ACTION DE LA CHALEUR
corps solides ou liquides à une température de -f- 150 degrés, que l’on peut être bien sûr que toute bactérie adulte ou toute spore ont été détruites. Le bacille du charbon vit fort longtemps à la température de 90 degrés; quant à ses spores, leur résistance est encore plus considérable et on les a vus conserver leurs propriétés germinatives après exposition à des températures de 1 1 0 et 140 degrés. Nous verrons que pour chaque espèce on a noté la température minima où elle peut encore proliférer, et la température maxima au delà de laquelle la multiplication s’arrête ; entre les deux, on a aussi remarqué qu’il existait un degré qui était le plus favorable à la reproduction, c’est le point auquel on a donné le nom A’ optimum.
On est aussi arrivé, en procédant avec lenteur et en ne faisant croître la chaleur que d’une façon modérée et progressive, à faire dépasser de beaucoup à une espèce en expérience la température à laquelle d habitude elle succombe, si elle y a été portée brusquement. C’est ainsi que Dôllinger a pu conserver pendant longtemps le micrococcus tetramitus , qui ne vit qu’à de très basses températures, 6 degrés au maximum, et lui faire ainsi atteindre la température de 70 degrés, où il vivait parfaitement lorsqu’une circonstance fortuite brisa l’appareil. Mais, pour atteindre cette température sans que sa colonie succombât, Dôllinger dut élever très lentement la température et ne procéder que par de très légères augmentations; aussi ce patient et minutieux observateur ne consacra-t-il pas moins de quarante-six mois à cette étude.
Ce ne sera pas le moindre titre de gloire de notre compatriote, le professeur Toussaint, que d’avoir démontré le premier, en 1880, qu’il suffisait de maintenir une espèce pathogène à une certaine température et pendant un certain temps pour atténuer la virulence de
PROPRIÉTÉS DES BACTÉRIES
ses inoculations. A cette époque, il démontra qu’il suffisait de chauffer pendant cinq minutes le sang charbonneux le plus virulent pour que, inoculé à des animaux sains, il ne déterminât chez eux qu’une maladie à symptômes insignifiants, les mettant définitivement à l’abri d’inoculations ultérieures âle virulence extrême. Nous devons revendiquer hautement pour notre collègue l’honneur de cette expérience qui a fait entrer la science dans la voie féconde de l’atténuation des virus. Nous aurons à y revenir en traitant devant vous, d’une façon générale, des vaccinations et des virus atténués.
Si nous jugions par analogie, nous pourrions pressentir d’ores et déjà que les bactéries résistent très bien à la dessiccation. Nous savons, en effet, qu’il est un groupe d’animaux inférieurs qui jouissent de la singulière propriété de pouvoir revenir à la vie après avoir été fort longtemps desséchés et avoir passé de longues années dans un état de mort apparente des mieux caractérisés. Ces animaux sont dits ressuscitants et le phénomène porte le nom de reviviscence. Cependant plusieurs de ces animaux présentent une organisation de beaucoup plus complète que les micro-organismes qui nous occupent. Tels sont les kolpodes, par exemple, qui peuvent parfaitement revenir à la vie après des dessiccations ayant duré quarante ou cinquante ans, et qui cependant sont pourvus d’une bouche, d'un cœur, etc. Les tardigrades que l’on retrouve dans la mousse de nos toits, qui sont des êtres d’une organisatioiTau moins aussi complexe, [et qui peuvent, comme Broca l’a démontré, séjourner pendant des mois dans des étuves chauffées à 140 degrés, reviennent à la vie dès qu’on les replace dans un milieu humide. Les auguillules du blé niellé, retrouvées dans des blés d’Egypte que l’on avait ensevelis avec un Pharaon, ont pu renaître à l'existence à l’aide d’une goutte d’eau, après une dessicca-