‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 25 sur 207 · STRUCTURE · texte numérisé non relu

STRUCTURE

comme une manière d’être spéciale au protoplasma de l’espèce, tantôt comme des noyaux en voie de formation pour certains auteurs, en voie de délitescence pour certains autres. Sur quelques bactéries vivant au sein de certains milieux minéraux, les granulations du protoplasmasont absolument constituées pardes granulations microscopiques, de tout petits cristaux de la substance que le milieu tient en dissolution. C’est ainsi que chez une espèce de bactéries, que l’on rencontre dans certaines eaux sulfureuses, les Beggiatoa , les granulations ne sont autre chose que de fines parcelles de soufre.

On trouve quelquefois au centre du protoplasma un petit espace clair plus ou moins arrondi qui a reçu le nom de vacuole, et que quelques observateurs ont considéré à tort comme n’étant autre chose qu’une spore. Cette vacuole indique toujours un état de souffrance de la bactérie. Aussi la retrouve-t-on souvent sur des bactéries placées dans un milieu dont la composition, la température ou les qualités nutritives ne leur conviennent pas. Les bacilles de la fièvre typhoïde nous en offrent un remarquable exemple, sur lequel nous aurons plus tard à insister. Dans l’expérience de BoJlinger que je vous ai citée dans notre dernier entretien, lorsque le milieu atteignit une température supérieure à celle dans laquelle les bactéries vivaient à l’état normal, elles se vacuolèrent en très grande abondance, et l’observateur ajoute avoir parfaitement remarqué que l’apparition de ces espaces clairs précédait toujours les grandes mortalités que présentait la colonie, lorsque la température était trop subitement élevée.

Chez certaines espèces bactériennes, le protoplasma prend une teinte bleue caractéristique lorsque le microbe est mis au contact de la teinture d’iode. Cette coloration est surtout évidente sur le bacillus amylobacter et chez les sarcines de l’estomac. Il paraît hors de conteste que

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cetle propriété de se colorer ainsi en présence d'un lel agent ne peut s’expliquer que par la présence, en plus ou moins grande abondance, de cellulose ou d’amidon dans la masse protoplasmatique.

La membrane enveloppante ou membrane cellulaire est quelquefois très difficile à voir, tellement elle s’applique avec exactitude sur les contours du protoplasma, et tellement son adhérence avec celui-ci est intime ; aussi son existence a-t-elle élé révoquée en doute par certains observateurs. Mais chez bien des espèces, on peut, soit à l’aide de la teinture d’iode, soit à l’aide de l’alcool absolu, faire contracter et crisper le protoplasma; dès lors la membrane se montre avec une admirable netteté. Son épaisseur est plus ou moins considérable, suivant qu’on l’examine sur telle ou telle espèce. Pour un très grand nombre d’auteurs, cette membrane ne serait autre chose que le dernier terme d’une enveloppe gélatineuse qui entourerait chaque bactérie, et qui la maintiendrait ainsi dans une atmosphère gluante et visqueuse, qui leur permettrait de se constituer en zoogléepar l’accolementet la fusion de ce nimbe glutineux. Lorsque cette couche est épaisse et dense, et qu’elle se confond exactement avec la membrane cellulaire, la bactérie est dite alors capsulée. La composition chimique de cette enveloppe est encore loin d’être connue, cependant elle paraît ne pas être toujours identique, et varier assez notablement avec les espèces. Chez les microbes chromogènes dont je vous ai déjà parlé, le siège de la matière colorante est tantôt dans le protoplasma, tantôt dans la membrane cellulaire. M. Van Tieghem a démontré que chez certaines espèces de bactéries vertes, le protoplasma et la membrane cellulaire contenaient tous les deux, et dans des proportions à peu près égales, une matière qui n’était autre que de la chlorophylle. Or, vous savez l’importance que les botanistes alla-

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client à la présence de la chlorophylle dans l'intérieur des bactéries; pour certains d’entre eux, cette présence bien constatée suffit pour que le micro-organisme soit classé ou dans la grande famille des algues, ou dans colle des champignons.

Motilité. — La propriété de se mouvoir est sans contredit un des traits les plus caractéristiques de la physiologie des microbes. C’est du reste sur ce caractère, à l’exclusion de tous les autres, que les premiers observateurs s’étaient fondés pour classer les microorganismes dans le règne animal, comme on l’avait fait pour les spermatozoïdes dénommés animalcules du sperme. Longtemps, vous le savez, le mouvement a été considéré comme l’apanage exclusif de l’animalité. La généralisation de cette idée s’effectua très vile, et tous les savants l’avaient si bien adoptée, que lorsque Davaine constata la parfaite immobilité du bacille charbonneux, il crut devoir créer pour cette espèce une dénomination particulière et il les dénomma les bactéridies, c’est-à-dire micro-organismes ayant seulement la forme des bacléries.

Les mouvements sont très manifestement influencés par le milieu où se trouvent les microbes et aussi par l'intensité plus ou moins grande de leur vitalité. Le milieu peut influencer sur les mouvements des microbes soit par sa composition chimique, soit par sa consistance plus ou moins grande. C’est ainsi que telle espèce, douée de mouvements très alertes dans l’eau, les perd en très grande partie lorsqu’elle est plongée dans une solution de consistance sirupeuse. D’un autre côté, les mouvements se ralentissent lorsque le micro-organisme soutire.

Il y a donc constamment une corrélation entre ces trois modalités, qui indiquent toujours un état de malaise du microbe, le ralentissement de ses mouvements, la sporulation et l’apparition des vacuoles. Aussi les espèces

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mobiles deviennent-elles généralement inertes avant de se sporuler.

Chez certaines espèces, on peut parfaitement constater des mouvements qui semblent être adaptés à un but. Ainsi, parmi les espèces aérobies on voit des bactéries se diriger vers les endroits où se trouve l’oxygène, par exemple, vers une bulle d’air située au milieu d’une pré paration. On voit le plus souvent une couronne de microbes qui viennent y puiser un peu d'oxygène, tandis qu’au contraire on voit les espèces anaérobies fuir les parties dans lesquelles elles ont chance de se trouver au contact de ce gaz, nuisible pour el le. Les mêmes mouvements s’observent relativement à la lumière, le mouvement d’attraction ou de répulsion étant variable suivant que l’espèce en est heureusement influencée ou mise en péril. J’ai déjà eu occasion de vous dire que certaines spores, émanant de quelques familles d’algues, présentent ces mouvements, en quelque sorte adaptés vers un but, et que pour ce motif on leur avait donné le nom de zoospores.

Le sens d’après lequel s’effectuent les mouvements des bactéries n’est pas toujours réglé de la même façon, tantôt c’est une de leurs extrémités qui marche en avant, tantôt c’est l’autre, sans qu’il y ait prédominance dans l’antériorité plus fréquente de l’un ou l’autre côté. Quant au mouvement considéré en lui-même, sa modalité varie d'une espèce à l’autre, tantôt le microbe se meut à la manière des têtards, c’est-à-dire en portant alternativement l’une de ses extrémités de gauche à droite et de droite à gauche, suivant un rythme plus ou moins vif; tantôt il se meut dans le sens de son plus grand axe et d’une façon rectiligne. Certaines espèces de vibrions tirent leur nom du mouvemenL vibratoire qui les caractérise, tandis que d’autres ne présentent qu’un mouvement oscillatoire qui peut constituer toute

l'activité motrice du microbe, ou qui peut être uni à un mouvement de translation. Les espèces en forme de spirales se meuvent soit à la manière de l'hélice d'un bateau à vapeur, en se vissant dans le liquide qui les contient, soit par un mouvement de reptation analogue à celui de serpents, quelquefois même les deux mouvements sont associés sur le même individu. Enfin, il existe des bactéries, le plus souvent celles qui affectent Informe sphérique, dont les mouvements se bornent à une sorte de trépidation plus ou moins intense, analogue au mouvement brownien, sur la nature duquel on a si longtemps discuté sans arriver à le bien connaître dans son essence.

La question de savoir quel est, chez les microbes, l’organe qui sert réellement à leur locomotion n’est pas encore résolue; pour le professeur Cornil, le mouvement serait toujours effectué par des cils vibratiles. L'existence de ces cils a été démontrée en effet sur plusieurs espèces, soit à l’aide de procédés de coloration, soit à l’aide de la photographie. Toutes les espèces n’en sont du reste pas pourvues, seuls les bacilles en présenteraient, d’après M. Cornil, tandis que certains autres auteurs reconnaissent et décrivent des coccus dont la surface en serait hérissée. Ces cils vibraliles nombreux, et diversement répartis chez certaines espèces, seraient sur d autres réunis en une sorte de bouquet plus ou moins dense à l’une ou l’autre de leurs extrémités. Du reste, , ajoute le professeur Cornil, nous savons à n’en pas douter que la locomotion par le moyen des cils vibraliles est le seul moyen de progression usité pour les organismes inférieurs, algues, monades, épithéliums, zoospores. Mais tous les auteurs sont loin de partager la manière de voir de M. Cornil . Pour M. Van Tieghem, les cils vibratiles ne sont autre chose que des prolongements de la membrane cellulaire, sans la moindre connexion avec

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le protoplasma. Pour lui, la plupart des cils vibraliles ne seraient autre chose que le dernier vestige de la membrane cellulaire qui vient d’abord d’être étranglée, puis étirée, pour que l’élément qui vienL de se reproduire par scissiparité donne naissance à deux individus nouveaux. Pour le savant que je viens de nommer, les mouvements ne seraient dus qu’à des contractions plus ou moins intenses et plus on moins rythmées du protoplasma, qui déplaceraient ainsi toute la cellule par des alternances d’expansion et de resserrement. A cela, M. Cornil répond et avec juste raison, que l’on ne voit jamais de cils vibratilessurles bactéries immobiles, notammentsur le bacille charbonneux dont la reproduction par scissiparité n'est cependant pas douteuse. D’un autre côté, si la présence d’un seul cil vibratile terminal peut à la rigueur s’expliquer par l’étirement, comment peut-on expliquer la présence de six, huit, dix cils vibratiles, ou encore leur situation en des points latéraux qui n’ont jamais eu le moindre contact avec le point où s’est effectuée la séparation de deux nouveaux individus. La question n’est donc pas encore jugée et elle appelle de nouvelles recherches, car si les cils vibratiles peuvent expliquer les mouvements de certaines espèces, comment pourrait-on expliquer les mouvements pourtant si intenses des espèces en forme de spirale qui ne présentent jamais sur aucun point de leur surface le moindre cil vibratile.

Respiration. — Les détails dans lesquels nous sommes entrés dans notre dernier entretien, en traitant des espèces aérobies et anaérobies, nous dispenseront d’entrer dans de longues explications au sujet de la respiration des microbes. Je vous demande cependant la permission de vous en dire quelques mots, car cette question est capitale. Elle touche, en effet, à cette propriété qu’ont les micro-organismes de vivre dans certains milieux et de se procurer, aux dépens des subs-

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