CHOLÉRA DES POL’LES
maladie était causée par un micro-organisme qu'il remarqua dans le sang des poules malades. Mais la première étude sérieuse de cette épidémie a été remarquablement faite, l'année suivante, par M. le professeur Toussaint, qui a parfaitement montré la relation de cause à effet qui reliait la présence du microbe à l'éclosion de la maladie. En 1880, M. Pasteur en entreprit l'étude, et la lumière fut toute entière. La maladie se révèle, selon lui, sous deux formes. Dans la formé aiguë, l'oiseau est subitement pris de tristesse, les plumes se hérissent, il semet en boule, la tète inclinée vers le sol. Une diarrhée liquide 1res abondante s'établit: la crête du gallinacé passe du rouge au violet et du violet au noir. Enfin, au bout d'un temps qui peut être fort court, l’animal meurt avec des convulsions. La marche delà forme chronique n’est que le tableau affaibli de ce que nous venons de dire, mais la durée du mal est plus longue ; et après quelques semaines il se forme des abcès à siège variable et l'animal peut guérir, tandis que dans la forme aiguë il succombe presque invariablement. L’autopsie démontre toujours des lésions graves. L’intestin est distendu par un liquide séromuqueux, le foie est hypertrophié et d'une coloration anormale, la rate est grosse et ramollie, le sang est noir et glutineux, le poumon et le cerveau sont souvent le siège d’infarctus sanguins.
C’est un microcoque toujours lié par couple qui est l’agent pathogène du choléra des poules; son diamètre est de 0.2 à 0.3 g. Les éléments sont le plus souvent ovales, de telle sorte que le couple offre l'aspect d'un 8 de chiffre. On trouve les microbes en grand nombre dans le sang, dans le liquide intestinal et dans les déjections alvines. A un faible grossissement, ces microbes se montrent sous la forme d’un nuage pointillé dont certaines parties sont plus ou moins sombres, suivant
LE MICROCOQUE
qu’elles comprennent un nombre plus ou moins considérable d’éléments parasitaires.
M. Pasteur a cultivé ce microbe dans des bouillons de poulet, c’est là son milieu de prédilection ; le liquide est dès l’abord légèrement troublé, mais au bout de peu de temps le nuage composé de bactéries choit au fond du vase, et le bouillon redevient clair dans sa partie supérieure. Quand on cultive le microcoque sur des plaques de gélatine, on voit se former au point d’inoculation une petite pellicule blanchâtre. C’est la colonie qui, suivant les divers mélanges que l’on peut faire subir au milieu, prend un aspect nacré plus ou moins apparent. Sur la pomme de terre, à la température de 37 degrés, l’inoculation donne lieu à une petite colonie très superficielle qui ressemble à une pellicule d’oignon.
Inoculés à des poules, les produits de ces cultures donnent la maladie avec tout son cortège habituel; il n’y a donc pas de doute que ce ne soit là le microbe auteur de la maladie. Les cultures démontrent aussi que ce micro-organisme est un aérobie chez lequel, par conséquent, le besoin d’oxygène est intense, et il le satisfait quand il évolue sur un milieu vivant, en puisant dans les globules rouges la quantité de gaz dout il a besoin pour se nourrir. Il agit donc en cela comme le microbe du charbon, et à ce titre ils sont tous les deux des spoliateurs. Mais ce u’est pas seulement à cette action que les microbes doivent de provoquer la mort. Bien que ce mode d’influence soit incontestable et se traduise par l’altération de couleur que subit le sang, altération que révèle la crête de l’oiseau devenue noire, le. microbe sécrète aussi une ptomaïne toxique qui ne pourrait peut-être pas déterminer la mort à elle seule, du moins à des doses modérées, mais qui est cependant un facteur hâtant singulièrement la terminaison funeste. Je vous ai déjà dit que le liquide de culture filtré avec