INFLUENCE SUR LA REPRODUCTION
se reproduiront, car si, d’une part et dans la mesure que je viens d’indiquer, on peut les obliger à sporuler promptement et à mourir ensuite, dans d’autres conditions que l’expérimentation peut réaliser il est possible d’empêcher l’émission des spores et, chose bien curieuse et bien caractéristique, de modifier à ce point les propriétés physiologiques de ces micro-organismes qu’à l’avenir et dans leurs générations ultérieures ils auront en quelque sorte perdu le pouvoir de sporuler.
Ce n’est pas dans ce cas seulement que le milieu atteste sa puissance d’action au point de vue de la reproduction de l’espèce. M. le professeur Toussaint a démontré de la façon la plus péremptoire que, si l’on veut cultiver le microbe du choléra des poules dans un bouillon, on réussit à merveille et on a une colonie très riche; mais par le seul fait de sa production dans ce liquide, les micrococci, qui sont la cause efficiente de la maladie, ont perdu la propriété de se reproduire dans un autre bouillon, et chaque fois que l’on se servira de cette première culture pour ensemencer d’autres liquides analogues on aura des résultats négatifs. Est-ce à dire que les nouveaux bouillons ne puissent pas donner naissance à de nouvelles colonies? En aucune façon, car, si on les ensemence avec des déjections de poule cholérique, ils deviennent promptement le siège d’une pullulation considérable ; ils ne se montrent stériles que pour les microbes issus d’une évolution première dans un bouillon. C’est cette origine dans un tel milieu qui a modifié, au point de l’annihiler, leur puissance prolifique.
Voilà, messieurs, ce que j’avais à vous dire sur l’influence qui est exercée par les milieux sur l’évolution des bactéries, et, comme vous savez que dans la plus grande majorité des cas la maladie n’est que le facteur de cette évolution microbienne, vous pouvez
DE L’ACTION DES MILIEUX
voir que j’avais parfaitement raison de vous dire, au commencement de notre entretien, que l’étude approfondie des milieux et leur mode d’action était la pierre angulaire de la médecine et la comprenait tout entière. Vous avez vu que dans notre art, comme en agriculture, la question de terrain primait toutes les autres, car cette question est capitale pour l’apparition ou la non-apparition de la cause de la maladie. Vous savez maintenant qu’il suffît d’apporter au milieu une modification quelquefois si peu importante qu’elle peut être placée parmi celles qui sont en dehors des limites de nos investigations les plus minutieuses. Et je suis sur que, frappés de ce fait, vous vous dites que, puisqu’il est expérimentalement démontré qu’il ne s’agit en définitive que d’apporter un changement souvent peu important dans le milieu, nous ne devons pas nous décourager et nous devons espérer qu’on finira par trouver un mode qui créera des milieux absolument stériles et réfractaires au développement de tout microorganisme. Celui qui accomplira cette découverte sera sans contredit le plus grand parmi tous les bienfaiteurs de l’humanité.
Dans notre prochaine leçon, nous étudierons l’action des microbes sur les bactéries et, ce qui est peut-être l’aurore de la solution que je viens de vous indiquer : l’atténuation des virus.