MILIEUX DE CULTURE
vahissement des microbes de la putréfaction et qu’il se conserve beaucoup plus que ceux de ses semblables qui n'ont pas été soumis au même régime.
D’autres causes encore peuvent influer sur les milieux vivants et en faire de mauvais ou d’excellents terrains propres à la multiplication des bactéries. Lachaleurjoue un rôle aussi indiscutable que les agents dont je viens de vous entretenir. La poule et la grenouille, vivant dans leurs conditions normales, ne sont en aucune façon influencées par de nombreuses inoculations de sang charbonneux; mais chez ces deux espèces, c’est uniquement à leur température qu’elles doivent leur apparente immunité. Le sang de la poule est trop chaud, celui de la grenouille est trop froid pour que le microbe puisse se développer et pulluler. Cela est si vrai que si la poule est placée dans un milieu réfrigérant qui abaisse de 4 à 5 degrés sa température, le charbon se développe en elle et la lue. De même, si la grenouille est placée dans une atmosphère qui élève la température de son corps, elle succombe parfaitement au charbon. Ces deux expériences si curieuses, dues à M. Pasteur, sont surtout caractéristiques en ce sens que l’un ou l'autre de ces animaux, ainsi modifiés dans sa température, revient parfaitement à la santé, dès qu’on lui laisse reprendre sa température normale, et, comme la bactérie charbonneuse ne peut vivre à cette température, elle ne tarde pas à périr, et l'animal est guéri, alors même qu’il eût présenté des symptômes non douteux de charbon. Un savant russe, M. Solowieff, a tiré parti de cette expérience pour instituer une médication contre le charbon de l’homme ; pour cela, il place le malade dans une étuve à la température de 40°, 5; il prétend avoir obtenu des succès.
Une autre cause qui s’oppose au développement des bactéries, c’est la présence dans le corps, au moment de
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l’inoculation, d’autres bactéries en voie de pullulation. Pour les infiniment petits, comme pour les animaux supérieurs, il y a un combat pour l'existence. En dehors des modifications <pii peuvent être imprimées à l’économie par une culture, il y a de la part de certaines espèces une plus grande facilité à s’approprier les éléments qui servent à leur nutrition, et, dans ce cas-là, l’espèce qui est en possession du milieu ne laissera pas à la nouvelle venue des éléments suffisants pour que celle-ci puisse vivre. Dans quelques cas, c’est la nouvelle venue qui jouit de propriétés nutritives plus intenses, qui arrête les premiers occupants et ne tarde pas à les faire disparaître, en les privant des matériaux qui sont indispensables à leur existence.
Ce n’est pas seulement en considérant la propagation microbienne sur un animal qui présente toujours un ensemble assez complexe que l’on peut se faire une idée des modifications, en apparence insignifiantes, qui influent sur le développement des micro-organismes. M. Pasteur a renouvelé, en les appliquant aux microbes, les recherches si intéressantes de M. Raulin, et il a démontré que les infinimentpetits étaient également très sensibles aux plus légères variations des milieux de culture. L’illustre maître a démontré, en effet, que le milieu le plus favorable pour la culture des microbes de la salive était un mélange composé de deux parties de bouillon de veau et d’une partie de sang de lapin. Toute modification apportée dans la proportionnalité du mélange exerce une influence désastreuse sur la culture, arrête la multiplication, agit même sur la forme des microbes. Il en est de même si on substitue, dans la même proportion, au bouillon de veau une décoction faite avec une autre viande, par exemple un bouillon de mouton, de poulet ou de lapin; alors les bactéries ne se reproduisent plus et ne tardent pas à succomber.