‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 4 sur 207 · NÉCESSITÉ DE LA NOTION DES CAUSES · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA NOTION DES CAUSES

do la cause morbide fait, en un jour, ce qu’un siècle de recherches et de controverses n’avait pu faire : elle crée l’accord unanime, en démontrant victorieusement la justesse des idées de Laënnec.

Il me serait facile de vous démontrer que, pour un très grand nombre d'états morbides, il aexisté des divergences aussi profondes, des vues de l’esprit aussi opposées, des discussions aussi ardentes. Je ne le ferai pas, car ce serait une énumération longue et inutile qui nous entraînerait fort loin. Du reste, à exposer ainsi des doctrines professées par des esprits aussi éminents, appuyées par des intelligences aussi remarquables, on court le risque de n’en pas parler avec Lout le respect que méritent leurs auteurs, de méconnaître le rôle qu’ils ont joué dans l’évolution scientifique, la part qu’ils ont prise à l’avènement de la vérité ; car, messieurs, en médecine comme en toute autre chose, le présent est le fils du passé et le père de l’avenir. C’est peu à peu, graduellement, et par un ordre logique, que s’accomplissent les découvertes ; il n’en est pas qui ne procèdent de travaux antérieurs.

Tel est, messieurs, l’immense progrès accompli pendant ces dernières années. A aucune époque de la médecine il ne s’est produit de découvertes dont les conséquences aient jamais pu être aussi capitales. Félicitezvous de votre âge qui vous permettra de voir une partie des résultats qui en découleront, pour le bien de l'humanité. Vous assisterez probablement à des temps où la médecine ne ressemblera pas plus à ce qu’elle élait il y a dix ans, qu elle ne ressemblait, à celle époque, à la médecine des temps hippocratiques ; car l’avenir est tout entier dans les études bactériologiques.

Lorsqu’une grande découverte vient brusquement transformer une science, on observe toujours, dit M. le professeur Duclaux, un double mouvement qui s'effectue

INTRODUCTION

dans les esprils adonnés à cette branche des connaissances humaines. Les uns restent attachés aux idées qu’ils ont considérées comme vraies pendant la majeure partie de leur existence, nient la découverte dans ses conséquences et n’admettent que les conceptions de leur jeunesse. Les autres, qui constituent le plus souvent la génération nouvelle, plus débarrassée de préjugés, plus vive dans ses enthousiasmes, plus entraînée vers le progrès, en étendent outre mesure les conséquences et les acceptent toutes sans se montrer trop exigeants sur les preuves. La notion de la nature microbienne d’un grand nombre de maladies a donné naissance à ce double courant; je dois vous faire part des objections et des réserves des premiers, je vous dirai ensuite quelles règles et quel critérium doivent être opposés à l’entraînement des seconds; car, j’ai à peine besoin de vous le dire, l’un et l’autre de ces états d’esprit sont absolument opposés aux véritables conceptions scientifiques et conduisent, par des chemins différents, à la négation de toute méthode.

Quatre objections principales ont été formulées contre la notion nouvelle que nous possédons aujourd’hui. On a dit: le microbe n’est qu’un épiphénomène; non seulement il n’engendre pas la maladie, mais c’est celle-ci qui lui donne naissance; en second lieu : la preuve que les maladies ne sont pas le résultat d’une implantation bactérienne, c’est qu’on n’a jamais révélé la présence dans l’air de bactéries pathogènes ; troisièmement: si c’est un même microbe qui détermine la maladie, comment se peut-il que nous voyions des formes si dissemblables d’un même état morbide émanant d’une cause unique? Enfin, on a opposé aux travaux primitifs ceux qui postérieurement ont établi l’existence des ptomaïnes d’origine microbienne. Toutes ces objections ont été présentées dans la mémorable discussion académique de 188G,

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