‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 183 sur 207 · MORPHOLOGIE DU BACILLE · texte numérisé non relu

MORPHOLOGIE DU BACILLE

plus variées, aboutissant à des types qui s’écartent violemment de sa morphologie ordinaire. C’est là ce qui lui a fait donner par Buckner le nom de Vibrio proteiis.

Comme le bacille komma, il est aérobie, et son avidité pour l’oxygène est telle, que non seulement il absorbe ce gaz alors qu’il le puise dans l’air, mais il décompose avec la plus grande promptitude les divers milieux solides sur lesquels on le cultive, du reste, avec une grande facilité. Inoculé à des plaques de gélatine, il accuse sa présence au bout de très peu d’instants, et dès que les colonies apparaissent, elles croissent et envahissent avec rapidité, si bien qu’après vingt-quatre heures les colonies du microbe de Finckler sont quarante fois plus volumineuses que celles du bacille komma. Cette puissance d’accroissement s’accompagne d’un pouvoir également intense de liquéfaction. Quand l’inoculation est faite dans un tube de gélatine, l’apparition de la vie bacillaire se révèle par une petite cupule qui s’accroît très rapidement, et détermine, en trente-six heures, un vaste entonnoir dont une partie contient un liquide louche et épais, exhalant une odeur putride manifeste. Au bout de soixante heures, à une température soigneusement entretenue à 26 degrés, toute la gélatine est liquéfiée. Sur la pomme de terre, il envahit promptement la surface de section, et la recouvre d’une couche glutineuse, blanchâtre, dont l’odeur est repoussante. Vous n’avez pas oublié que, sur la pomme de terre, le bacille virgule donne une culture assez foncée.

Le microbe de Finckler et Prior se trouve non pas dans toutes les déjections, qui sont le symptôme le plus constant de la maladie, mais il a seulement été trouvé, par les deux auteurs qui l’ont étudié, dans les matières du premier jour, et, plus particulièrement, dans celles dont la consistance était la plus grande.

Contrairement à ce qui arrive pour le bacille virgule,

CHOLERA NOST1US

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celui-ci ne ressent pas l'influence de la dessiccation. mais en revanche, toujours à l'inverse de l'autre, il ne résiste pas à un abaissement de température considérable. De plus, les bactéries ordinaires de la putréfaction n’ont pas aussi facilement raison de lui que du bacille de lvoch.

Les cultures du microbe de Finckler et Prior ont été inoculées aux animaux, et lorsqu'elles ont été simplement mélangées avec les aliments, les bêtes n'en ont paru nullement incommodées. Il a fallu, pour déterminer des symptômes, les injecter en se servant îles méthodes imaginées par MM. Kicati et Rictsch, perfectionnées par Koch, que nous vous avons indiquées dans notre dernier entretien. L’expérience faite dans ces conditions-là réussit, mais non d’une façon constante. Comme il arrive avec le konima bacille, les lapins et les cobayes sont tués dans l’hypothermie, l’anufie et les crampes. L’aspect général des animaux est identique, soit qu’ils aient été inoculés avec des cultures du bacille de Koch, ou avec celles du microbe de Finckler et Prior, et leur diarrhée offre les mêmes caractères. Leur mort n'est cependant pas aussi prompte quand ils sont rendus malades par le microbe de Prior. De plus, il arrive souvent qn’après un ou deux jours de maladie, les animaux reviennent progressivement à la santé, et l'élé— val ion de leur température est le phénomène initial qui annonce la cessation de la maladie.

D'après ce que nous savons de ce microbe, et surtout d’après l’indiscutable analogie qui existe entre lui et le bacille virgule, nous pouvons dire que l'action de ces deux variétés est la même, à quelque différence près. L'est plutôt du fait de son apparition et de l’influence directe de sa présence sur l’intestin, que proviennent les phénomènes de violente irritation d’entrailles, accompagnée de selles fréquentes et glaireuses. Ce que nous savons de son pouvoir de liquéfaction et de la

ACTION DU BACILLE

promptitude avec laquelle il l’exerce, nous permet de supposer que c’est à son action directe sur la muqueuse intestinale que l’on doit la marche rapide des symptômes et aussi leur violence. Comme le bacille virgule, le bacille que nous étudions ne tarde pas à donner lieu à des selles, dans lesquelles on peut aisément reconnaître les débris de la membrane interne do l’intestin. Les corps riziformes ont en effet la même composition dans l’une et l’autre espèce de choléra. De cette puissance destructive aussi prompte, découlent des conséquences qui nous donnent l’explication de quelques phénomènes. La congestion violente des capillaires intestinaux (qui est, comme nous l’avons remarqué maintes fois, le premier moyen de défense mis en œuvre par les éléments anatomiques pour repousser l’invasion d’une espèce qui tend à s’établir dans leur voisinage et à leur détriment) a pour conséquence une déperdition aqueuse considérable, véritable pluie séreuse qui transude du réseau sous-muqueux. Comme conséquence, production de diarrhée liquide, diminution de la quantité d’eau dans la masse sanguine, soif ardente, diminution notable de l’excrétion urinaire, tension artérielle moindre. Enfin, conséquence dernière, abaissement de la température et teinte cyanique.

Fort heureusement que cette rapidité dans l’évolution du microbe lui crée une infériorité réelle, par suite de la promptitude avec laquelle il agit. Le milieu est promptement épuisé, et la prolifération s’arrête, car elle ne saurait se développer sans avoir de quoi largement suffire à l’exigence des besoins de la colonie bacillaire. Dans tous les cas, le temps plus court, que semblent délimiter ces conditions, nous empêche d’être aussi longtemps sous le coup de la production des ptomaïnes.

Nous savons en effet, et d’une façon indiscutable, que

INFECTION PAIX' DEENNE

le komma bacille engendre des ptomaïnes, et je vous ai fait connaître leur épouvantable toxicité; des lions trop étroits semblent unir les deux espèces de microbes, pour qu’on ne puisse pas supposer, bien que l’étude directe n’en ait pas été faite, que le bacille de Finckler et l*rior sécrète aussi des ptomaïnes auxquelles revient une part dans la production des symptômes. Il est même probable que leur action vient se surajouter aux conséquences de l’implantation des micro-organismes sur l’intestin, et que certains accidents, notamment les crampes, l’anurie absolue, l’hypothermie quelquefois extrême, et les symptômes cérébraux, relèvent du fait de leur puissance toxique.

La notion d’un agent parasitaire, assez eflicace pour produire les accès de fièvre intermittente, est presque aussi vieille que la médecine. Si, de nos jours seulement, on a pressenti un agent organisé, cause initiale de quelques états morbides, de tout temps, pour la fièvre paludéenne, on a eu cette pensée. Toutes sortes de tentatives ont été faites pour arriver à posséder l’agent parasitaire. Rappelez-vous les carafes frappées, suspendues au-dessus des marais, dans l’espérance que les corpuscules organisés se fixeraient sur la buée du verre, les plaques enduites de substances visqueuses où on comptait bien l’engluer. Vint enfin la théorie des algues qui, nées dans les marais, pénétraient nos organes et déterminaient des accidents. Cependant, le corps du délit continuait à ne pas se montrer.

En 1879, Klebs et Tomassi Crudeli, ne retrouvant, chez les malades de la fièvre intermittente, aucun agent figuré qu’ils puissent incriminer, analysèrent la vase, l’air et l’eau recueillis dans les marais environnant Rome. Ils trouvèrent dans tous ces milieux des bacilles de 2 à 7 p de longueur, qui quelquefois se montraient

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