L’EAU
et Cliantemesse, l'eau du canal de l’Ourcq leur serait un milieu favorisant beaucoup mieux, non seulement leur conservation, mais encore leur pullulation, que des bouillons peptonisés. Cependant on a saisi l’occasion, et cela dans maintes circonstances, d’examiner à ce point de vue les eaux qui abreuvaient des groupes de militaires, au milieu desquels avaient éclaté de violentes épidémies de fièvre typhoïde, sans pouvoir y révéler la présence du bacille typhogène. Ces recherches ont été pratiquées par des observateurs qui s’appelaientGail'ky, Simmund, Rietsch. Aces faits négatifs, on peut en opposer d’autres dont les résultats sont diamétralement opposés. Tel est le fait si caractéristique, observé à Paris par MM. Widaî et Chantemesse et par M. Dreyfus Brissac ; ces savants obtinrent des séries de colonies du bacille typhique en ensemençant, dans des tubes de culture, l’eau d’une borne-fontaine de Ménilmontant où s’abreuvait une famille pauvre, dans laquelle avait éclaté plusieurs cas de lièvre typhoïde. Ce fait me semble aussi concluant que possible ; l’autorité des observateurs ne permettant pas de le révoquer eu doute, il est impossible de ne pas lui accorder la valeur d'une démonstration en quelque sorte mathématique. Mais ce n'est pas tout ; à Pierrefonds et à Clermont- Ferrand, ces mêmes observateurs ont retrouvé, soit dans des puits, soit dans des citernes, le bacille d’Eberth et ils ont montré que parmi les personnes qui s’étaient abreuvées de cette eau, plusieurs avaient été frappées par la maladie. L’histoire du fait de Pierrefonds est aussi caractéristique qu'il est possible. Une famille, composée de huit personnes, maîtres et domestiques, s'installe dans cette ville et s'abreuve à un puits du voisinage. Peu de jours après, une jeune fille tombe brusquement malade le matin, le même soir deux cas nouveaux se déclarent ; bientôt, les huit personnes sont
FIEVRE TYPHOÏDE
atteintes de lièvre typhoïde, et quatre succombent. Or, le puits était situé à 20 mètres et en contre-bas d'une fosse, dans laquelle on avait jeté des déjections de typhiques. MM. Vidal et Chantemesse procèdent à l'examen de l'eau de ce puits et constatent environ 25,000 microbes par litre.
Enfin, de nombreux observateurs ont rencontré le microbe dans les eaux potables: M. Thoinot dans l’eau de Seine, MM. Arloing, Macé, Marié-Davy dans l’eau de puits ayant infecté une population plus ou moins importante. Indépendamment de ces constatations directes du bacille typhique dans l'eau, on trouverait, en analysant l'histoire de diverses épidémies, la preuve évidente que des cas de fièvre typhoïde ont éclaté brusquement dans une population, dès le moment qu’elle a fait usage d'une eau qui se trouvait eu contact avec des déjections typhiques. Cette histoire détaillée nous conduirait beaucoup trop loin ; je me borne à citer les épidémies de Châtillon-sur-Seine, d'Auxerre, de Neuville-sur-Saône, la récente épidémie de Bordeaux, qui n’a fait de victimes que dans le quartier où on faisait usage de l'eau du Taillant, et qui a pris fin dès que l’arrivée des eaux de cette source a été suspendue. Du reste, quelque temps avant la connaissance exacte du bacille typhogène , le professeur Jaccoud avait reconnu la propagation de la fièvre typhoïde par l’eau souillée de matières fécales. L’eau paraît donc être le principal véhicule des microbes de la fièvre typhoïde, et au dernier congrès international d’hygiène, tenu à Vienne en 1887, M. le professeur Brouardel a magistralement exposé toutes les raisons qui pouvaient à bon droit nous autoriser à incriminer ce liquide. Les questions qui tendent à savoir si la multiplication des bacilles typhogènes s'effectue dans l’eau; s’il n’est pas nécessaire, pour qu’ils se reproduisent, qu'ils soient mis au contact d'un dépôt ter-
LE SOL
reux, très fréquent dans toutes les eaux potables; si dans un réservoir d’où l’élément terreux est absent, ils peuvent se conserver pendant un temps plus ou moins long, doivent être encore réservées. Mais le fait de la propagation des épidémies, par l’eau potable, semble dès maintenant à l’abri de toute contestation.
Le sol, à cause de son humidité presque constante, fournit incontestablement au bacille typbogène un milieu favorable; d’autant mieux que les matériaux organiques en voie de décomposition peuvent parfaitement lui fournir un milieu de culture tout à fait propice. Dans la terre, le bacille typhique paraîtrait se conserver encore plus longtemps que dans l’eau, s’il faut ajouter foi aux relations d’épidémies qui auraient éclaté en des localités nombreuses et où on a vu la maladie se reproduire fort longtemps après, alors que des mouvements importants avaient été pratiqués dans la terre, aboutissant final des déjections émises par les typlioïsants de l’épidémie antérieure. L'air paraît n’être qu’un médiocre véhicule du contage typhique, et encore faut-il qu'il en contienne les germes, soit sous la forme bacillaire, soit sous la forme de spores, et que ces germes soient tenus en suspension dans des matières desséchées. Mais il est nécessaire que l'organisme qui doit être infecté se trouve à proximité de la source typhique, car les pluies, les vents et le poids des particules infectieuses, les auront très promptement porté au contact du sol, où un peu d’humidité le fixera promptement .
Les substances alimentaires, et notamment le lait, ont été aussi accusées d’être les vecteurs du microbe typhogène. Pour d’autres auteurs, ce serait la viande qui serait coupable. Mais, de tous les porte-contage, c’est incontestablement l’homme et les objets qui servent à son usage qui, le plus souvent, doivent être accusés d’être les agents de transmission du bacille. Les linges
FIEVRE TYPHOÏDE
souillés, les déjections alvines non stérilisées, sont les moyens de propagation les plus habituels.
Cependant, d'après ce qui s’observe tous les jours, il faut non seulement, comme j’ai eu occasion de vous le dire, que, indépendamment de la contamination de l’organisme par le microbe, qui est le fait primordial et nécessaire, il existe encore une prédisposition spéciale qui permette au micro-organisme de se développer, qui, en un mot, constitue le corps humain en un milieu favorable à son éclosion et à sa pullulation. Ce fait est surabondamment démontré par ce qui se passe dans plusieurs circonstances. Un groupe d'individus absorbe une eau riche en bacilles et cependant il ne se manifeste aucun cas de fièvre typhoïde. Mais que les individus qui composent cette agglomération soient soumis à une cause dépressive quelconque, portant atteinte à leur puissance de résistance vitale, et tout d'un coup les bactéries qu’ils portaient en eux sans en éprouver la moindre incommodité, trouvant alors un milieu favorable, vont pulluler et donner lieu aux phénomènes que font éclater d’ordinaire leur nutrition et leur reproduction. Ainsi se trouvent encore une fois confirmées la théorie du microbisme latent, et celle qui envisage nos éléments anatomiques comme des micro-organismes, dont l’énergie vitale s’oppose seule au développement des microbes qui nous environnent de toute part.
De ce que je viens de vous dire du rôle de l'eau dans la propagation des épidémies, par l’apport dans notre organisme de l'agent pathogène, ainsi que des notions que je vous ai indiquées en faisant devant vous l'étude biologique du bacille d’Eberth, il résulte que toute eau suspecte doit, avant d’être absorbée, être filtrée à travers un filtre de porcelaine, ou être bouillie, de façon à ce que les microbes ou leurs spores soient détruits. Je dois