FIÈVRE TYPHOÏDE. — CHOLÉRA ASIATIQUE
Messieurs,
Quel que soit l’origine ou la provenance du bacille d’Eberth, il nous reste à étudier par quelle voie et comment il pénètre dans notre économie, comment il y prend pied et s'y installe de façon à pouvoir y pulluler et accomplir ainsi le cycle biologique de la perpétuation de son espèce. Trois modes de pénétration peuvent lui être offerts : les organes de la digestion, ceux des voies respiratoires, et enfin la masse sanguine, où il peut s’introduire directement par son insertion au niveau d’une solution de continuité. Mais, je me lutte de vous le dire, ce dernier mode, s’il est théoriquement possible, n’en demeure pas moins tout à fait exceptionnel, et je ne sache pas qu'il y ait, dans la littérature médicale, des exemples authentiques, même fort rares, d’individus ayant contracté la lièvre typhoïde par inoculation directe. Nous sommes donc en présence de la double hypothèse suivante : ou bien le microbe est ingéré dans les voies digestives, et pénètre ainsi dans la masse du sang; ou bien c’est par la voie pulmonaire qu’il y parvient, apporté par l’air inspiré jusqu’au fond des alvéoles pulmonaires. L’une et l’autre de ces deux manières de voir ont trouvé des défenseurs ardents et convaincus. Maintenant, il faut le dire, le grand courant
FIÈVRE TYPHOÏDE
qui nous vient d'Allemagne, et qui limite la porte d'entrée du bacille à la voie intestinale, rallie la majeure partie des suffrages, après que l'entrée par la voie pulmonaire a joui pendant longtemps du privilège d'être l’hypothèse la plus universellement adoptée. Etudions ensemble ce que disent les faits, eux seuls doivent avoir la parole dans la question ainsi posée.
11 est incontestable que c’est à la démonstration de la possibilité, nous devons même dire de la fréquence avec laquelle on trouve le bacille typhogène dans l'eau potable, que l’hypothèse de son introduction par les voies digestives doit la fortune dont elle joui t en ce moment-ci. On comprend parfaitement que, dès le moment qu’une eau dans laquelle se trouve le microbe tvphogène sera avalée, celui-ci a les plus grandes chances de venir, à un moment donné, se mettre au contact de la muqueuse intestinale. Mais, dans son passage au niveau de l’estomac, le bacille ne sera-t-il pas détruit et le-suc gastrique ne F altérera- t-il pas au point de le rendre absolument impropre à toute repullulation. Ce que nous savons des propriétés du suc gastrique semblerail bien nous autoriser à lui attribuer un pouvoir semblable. Nous savons, en ce qui touche le bacille charbonneux (bien qu’il soit de ceux dont l'absorption par les voies digestives est le plus solidement établie), que sa pénétration dans l'organisme est singulièrement facilitée par quelque érosion faite sur un point de la muqueuse digestive; dans ce cas, il pénètre par cette petite solution de continuité dans la grande voie sanguine. Le fait, que les lésions caractéristiques de la lièvre typhoïde siègent sur la muqueuse intestinale, ne constitue en rien une preuve au bénéfice de l'infection par cette voie. Les microbes ne sont pas fatalement, et toujours obligés de manifester leur action juste au point qui leur a servi de porte d’entrée. Il est incontestable que la variole se
PÉNÉTRATION DU BACILLE
transmet par la voie respiratoire, et cependant la manifestation microbienne s’effectue à la peau. Un grand nombre de maladies d’ordre bactérien peuvent s’inoculer par une plaie aux téguments, la diphthérie par exemple, et cependant, dans ce cas, on observe des lésions sur la muqueuse du larynx et des amygdales. Ces faits prouvent simplement, comme nous avons eu occasion de le dire, que les microbes, quand ils sont introduits dans le sang, sont mis successivement au contact, par l’intermédiaire de ce liquide, de chacun de nos organes. Alors, par une affinité élective, dont les deux termes sont, d’une part, la constitution moléculaire des tissus, d’autre part, les besoins de la nutrition du microbe, celui-ci choisit le milieu qui lui paraît le plus convenable, celui où il trouvera une vie plus facile ; il s’y installe, s’y nourrit et s’y multiplie. Eh bien, pour le bacille typhogène, le milieu de prédilection est, sans contredit, l’agglomération glandulaire qui constitue les plaques de Peyer, et c’est là que, de préférence, il ira s’installer et se multiplier, quelle que soit la voie par laquelle il aura pénétré en nous.
Mayer, cité par Gaffky, relate une observation dans laquelle il est question d’un homme mort au second jour d'une lièvre typhoïde, dans la couche sous-muqueuse intestinale duquel on put constater un nombre prodigieux de bacilles. Cette observation, épée de chevet de l’école allemande, ne me paraît pas démontrer que l’infection avait eu l’intestin pour point de départ. Elle démontre, chez cet homme, une infection bacillaire très intense, et l’endroit où se sont retrouvés en plus grande abondance les micro-organismes est précisément l’endroit de prédilection où, d’habitude, ils se déposent pour se développer. L’homme de Mayer avait en lui une si grande quantité de bacilles, qu’il est mort, non de leurs lésions directes, qui n’avaient pas
FIEVRE TYPHOÏDE
oit
eu le temps dejs’effectuer, mais très probablement empoisonné par la grande quantité de ptomaïnes qu'ont engendrées ces innombrables légions.
Du reste, il est un fait d’observation quotidienne qui gène singulièrement la théorie allemande, c’est celui que nous voyons tous les jours se produire sous nos yeux ; des personnes contractant la fièvre typhoïde après un séjour plus ou moins long auprès des malades qui en sont atteints. Pour ma part, j'ai constaté maintes fois le fait, et tout récemment, dans une famille où la lièvre typhoïde a duré quatre mois, reprenant sur un autre membre au moment où elle semblait céder sur le malade précédent. Cependant, j'avais formellement donné à tous les membres de la famille encore valides, le conseil de faire toujours usage d'une eau préalablement bouillie, et j'ai la certitude que mes avis ont été scrupuleusement suivis. Donc, ceux qui ont été contaminés ne l'ont pas été en s'abreuvant au même puits que le premier malade. Il est du reste d’observation vulgaire que les infirmiers, dans les hôpitaux, sont sujets à prendre la fièvre typhoïde, et cependant ils ne boivent pas la môme eau que chacun des malades a bu chez lui. Pour expliquer ces faits, les partisans de la contamination directe par l'intestin disent que, à coup sûr, il existe, soit auprès des typhoïsants, soil surtout dans les hôpitaux, des germes nombreux que l'air tient en suspension. Dans l'air, ces germes peuvent se retrouver, soit libres, soit associés à quelque parcelle de matière fécale ou autre, d’abord desséchée, puis pulvérulente, et à ce titre flottant dans l'atmosphère. Alors, disent-ils. les germes ne pénètrent pas dans le poumon, ils sont arrêtés au passage par l'humidité des premières voies communes à la digestion et à la respiration, puis mélangés à la salive ou aux aliments, ils sont déglutis, et ils contaminent toujours ainsi l’organisme par Tintes-