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soumets sont encore plus frappantes et présentent un côté beaucoup plus inexplicable, si au lieu d’un microbe il s’agissait d’un virus liquide, lequel incontestablement n aurait d'autre voie à prendre que la voie circulatoire. Nous sommes donc en présence d’un microbe inconnu, qui nous présente un mode tout à fait anormal de propagation.
Mais ce ne sont pas encore là toutes les singularités que présentent les micro-organismes rabigènes. Ils se développent parfaitement sur l'homme et malheureusement le tuent. Mais quand ils se sont multipliés sur ce milieu humain, ils deviennent incapables d'engendrer des descendants doués de propriétés nocives. La rage ne se communique pas de l'homme à l’homme, les lapins et les cobayes inoculés avec de la salive d homme enragé meurent non de la rage, mais de la septicémie. Ce n'est pas tout encore, tous les centres nerveux de la série animale paraissent aptes à fournir un milieu de développement aux microbes rabigènes. Mais tandis que l’encéphale des mammifères fournit des générations douées d'un pouvoir toxique considérable, ne manquant jamais de tuer l'animal, le cerveau des oiseaux en est autrement influencé, les volatiles présentent des phénomènes qui dénotent indubitablement que la rage leur a été transmise, mais ils guérissent toujours spontanément.
En outre, ce microbe est très remarquable par les variations qu’il subit au point de vue de sa virulence, en se cultivant en série sur tel ou tel organisme. Si on l inocule en série sur des singes, la virulence s'affaiblit graduellement êt finit par être complètement nulle ; le phénomène inverse se produit si les séries de culture s’effectuent sur des lapins, la puissance virulente s'accroil alors dans des proportions considérables, (d le lapin, chez qui la période d'inoculation est normalement de quinze jours, voit progressivement cette
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période s’abréger et la rage éclater au bout de cinq à six jours.
Enfin, et voici le point qui a conduit M. Pasteur à l'admirable pratique que vous connaissez tous: le microorganisme atténué, soit par des cultures en série, soit par d’autres procédés que j’aurai à vous faire connaître, crée une immunité absolue pour une autre inoculation de microbes un peu plus virulents que lui ; cette inoculation pour une troisième dont la virulence est encore augmentée ; cette troisième protège d’une atteinte encore plus dangereuse, et ainsi par gradations insensibles, M. Pasteur a pu arriver à créer une immunité absolue lui permettant de mettre des chiens à l'abri des atteintes les plus meurtrières de la terrible maladie. Yoici comment procède l’illustre maître; les conséquences qu’il a lirées de ces magnifiques expériences valent bien un moment d’attention. Il prend un chien auquel il inocule un petit fragment de moelle, prise sur un lapin dont la rage a éclaté après six jours d'incubation; c’est donc une rage virulente. Mais cette moelle a passé dix jours au moins exposée à l’air, et a été desséchée par cette exposition; or la dessiccation atténue considérablement la virulence. L'inoculation est faite de la façon suivante : le morceau de moelle est délayé dans un centimètre cube de bouillon stérilisé, le liquide est injecté dans le tissu cellulaire, sous-cutané. Le lendemain, seconde inoculation, mais elle est pratiquée avec une moelle qui n’a été desséchée que pendant neuf jours ; le troisième jour, c'est une moelle que huit jours de dessiccation ont seulement atténuée ; le quatrième jour, moelle desséchée pendant sept jours, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’animai reçoive un fragment de moelle toute récente, prise sur un lapin qui vient de succomber à la rage.
Dès lors le chien est vacciné; impunément il peut
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être mordu par ses semblables, dont la rage est la plus manifeste, impunément on peut lui insérer sous la peau la bave la plus virulente, il est absolument invulnérable. M. Pasteur a pu ainsi créer et mettre en observation une série de chiens, qui tous traités de cette manière, avaient contracté une immunité qui ne s’est pas démentie. Mais, il faut le dire, cette immunité ne dure pas toute la vie chez tous ces animaux; pour plusieurs, il serait utile de recommencer de temps en temps le traitement. C'est le pet it nombre, et sur la majorité des chiens, l’immunité ne se dément pas, mais il en est, je le redis à dessein, qui après -doux ou trois ans d immunité, redeviennent parfaitement aptes à contracter de nouveau la rage.
M. Pasteur a eu l'audacieuse idée de transporter sur l'homme son procédé et d’arriver ainsi graduellement à rendre réfractaires les individus qu'une morsure met en imminence de rage plus ou moins prochaine. Voilà un homme mordu par un chien enragé; d'après ce ([lie nous savons de l’inoculation de la maladie, la rage n’éclatera chez lui que dans un laps de temps plus ou moins long, que l'on a l'habitude de porter en moyenne à cinquante ou soixante jours. La méthode de notre illustre compatriote consiste à utiliser ce temps-là pour lui créer une immunité telle, que lorsque le micro-organisme inoculé par la morsure arrivera au contact des centres nerveux, il trouvera là un milieu impropre à son développement, et que, par conséquent, il ne pourra pas s’y installer. Telle est l'idée ingénieuse et hardie qui a servi de base à M. Pasteur pour instituer son traitement antirabique. Je n’ai pas besoin de vous faire remarquer, Messieurs, combien il a fallu que M. Pasteur soit convaincu de l’indiscutable signilication des faits observés par lui ; combien de fois et avec quelle précision mathématique il a dù en voir la manifestation se produire
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sous ses yeux, pour avoir institué sur des hommes de telles inoculations, qui pouvaient être périlleuses et donner une maladie aussi terrible que la rage, en voulant mettre à l’abri de l’invasion probable, mais non certaine, d’accidents similaires.
L’expérience a été faite, elle se poursuit encore. Elle a été faite non seulement à Paris, mais dans le monde entier, car la terreur de la rage est générale et cela se conçoit aisément. Eclairé par les premiers essais, M. Pasteur n'a pas tardé à modifier sa manière d’opérer ; voyant parfaitement jusqu’où il pouvait aller, il a substitué à sa première méthode une seconde, qu’il qualifie de méthode intensive, c’est-à-dire qu’il arrive progressivement, mais d’une façon plus prompte, à inoculer des moelles dont la virulence est extrême, mais aussi dont le pouvoir protecteur est plus considérable.
Quel est le résultat obtenu? Messieurs, je ne puis me prononcer en une question d’une aussi exceptionnelle gravité; vous savez à quelles luttes passionnées, à quels excès de langage et de pensées, à quelles aberrations de doctrine, sont descendues des personnalités, qui peut-être, ne s’étaient pas assez dépouillées de tout sentiment de jalousie. Pour certains, la méthode inaugurée par M. Pasteur ne devrait compter que des succès et tous les cas malheureux sont bruyamment relevés. Vainement M. Pasteur déclare avec la plus entière bonne foi qu’il existe des éléments nerveux qu’on ne peut rendre indemnes, soit qu’une lente intoxication les ait modifiés, soit qu’une tare, héréditaire ou acquise, les ait placés en dehors des conditions ordinaires. Ceux qui, au nom de la clinique, s’élèvent contre les vaccinations pastoriennes, ne tiennent aucun compte de ces aptitudes diverses, comme si la clinique ne montrait pas à chaque instant les différences profondes qui existent entre chaque individualité. Le sulfate de quinine et le mer-
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cure ne sont-ils pas des médicaments précieux, bien que certaines lièvres ou certaines syphilis n'en soient pas modifiées? La variolarisation, méthode à coup sûr imparfaite, a sauvé la vie à bien du monde, et cependant, non seulement elle ne réussissait pas toujours, mais encore elle entraînait quelquefois des accidents. L'admirable découverte de Jenner n’empêche pas que des gens vaccinés ont quelquefois des varioles confluentes ; la gloire du médecin anglais en est-elle moins grande? S’il faut attendre d’une méthode des succès constants, avant de la déclarer bonne, je serais curieux qu’on me nommât une bonne méthode en médecine, ou en toute autre science.
Cependant, comme je vous le disais, la méthode est appliquée dans le monde entier, les résultats arrivent de toutes parts, et il faut bien le dire, si dés insuccès sont signalés, il n’en est pas moins vrai que la liste des succès est longue. Depuis quelque temps, notamment en Autriche, on ne soumet plus à ces injections les personnes dont la morsure ne présente pas les caracteies d’une inoculation réellement menaçante. On écarte, par exemple, tous les mordus chez lesquels la peau n'a été entamée qu’après la déchirure de leurs vêtements par la dent du chien. Les succès n’en sont pas moins aussi constants, comme le déclarait dernièrement à l’Académie des sciences le directeur de l'institut antirabique de Vienne.
Autrefois, d’après la statistique fournie par M. Brouardel, 18 p. 100 des individus mordus succombaient à la rage ; maintenant, d’après la statistique du laboratoire de M. Pasteur, il est mort, de ceux qui ont été inoculés : 1.2 p. 100, en 188G; 0.96 p. 100, en 1887; 0.68 p. 100, en 1888. Je m’arrête, Messieurs, à ces chiffres, qui ont une si grande éloquence; je ne veux pas entrer plus avant dans cette voie, qui nous éloignerait
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trop de nos études ordinaires. A cette méthode, comme à toutes, il faut la consécration du temps ; nous verrons dans quel sens il fera son œuvre. J’ai voulu tout simplement, par ces courtes réflexions, vous maintenir dans le véritable esprit scientifique, qui doit être aussi éloigné des enthousiasmes irréfléchis qu’il doit l’être des accusations frivoles ou passionnées.