‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 33 sur 207 · EXPÉRIENCES DE M. RAULIN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DE M. RAULIN

n’esl pas un champignon microscopique dans le vrai sens du mot, mais le grossissement est indispensable à l’étude de ses détails. 11 a été choisi par M. Raulin parce qu’il était facile de savoir au juste, et de s’assurer par la balance, quelle était la récolte obtenue avec telle ou telle modification apportée dans la constitution du liquide sur lequel on l’ensemence. Après bien des tâtonnements, M. Raulin en est arrivé à conclure que le liquide composé, dont je donne plus haut la formule, est celui qui fournit les plus belles récoltes à'aspergillus, à la condition que l’ensemencement se fasse sur le liquide placé dans de petites cuvettes en porcelaine, laissées découvertes à l’air libre à une température d’environ 35 degrés, le liquide formant une couche de 3 centimètres de hauteur au plus.

Dans ces conditions, au bout de six jours, on a dans une cuvette d’environ 40 décimètres carrés une récolte qui à l’état sec pèse 25 grammes, ce qui représenterait 550 kilogrammes à l’hectare, c’est-à-dire un cinquième de ce qu’est la récolte séchée d’une prairie naturelle dans un sol riche. Mais, comme celte récolte s’obtient en six jours, il s’ensuit que notre liquide est douze fois plus fertile que la meilleure prairie. Le côté vraiment intéressant de l’expérience est celui-ci : si on cultive le champignon sur un liquide Raulin, dans lequel on n’a pas ajouté les 60 centigrammes de carbonate de potasse, la récolte, qui était de 25 grammes, ne sera plus que de 1 gramme. Si l’on supprime le phosphate d’ammoniaque, la récolte n’est plus que 12 centigrammes et de 18 si l'on supprime tout l’ammoniaque. Quant à la suppression du sulfate de zinc, elle fait tomber la récolte de 25 grammes à 2 gr. 50. Or, le sulfate de zinc n’existe dans le liquide que dans laproporlion de 7 centigrammes, soit 0,032 de zinc. Ainsi donc dans ce milieu, l’addition de 0,032 de zinc fait produire 22 gr. 50 de plante, c’est-

INFLUENCE DES MILIEUX

à-dire sept cents fois son propre poids; cette influence infinitésimale du milieu n’est-elle pas tout à fait curieuse? Mais il existe encore un fait beaucoup plus curieux, c’est celui-ci: il suffit, de mélanger au liquide un atome de nitrate d’argent pour empêcher toute récolte et arrêter la végétation si celle-ci a commencé. Or, ce résultat est atteint par des doses réellement invraisemblables. D'après M. Raulin,un seize cent millième de nitrate d’argent dans le liquide produit le résultat, et même si le liquide est placé dans un vase d’argent, la végétation ne saurait s’y établir. Cependant l’analyse chimique la mieux conduite serait inhabile à révéler dans le liquide une trace d’argent sensible aux réactifs les plus délicats. Dans ces conditions-là, ne voyez-vous pas que la nutrition du micro-organisme est un réactif d’une exquise délicatesse, et qu’elle sait révéler des doses que nous ne saurions apprécier autrement. De pins, le résultat n’est-il pas en droit de faire sur vous une impression profonde, et jugeant par analogie, ne voyez-vous pas comment on peut expliquer l’immunité que laissent après elles certaines maladies? Il faut et il suffit que l’organisme ait subi une altération infinitésimale, inappréciable avec les moyens dont nous disposons pour que cette altération rende le milieu absolument inapte à faire les frais d’une nouvelle éclosion de micro-organismes. 11 n’existe plus là rien de mystérieux, rien d’inexplicable, ce n’est qu’une modification de terrain, suffisante pour ne pas permettre à notre substance de faire reproduire une nouvelle génération de microbes.

Incontestablement, c’est ainsi que doivent agir les vaccins, en entendant par ce mot toute cause qui empêche le développement de certaines bactéries sur un organisme. Ces vaccins agissent- ils ou bien en apportant des matériaux nouveaux ou bien en soustrayant quelque substance utile aux microbes futurs ?

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