‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 34 sur 207 · EXPÉRIENCES DE M. RAULIN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DE M. RAULIN

On ne peut encore résoudre avec certitude cette question. Le fait suivant, également observé par M. Raulin, vient toutefois jeter un certain jour sur la question. Un ensemencement donne lieu à une récolte; si, après avoir enlevé celle-ci, on ensemence à nouveau, on obtient une seconde récolte, mais elle est déjà moindre,

, et après elle le liquide est absolument stérile. Mais stérile seulement pour Y aspergillus , car on peut fort bien y cultiver d'autres micro-organismes qui y prospéreront . Quelle preuve plus évidente peut-on fournir de ce fait que toute bactérie demandepour se développer un terrain approprié, nettement défini? L’étude de ces expériences nous offre encore un autre enseignement. Comme vous l’avez remarqué, il existe du fer dans le liquide de M. Raulin ; quel rôle y joue-t-il? 11 se trouve que, si on le supprime tout à fait, la végétation commence comme si le milieu avait sa composition normale. Mais au bout de peu de temps, le développement s’arrête, et dans ces conditions une seconde culture est impossible. D’un autre côté, si l’on augmente la teneur du liquide en fer, la végétation n’en souffre pas, au contraire. En quoi le fer est-il nécessaire et quel rôle joue-t-il? Ces champignons, n’ayant pas de matière verte, sembleraient n’en avoir que faire. Mais, d’après MM. Raulin et Duclaux, le fer agirait en détruisant ou annihilant au fur et à mesure de leur production les poisons sécrétés par la plante, excrétion que tous les êtres vivants produisent et qu’ils ne peuvent laisser accumuler autour d’eux sous peine de mort. Nous aurons à revenir plus tard sur cette donnée ; bornons-nous à l’enregistrer pour le moment.

Les faits que nous venons d’étudier ensemble ne sont pas les seuls où il suffit d’une modification chimique, quelque légère qu’elle soit, pour apporter un trouble considérable dans l’évolution des micro-organismes qui vivent à l’aide et aux dépens du milieu. Il suffit d’un

INFLUENCE DES MILIEUX

changement, que souvent nous ne pouvons pas apprécier, pour que le milieu possède ou ne possède pas la propriété de voir des bactéries se développer et s’accroître en lui. En voici encore un exemple. Il existe, vous le savez, un corps qui se nomme l’acide tartrique, et vous savez aussi que ce corps, bien que présentant une constitution moléculaire toujours identique, se, montre sous deux formes qui ne se différencient que par une nuance dans la variété de cristallisation. De plus, chacune de ces formes jouit d’une propriété différente au point de vue de la polarisation; tandis que l’une dévie à droite le plan de polarisation de la lumière polarisée, et présente des cristaux hémiédriques, l’autre jouit d’un pouvoir rotatoire de même grandeur que le précédent, mais en sens opposé, par conséquent, il dévie à gauche ; ses cristaux sont aussi hémiédriques, mais non superposables. Voilà donc deux corps identiques comme composition chimique, ne se distinguant l’un de l’autre que par des propriétés différentes, et cependant il est prouvé que telle espèce de bactérie vit parfaitement et se multiplie dans une solution d’acide tartrique droit, tandis qu’elle languit et meurt dans un milieu où se trouve l'acide tartrique gauche. Inversement, celui-ci permet à certains microbes de vivre là où il se trouve, tandis qu’avec son congénère, l’acide tartrique droit, les conditions sont tout à fait changées et la vie n’est plus possible, tellement une différence, même insaisissable, du milieu agit sur la vie bactérienne.

Jusqu’ici, messieurs, je le reconnais, nous nous sommes tenus, dans notre étude des milieux, dans le domaine de la chimie, et nous n’avons étudié que le mode d’action des milieux, déterminé par leur composition moléculaire. Bien que la plupart des phénomènes dits vitaux ne soient autre chose que des propriétés

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