‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 5 sur 207 · OBJECTIONS · texte numérisé non relu

OBJECTIONS

lorsque la question esL venue se poser devant l’Académie de médecine.

Prenons ces objections une à une, et examinons-les rapidement. La première, qui envisage la présence des microbes comme un épiphénomène du processus morbide, effet et non cause de celui-ci, n’est autre que la théorie de M. Béchamp, rajeunie pour la circonstance. Pour cet auteur, en effet, toutes les granulations moléculaires des corps vivants ne sont autre chose que des microzymas , qu’un processus morbide peut parfaitement transformer en bactéries. Mais Al. Béchamp et ceux qui se sont servis de sa théorie fantaisiste ont oublié de nous montrer une de ces granulations en voie de transformation bactérienne. De plus, il se trouve qu’en empêchant l’arrivée des germes microbiens, les microzymas ne se transforment plus et qu’il n’y a plus de microbes, bien qu’alors, rien ne fasse obstacle à cette prétendue transformation. Comment se fait-il que l’inoculation des bactéries devienne subitement un motif suffisant pour que la métamorphose se montre? Je ne puis en vérité insister davantage, tellement celle objection est fragile et tient peu devant les faits observés et le raisonnement. Je ne pense pas, du reste, que personne ait jamais pu soutenir que l’acarus n’était qu’un épiphénomène de la gale, et la trichine un épiphénomène de la trichinose. Ce serait pourtant une conséquence de cette nouvelle manière d’envisager les faits.

Voyons maintenant ce qu’il faut penser de la seconde objection : les microbes pathogènes ne se sont jamais montrés dans l’air. Le fait en lui-même est peut-être vrai dans une certaine mesure. Rarement on a trouvé des microbes pathogènes dans les diverses analyses de l’air atmosphérique. Que peut prouver ce fait, qui n’est qu une négation? Qui nous dit que demain un perfectionnement dans la technique ne nous permettra pas de

INTRODUCTION

les voir en pins grand nombre ? Pasteur, Emmerich, Eiselsberg et Héricourt affirment avoir constaté leur présence. Mais ne les a-t-on pas déjà découverts dans l’eau potable et dans le sol? De ce qu’on ne les a que rarement rencontrés en suspension dans l’air, cela veut-il dire qu’il n’y en a pas? En aucune façon. Ne constatonsnous pas leur présence, qui nous est révélée par la contagion d’origine pulmonaire de plusieurs maladies dont la nature bactérienne est indiscutable? Or, cette contagion par l’air inspiré, bien que plus rare qu’on ne le suppose, est surabondamment démontrée. Nous aurons du reste occasion d’y revenir.

Pour répondre à la troisième objection de la variété des formes morbides, opposée à l’unité de l’espèce microbienne, il faudrait non seulement quelques mots, mais une longue conférence, tellement cette question soulève de points de vne divers, tellement sa solution nécessite des développements variés; j’ai l’intention de traiter devant vous, dans deux de nos entretiens, de l’influence des milieux sur les microbes et de l’influence des microbes sur les milieux. Vous le voyez, je ne me déroberai pas devant l’objection; je veux, au contraire, que la lumière pleine et entière soit faite. Cependant, dès maintenant, je dois vous le dire, du moment où une notion de germination, de multiplication est introduite, elle évoque comme corollaire indispensable l’idée de terrain. A chaque instant, dansnos étudesultérieures,nous aurons à vous montrer l’étroite connexité de ces deux termes : l’ ensemencement et le terrain où doit lever la graine. C’est, du reste, un phénomène de notion vulgaire qu’une poignée de germes cueillie sur le même réceptacle donnera des produits dont la diversité ira parfoisjusqu’à la dissemblance, suivant le terrain où chaque graine aura germé. Ne vous y trompez pas cependant, messieurs, si la question est simple et paraît au premier

Page 1