‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 32 sur 207 · DE L’ACTION DU MILIEU SUR LES BACTÉRIES · texte numérisé non relu

DE L’ACTION DU MILIEU SUR LES BACTÉRIES

Mi ÎSSIEURS,

Je me propose d’examiner avec vous, aujourd’hui, quelles sont les actions diverses que les milieux exercent sur les bactéries, réservant pour notre prochaine leçon la question inverse, savoir quelle est ou quelles sont les actions que les bactéries exercent sur les milieux où elles se sont développées. La question est vaste et sa portée est considérable, car si vous vous rendez bien compte du développement qui pourrait lui être donné, elle comprendrait la presque totalité de la médecine. Vous savez depuis longtemps combien une maladie vulgaire et d’observation journalière peut présenter de formes diverses. Vous savez que souvent, à la manière du Protée antique, elle est multiple dans ses manifestations, fugace dans ses symptômes, variée dans ses effets. Aussi, il y a bien longtemps qu’on l’a dit, il n’y a pas de maladies, il n’y a que des malades; il n’y a pas de fièvre typhoïde, il n’y a que des typhoïsants. Cette idée est aussi ancienne que la médecine, car de tout temps on a été frappé de ces divergences. Aussi, par une sorte d’intuition, a-t-on déjà émis l’idée d’un terrain différent, spécial à chaque individu, que l’on appelait d’un nom déjà vieilli, mais qui exprimait une idée fort juste : l’idiosyncrasie individuelle, c’est-

INFLUENCE DES MILIEUX

à-dire une aptitude toute spéciale de chaque individu à imprimer à chaque maladie une physionomie propre et des allures différentes. L’étude de ces différences a toujours été et doit toujours être la base des études cliniques, car, suivant l’heureuse expression de M. le professeur Peter, suivant sa constitution, c’est le malade qui fait la maladie.

Je ne veux pas insister davantage sur celte question de terrain, elle était admise sans conteste lorsque la cause des maladies était inconnue, tellement elle s’impose et tellement elle est d’observation facile. Aujourd'hui que nous avons pu pénétrer dans bien des cas quelle est la cause des états morbides, vous comprenez quelle importance capitale elle acquiert. Si l’expression de terrain morbide ne représentait aux yeux de nos devanciers qu’une idée métaphorique , car une entité morbide n’a pas besoin de terrain, aujourd’hui, sachant ce que nous savons de la présence dans l’organisme d'une multitude de corps vivants, et vivant comme vous le savez, le mot de terrain exprime la plus incontestable des réalités. Il me paraît superflu d'insister sur l’utilité de cette étude, sur ce qu’elle a d'indispensable. Dès le moment que vous savez que, dans certaines circonstances, une multitude de micro-organismes vivent et se développent en nous, à l’aide et aux dépens de notre propre substance, vous comprendrez sans peine qu’il faut absolument savoir quelles sont les conditions qui favoriseront ou qui arrêteront ce développement, pour tâcher d’éviter les premières et nous rapprocher le plus possible des secondes. Etudier les modifications d’ordre physico -chimique qui exercent sur la pullulation des bactéries une influence favorable ou nuisible serait déjà une entreprise longue, difficile et ardue. Cependant la question tout entière ne serait pas posée, car à côté de cette influence sur le dévelop-

TERRAINS MORRIDES

peinent des microbes, les milieux vivants agissent sur eux, en modifiant leurs propriétés physiologiques, c’est-à-dire en les rendant quelquefois inoffensifs et en les transformant de telle sorte que leur présence en nous devient indifférente, quelquefois même salutaire. C’est la grande étude, celle qui, dans les résultats qu'elle a déjà donnés, peut être considérée comme le plus beau titre de gloire médicale de notre siècle. Cette action que les milieux exercent sur les bactéries , suffisante pour leur faire perdre leur nocivité, l’atténuation des virus, pour nous servir de l’expression consacrée, est certainement le côté le plus intéressant et le plus pratique des études bactériologiques.

L’action que le milieu exerce sur les bactéries est incontestable et incontestée; le comment et le pourquoi du fait nous échappent et seront probablement connus plus tard. Pour le moment, je dois vous exposer ce que l'on sait à l’heure actuelle de cette action, dans quelle mesure elle s’exerce et combien elle peut influer sur les propriétés physiologiques des micro-organismes.

Ce n’est pas seulement sur les infiniment petits que se font sentir les changements qui surviennent en nous, mais encore sur tous les parasites végétaux ou animaux dont nous sommes les supports. Il suffit à un enfant d’une journée de fièvre pour expulser les lombrics qui habitent son intestin; maintes fois on a vu un individu guéri de la gale par une maladie intercurrente, la pneumonie, par exemple. Enfin, il est d’observation que le champignon favique ne se développe que sur les sujets scrofuleux, et qu’il respecte ceux qui ne présentent pas ce tempérament. Bien qu’on ne puisse indiquer en quoi ce« variations de milieu influent sur le parasite, le fait n’en est pas moins certain. Il est bien sûr que c’est par une altération d’ordre physico-chimique que la vie parasitaire, florissante d’abord, n’a plus été possible.

INFLUENCE DES MILIEUX

Mais de quelle nature a été cette altération? Quel a été son caractère? C’est encore ce que nous ignorons.

L’étude de l'évolution microbienne sur des milieux bien définis et très exactement connus va nous montrer que la question est complexe, et surtout qu’on arrive à des effets quelquefois inattendus avec des causes en apparence fort minimes. Vous vous rappelez, messieurs, que dans notre dernier entretien, je vous ai dit que l’on pouvait cultiver les bactéries sur des milieux chimiques, à la condition que ces milieux leur offrent les trois éléments dont elles ont besoin pour vivre et se développer. Un savant très ingénieux, M. Raulin, est arrivé, après de très longues et très minutieuses recherches, à pouvoir cultiver un champignon microscopique dans un milieu composé comme

suit :

Eau 1500 grammes.

Sucre candi 70

Acide lartrique 4

Azotate d’ammoniaque 4 —

Phosphate d’ammoniaque GO cenligr.

Carbonate de potasse GO —

Carbonate de magnésie 40 —

Sulfate d’ammoniaque 25 — -

Sulfate de zinc 7 —

Sulfate de fer 7 —

Sulfate de potasse 7 —

Tel est le milieu, et, vous le voyez, Tes trois éléments nécessaires au développement des bactéries y sont représentés. Le champignon cultivé sur ce liquide est Yaspergillus niger , dont vous trouvez de nombreuses colonies sur les tranches de citron exposées à l’air et sur le pain mouillé d’un liquide acide. L nspergillus niger est un champignon caractérisé par un tube sporifère droit sans rameau, portant à son extrémité une petite sphère sur laquelle s’implantent en bouquets des spores rondes. Ce

Page 1