CO
diamètre, des bacilles d'une longueur moyenne de S u et enfin la bactérie caractéristique de cet état morbide, le bacterium Chauvœi , découvert, décrit avec soin, cultivé et inoculé par MM. Arloing, Cornevin et Thomas qui ont parfaitement démontré qu’à lui appartenait le rôle prépondérant dans l’évolulion des symptômes de ce charbon.
Le bacterium Chauvœi est un bacille doué de mouvements très énergiques, ce qui le différencie à première vue du bacille auquel nous devons le charbon ordinaire ou sang de rate qui, comme vous le savez, est toujours parfaitement immobile à l’état adulte. Leur longueur varie de 5 à 10 y, mais cette dernière dimension n’est atteinte que lorsque l’élément renferme une spore. Quant à sa largeur, elle se tient assez uniformément à 1 y. Presque tous les bacilles sont pourvus d’une spore unique terminale, renflant l’extrémité du microbe et pouvant plus ou moins déformer son protoplasma. Ce micro-organisme n’est influencé ni par le contact des acides, ni par celui des alcalis. Il lixe médiocrement les couleurs qui nous servent d’ordinaire à colorer les bactéries.
C’est, du reste, une espèce anaérobie dans toute la force du terme, et ses cultures doivent se faire rigoureusement à l’abri de l’air. D’après MM. Arloing, Cornevin et Thomas, le milieu le plus favorable pour les effectuer est le bouillon de poulet dans lequel on a mélangé de la glycérine, mais la présence de l’air doit en être soigneusement écartée. Reproduit ainsi, le microbe peut être inoculé et il détermine, sur les animaux qui le reçoivent, la mort au milieu de symptômes qui son! absolument ceux du charbon symptomatique, sans qu'une seule inoculation bien faite se montre inefficace. C’est donc incontestablement lui qui est le seul et unique agent pathogène de la maladie.
CAB A DK
CH A H BON S Y MPTO M ATIQ U E
La virulence de ces cultures est toujours extrême. Des températures élevées sont nécessaires pour détruire I activité du microbe; 1 OU degrés continués pendant une demi-heure en viennent seulement à bout, ou 80 degrés, mais à la condition qu’on le maintienne à cette dernière température pendant plusieurs heures. La dessiccation semble ne pas influencer le bacterium Chauvcei; (die conserve, au contraire, sa virulence pendant plus de deux ans et, dans cet état de dessèchement, il résiste beaucoup plus longtemps à de très hautes températures. Les substances antiseptiques ordinaires ne sont, pas toutes efficaces sur lui, l’alcool est sans action, le sublimé et l’acide phénique doivent être employés à des doses beaucoup plus considérables que pour les autres bactéries. Sa résistance aux abaissements de température est extrême cl il supporte sans peine 120 et même 135 degrés au-dessous de zéro, et cela pendant plus de trente heures, comme l’ont établi MM. Yung et Pieté l. Mis en concurrence avec d’autres espèces microbiennes, même plus vigoureuses que lui, il n’en est nullement incommodé, et sait parfaitement trouver, à leurs dépens, les matériaux nécessaires à sa nutrition. Cependant sa virulence peut être atténuée comme nous allons le dire, et chose très curieuse, le microbe, mis en cet état d’atténuation, récupère promptement ses propriétés nocives par des cultures successives dans un milieu imprégné d’acide lactique. Ce fait a reçu de M. Charrin une explication toute naturelle et parfaitement conforme, du reste, à la doctrine que je vous ai exposée dans le courant de nos entretiens. L’acide lactique agit en diminuant la vitalité de l'élément anatomique, au contact duquel il se trouve. Dès le moment qu’il possède une telle action sur l’élément anatomique, il l’empêche de se défendre. Dès lors, le microbe envahisseurest singulièrement favorisé dans sa lutte, il s in-
ATTENUATION DE LA VIRULENCE
stalle sans peine et trouve des conditions d’existence faciles. Dans de telles conditions, son pouvoir virulent doit s’exalter.
Depuis longtemps, on savait qu’une première atteinte, non suivie de mort, créait pour l’animal une immunité dont la longueur était proportionnelle à la sévérité de la première maladie. De cette notion est venue l’idée de procéder chez les animaux à des vaccinations pratiquées avec des virus atténués. Les premières tentatives furent faites avec des liquides pris directement dans la tumeur et simplement désséchés. Ce procédé était défectueux et protégeait peu ou point les animaux. En présence de ces insuccès, les physiologistes de Lyon ont atténué la virulence, soit en mêlant des substances antiseptiques aux liquides contenant des microbes, soit en les chauffant, soit en les desséchant rapidement et les chauffant ensuite. C’est ce dernier procédé qui est généralement adopté et qui sert aujourd’hui aux vaccinations que l’on fait en grand, sur les troupeaux placés dans les conditions favorables à l’éclosion du charbon symptomatique.
On procède par inoculations successives, d’abord inoculation d’une substance peu virulente, pratiquée avec une culture maintenue quelque temps à la température de 100 degrés, ce qui a suffi pour détruire en elle presque tout pouvoir nocif, puis inoculation de la même matière chauffée seulement à 80 degrés et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à pouvoir insérer sous la peau des cultures très actives, qui alors sont sans danger pour l’animal, et qui le protègent d’atteintes ultérieures. L’année dernière, M. Roux a annoncé avoir injecté à des cobayes le liquide d’une culture pure débarrassée de ses microbes par la filtration sur porcelaine , et. les avoir ainsi rendus réfractaires au bacterium Chauvæi non atténué, et même aux effets
CHARBON S YM PTO M A Tl Q U E
du vibrion septique. Nous aurons à revenir sur ce fait.
Les bœufs et les moutons sont les animaux le plus souvent atteints de charbon symptomatique; les veaux sont très réfractaires, surtout s'ils sont encore allaités. Le lapin et le cobaye contractent facilement cette maladie par inoculation. Les équidés ne périssent pas, mais leurs muscles sont pendant quelque temps le siège d’un gonflement notable. Le rat, la poule, le chien et le chat semblent être réfractaires. Comme pour le charbon sang de rate, les grenouilles ne périssent que si elles sont maintenues dans un milieu dont la température dépasse 20 degrés. C’est par le tube digestif, ou par le poumon accomplissant l'acte respiratoire, ou bien par des inoculations directes, que la maladie naît dans les troupeaux; tous les modes de pénétration dans l’organisme lui sont bons. Cependant la propagation par la muqueuse digestive semble l’emporter de beaucoup en fréquence, comme porte d'entrée.
Je vous ai déjà fait remarquer en traitant des septicémies, et spécialement de cette forme connue sous le nom d'œdème malin ou érysipèle bronzé, dont l’agent unique est le vibrion septique, l'analogie d’action qui existe entre ce vibrion et la bactérie de Chauveau. Ces deux microbes doivent à leur propriété anaérobique de déterminer des altérations semblables, aussi funestes pour les animaux qu elles le sont pour l’homme. L un et l'autre, introduits dans les tissus vivants, s’y comportent à la manière d'un ferment, s’emparent de l'oxygène contenu dans la composition des éléments anat< iniques, et mettent en liberté de l'acide carbonique et de l'hydrogène sulfuré, qui viennent distendre les téguments et constituer les poches gazeuses caractéristiques dont je vous ai parlé. Le résultat est semblable : soumis à l’action du bacternim Chauvæi , les animaux mou-