REPRODUCTION
tonomie distincte. Quoi qu’il en soit de la valeur du mot, le mode est incontestablement celui qui aboutit à la multiplication la plus prompte, et il nous explique l’effroyable vitesse de l’envahissement microbien. D’après les calculs de Colin et de Davaine, en admettant qu’il faut une moyenne de deux heures à une bactérie pour se diviser en deux, dans un milieu favorable où rien ne viendra gêner sa multiplication, elle aura produit au bout de trois jours un total de quatre milliards sept cent soixante-douze millions d’êtres nouveaux. Si l ’on adopte le chiffre donné par M. Miquel, qui nous dit que six cent mille bactéries pèsent 1 milligramme, le poids de la colonie, au bout de ces trois jours, égalerait 7.953 kilogrammes. A la fin du quatrième jour, le poids serait de sept millions et demi de kilogrammes; au bout de huit jours, la capacité de l’Océan ne pourrait contenir toutes les bactéries issues de cet unique germe, et trois jours après, la vie, sur notre globe, serait entièrement submergée par cette marée montante d’êtres infiniment petits. Mais fort heureusement, les conditions où se trouvent les bactéries n’approchent jamais de celles qui seraient nécessaires pour une aussi terrible fécondité ; si elles naissent avec promptitude, les causes de destruction sont très nombreuses et aussi très efficaces, tellement que l’espèce serait promptement anéantie sans cet immense pouvoir de prolifération qui surprend l’imagination.
La reproduction par bourgeonnement est propre aux microcoques et particulièrement aux levures; nous verrons qu’il est très peu de bactéries pathogènes qui se multiplient par ce procédé. A un moment donné, sur un point de la membrane cellulaire, se montre une toute petite sphère, quelquefois deux, une à chaque extrémité du diamètre. La cellule fille grossit peu à peu et se détache dès qu’elle a atteint un volume équivalent à peu
PROPRIÉTÉS VITALES
près au tiers de la cellule mère, puis elle acquiert plus ou moins promptement un volume identique, et à ce moment elle produira à son tour un semblable bourgeonnement.
La reproduction par spores a été découverte en 1869, par M. Pasteur; elle est plus fréquente chez les bacilles que chez les microcoques. La spore se produit beaucoup plus fréquemment en dedans du corps de la bactéiûe que sur ses parties latérales. C'est en se fondant sur ce mode différent de sporulation, que de Bary a classé les bactéries en endosporées et arthrosporées. Comme nous l’avons dit, la plupart des espèces ne produisent des spores que quand elles sont menacées dans leur existence, soit du fait du milieu où elles se trouvent, soit du fait de l’intervention d’une cause d’ordre physicochimique, chaleur, lumière, etc. Quand une bactérie va se sporuler, elle devient immobile, son protoplasma se gonfle; soit dans sa totalité, soit dans une de ses parties, un espace clair ne tarde pas à se montrer, la réfringence s’accentue, et enfin il se constitue un corps sphérique ou ovalaire d’environ 1 a, dont les contours sont plus sombres et qui ne présente pas de granulations intérieures, c’est la spore. Dans les longs articles, il peut s’en produire un très grand nombre à la suite les unes des autres, comme aussi il peut ne s’en produire qu'une seule à l une de ces extrémités ou à toutes les deux, donnant à lahactérie qui les porte l’aspect d’une baguette de grosse caisse ou d’une haltère. La spore occupe parfois toute la largeur du bâtonnet, quelquefois elle dépasse et donne à celuici un aspect moniliforme, qui pourrait le faire prendre pour un microcoque en chaînette, si la réfringence ne tranchait pas la question. La membrane cellulaire qui contient des spores ne tarde pas à se liquéfier et la spore est ainsi mise en liberté. Elle possède toujours, et à tous les instants de la vie, une résistance plus grande aux