MOUTONS BARBARIES
d’ordre physico-chimique, vous pouvez vous demander s’il en est de même sur les êtres vivants, si l’aptitude ou l’inaptitude du milieu vivant est régie parfois par des différences aussi minimes, aussi difficiles à apprécier. Eh bien, il en est tout à fait de même pour les milieux vivants, et souvent une différence, une modification qui paraît tout à fait négligeable, suffit à leur donner des propriétés quelquefois diamétralement opposées. Vous savez quels ravages exerçait la maladie charbonneuse sur les troupeaux de la Beauce. L’éleveur voyait, chaque année, un nombre assez considérable de ses bêtes mourir victimes du fléau. Certains champs étaient appelés champs maudits, car la mort frappait à coups redoublés parmi les moutons qui venaient paître leurs herbes. Depuis que, grâce à la découverte de M. Toussaint, on a pu arriver à vacciner les moutons contre le sang de rate, les choses ont bien changé et les pertes sont insignifiantes. Eh bien, au moment où la mortalité était la plus forte, on a remarqué, et cela non pas une fois, mais cent fois, que les moutons d’Algérie, confondus dans un même troupeau avec les autochtones, ne présentaient jamais la maladie, et il n’est pas d’exemple de moutons algériens morts du sang de rate dans les plaines de la Beauce. Non seulement les moutons barbarins récemment importés présentaient cette particularité de ne pas succomber, de n’être jamais malades, mais encore les moutons nés en Beauce de parents algériens paraissaient tout aussi réfractaires et ne mouraient jamais. Voilà, je crois, un exemple aussi caractéristique que possible de ce que peut un milieu sur l’évolution d’un microbe. Mais peutêtre, dira-t-on, par suite d’une chance inouïe ou peutêtre guidée par son instinct cette race de barbarins ne mangeait pas l’herbe souillée par le bacille charbonneux. 11 n’en est rien, et M. Chauveau, qui a parfaitement étudié la question, a prouvé que cette race ovine était aussi
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DE L’ACTION DES MILIEUX
réfractaire à l'inoculation qu’elle se montrait réfractaire à l’infection par les matières alimentaires pouvant communiquer le charbon. Ces montons, en effet, ne présentent aucun accident, alors même qu’ils sont soumis à des inoculations répétées, dont une seule tuerait un mouton français. Pour les faire mourir du charbon, il faut leur injecter dans le sang des doses vraiment massives de sang charbonneux, et alors, mais alors seulement. ils succombent. Et, remarquez-le bien, messieurs, la mort, dans ces conditions-là, n’infirme en rien le fait indéniable que les moutons algériens présentent un milieu spécial opposé à l’évolution du bacille charbonneux. Il est bien sûr qu’introduit en quantité considérable dans le sang, le bacille arrivera à donner la mort; mais ce qui constitue le trait caractéristique du barbarin, c’est que, dans son milieu, quelques bacilles introduits sous la peau ne se développent pas, ne se multiplient pas, ne font pas irruption dans le sang de manière à entraîner la mort par un mécanisme que nous expliquerons plus tard. Ce fait seul est assez caractéristique. Voilà un milieu qui peut empêcher le développement et la multiplication d’un germe, et il serait bien à souhaiter qu’on pût modifier assez le milieu humain pour que les germes morbides ne s’y développent pas et n’y prennent pas de généralisation.
Il en est de même pour une autre maladie microbienne que l’on connaîtsous le nom de rouget du porc. MM. Pasteur et Thuillier ont démontré que cette maladie était due à la présence d’un bacille, que Ldffler a parfaitement décrit. Ce bacille se trouve très abondant dans le sang et constitue cette maladie redoutable et éminemment contagieuse chez le cochon. C’est par les aliments plus ou moins pollués par les excréments que la maladie se propage. Eh bien, ici, comme pour le charbon, nous trouvons une race qui est absolument réfractaire à l’in-