NUTRITION
ainsi émises pour les besoins de la nutrition, sont les diastases microbiennes agissant toujours dans le sens que nous venons d’indiquer. Ce n’est pas seulement par leur but final que les diastases microbiennes présentent une identité absolue avec les diastases des animaux supérieurs, de l’homme notamment. 11 y a encore une identité d’action incontestable qui s’exerce sur les mêmes substances et pour les amener au même résultat. Vous savez que, chez l’homme, l’amylase saccharifie lès matériaux amyloïdes, la sucrase transforme en glucose le sucre de canne, la caséase permet d’absorber la caséine du lait, déterminée par la présure; vous savez aussi qu’il existe une autre diastase bien moins connue qui transforme en peptones assimilables les matières albuminoïdes, et que toutes ces diastases sont indispensables à l’alimentation de l'homme et des animaux supérieurs. Eh bien, toutes ces diastases existent chez les microbes tout à fait analogues à ce qu’elles sont chez nous, et c’est, à l’aide du même procédé, que nous mettons nous-mêmes en usage, que les micro-organismes prennent dans le milieu où on les cultive les éléments qui sont nécessaires à leur subsistance. Ces diastases microbiennes existent très réellement; elles ont été isolées par M. Musculus, par MM. Pasteur et Joubert. Chez certaines espèces pathogènes, la production de la diastase peptonisante s’effectue avec une si grande abondance, que la gélatine sur laquelle on les cultive en est promptement liquéfiée. Le micrococcus pyogenes aureus , le microbe de la pneumonie, et bien d’autres, présentent ce pouvoir liquéfacteur à un très haut degré.
La production, par les bactéries, de ces substances, capables d’influencer les milieux dans lesquels elles vivent au point de décomposer les substances constitutives de ce milieu, est certainement le trait caractéristique des sécrétions microbiennes. La production de
CABADE
PROPRIÉTÉS VITALES
ces diastases est utile, non seulement aux bactéries, puisque sans elles leur nutrition serait la plupart du temps impossible, mais encore utile aux individus qui sont momentanément les hôtes des bactéries, car dans bien des cas elles viennent se surajouter à un travail normal de l’animal supérieur. C’est ainsi que, chez l’homme, une digestion bactérienne vient toujours s’ajouter parallèlement à la digestion normale, la compléter ou la suppléer tout à fait, comme il arrive pour la digestion de la cellulose et de produits herbacés, que le bacilliis amylobacter digère pour nous.
Cependant, à côté de ces sécrétions, il existe chez les bactéries, tout comme chez les espèces animales supérieures, des excrétions de matériaux ayant servi à leur nutrition et provenant du travail de désassimilation des micro-organismes. Chez les bactéries comme chez nous, ces matériaux de déchet constituent des poisons se confondant, tant au point de vue physiologique qu'au point de vue chimique, avec les alcaloïdes des plantes, qui ne sont autre chose que des produits de déchet de l’organisme végétal . Ce sont ces poisons qui ont reçu le nom de ptomaïnes. MM. Gaspard, Charles Bouchard et Armand Gautier, en France; Selmi, en Italie; Panum, à Copenhague, et Brieger, en Allemagne, ont parfaitement étudié ces corps nouveaux. Brieger est parvenu à en isoler quelques-uns et à démontrer que, dans bien des cas, ils possédaient la propriété de déterminer chez les animaux des symptômes identiques à ceux de la maladie produite par le microbe d’où proviennent ces ptomaïnes. Par conséquent, pour lui et pour bon nombre d’autres auteurs, les symptômes des maladies infectieuses n'auraient pas d’autre cause que les ptomaïnes sécrétées par les bactéries et absorbées par le malade, pour lequel elles constituent un empoisonnement analogue à celui que produirait un alcaloïde végétal.