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NÉCESSITÉ DE LA NOTION DES CAUSES

Il esl donc incontestable que de nos jours les études d’anatomie pathologique doivent être doubles, qu'il faut sans cesse se préoccuper, non seulement du siège de la maladie et de sa lésion caractéristique, mais encore de la cause productrice. L'histoire détaillée du processus morbide qui aboutit à la lésion finale, que nous trouvons à l’autopsie, et du micro-organisme qui l’engendre est en quelque sorte la pierre angulaire de l’édifice médical. En un mot, la notion de la cause ne doit jamais être séparée de la notion de l’effet, pas plus en médecine qu’ailleurs. Cette importance de la notion causale n’avait pas échappé à nos devanciers. Aussi voyons-nous le fondateur de l'anatomie pathologique, l'illusLre Morgagni, celui de tous les médecins modernes qui a exercé la plus grande influence sur la direction des recherches médicales dans le dernier siècle, intituler son immortel ouvrage: De sedibus et causis morborum. Quand vous lirez celle œuvre magistrale, messieurs, et je ne saurais trop vous en recommander la lecture, vous serez frappés, comme je l’ai été, de voir avec quelle ingéniosité le célèbre professeur de Padoue applique les altérations des tissus qu'il a sous les yeux à la symptomatologie qui s'était exprimée pendant la vie. C’est qu'en effet l'anatomie pathologique devient une science vaine, livrée aux discussions et aux hypolhèses, quand on ignore les causes ou que l’on néglige leur étude.

Permeltez-moi de vous le démontrer par un exemple : Certes, s’il est une maladie que nous voyons fréquemment se dérouler sous nos yeux, c'est bien malheureurement la phtisie pulmonaire; il n’en est pas qui ait fourni l’occasion de plus d’autopsies. Examinons rapidement les résultats auxquels on était arrivé par l’anatomie pathologique seule. Au siècle dernier, Sauvage admettait vingt espèces de phtisies; Bayle, en 1810,

INTRODUCTION

n’en reconnaissait plus que six espèces. Notre grand Laënnec, avec une intuition vraiment géniale, ne tarda pas à proclamer l’unité de la phtisie pulmonaire. Le « tubercule, disait-il, est une véritable production acci- « dentelle dont la cause est inconnue, mais qui constitue « un véritable corps étranger développé dans la subs- « tance pulmonaire, et qui peut se développer dans « tous les autres tissus du corps humain. » Mais son opinion est bientôt battue en brèche par Broussais, qui ne voit que des lésions inflammatoires dans les tubercules. La première moitié de notre siècle se passe ainsi; les savants restent divisés en deux camps bien tranchés, les uns soutenant l'idée de Laënnec; les autres, en plus grand nombre, adoptant les idées broussaisiennes. Puis la question est abordée avec le microscope qui semblait devoir la résoudre, et, loin de s’élucider, elle devient encore plus obscure. Une grande et longue discussion s’élève entre les anatomopathologistes unicistes et ceux qui croient à la dualité de la phtisie. En Allemagne, on considère la grande majorité des tuberculisations pulmonaires comme n’étant autre chose que des pneumonies caséeuses; cette opinion s’infiltre peu à peu en France et rallie progressivement le plus grand nombre. Le professeur Jaccoud, dont vous connaissez la haute valeur et l’intelligence médicale exceptionnelle, écrit en faveur de cette manière de voir ses cliniques de Lariboisière, chef-d’œuvre d’érudition et de puissante argumentation. Les remarquables travaux de MM. Grancher et Thaon arrêtent cependant le courant qui entraîne vers les théories allemandes, et viennent fournir un remarquable appui aux idées de Laënnec. Mais la lumière n’est pas complètement faite; on discute encore et on discuterait toujours, si la cause de la maladie n’avait pas été montrée, si le bacille de la tuberculose n’avait pas été découvert. Dès lors, plus de discussion possible ; la notion

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