affirmer la présence d’un microbe pathogène, à l'évolution duquel seraient dus les phénomènes morbides.
Dien que M. Domingos F reire ait protesté et ait prétendu continuer à voir tout ce qu’il voyait précédemment, la question est jugée par la solennelle rétractation de celui qui était incontestablement de beaucoup le plus compétent pour trancher une question de microbiologie. Donc, le crxjptococcus xanthogrenicus, comme l avait pompeusement dénommé M. Domingos Freire, est un microbe d’une existence plus que problématique.
Toutefois, M. Paul Gibier ne va pas jusqu’à dire que la lièvre jaune n’est pas une maladie d’ordre microbien, bien loin de là. il croit, au contraire, que dans les cas de lièvre jaune, il existe, au contact de la muqueuse intestinale, une multitude de bactéries qui sécrètent des ptomaïnes ; celles-ci sont absorbées par l’intestin, et c’est là ce qui donne lieu aux divers phénomènes de la maladie, ces ptomaïnes étant d’une nature éminemment, toxique.
MM. Gornil et Babès prétendent, de leur côté, avoir rencontré dans les parties qui ont été soumises à leur examen, des micrococci très petits disposés en chaînette plus ou moins longue. Ces éléments étaient d’ordinaire accompagnés de grands microcoques de 1 [j- de diamètre et de bacilles. Tous ces microbes étant ordinairement perdus dans de petites masses de granulations jaunâtres ou brunes.
Comme vous le voyez, Messieurs, les microbes pathogènes de la lièvre jaune sont loin d’être connus, mais il n’est pas possible de douter du caractère bactérien de la maladie. Il est cependant probable qu’il y a. dans la production des phénomènes, intervention de deux espèces microbiennes, l’une ne possédant qu’une action