‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 43 sur 207 · ACTION DES PTOMA1NES · texte numérisé non relu

ACTION DES PTOMA1NES

la nature est simple dans ses manifestations et elle se répète volontiers. Dès l’instant que, dans l’un et l’autre cas, il y a un milieu dans lequel évoluent des microbes, les phénomènes doivent présenter une grande analogie. Mais se borner là ne serait qu'envisager un des côtés du problème. Le côté qui nous reste à examiner n’est pas le moins intéressant. Je vous disais, au commencement de cet entretien, que les bactéries agissaient de deux façons sur les milieux qui les supportent : d’abord par les besoins de leur nutrition, et en second lieu par les déchets qu elles éliminent. Les fermentations nous ont donné une idée du premier mode d’action ; il nous reste à étudier le second. De celui-ci, l’étude des fermentations ne peut nous fournir la moindre idée, même approximative. Le milieu dans lequel les phénomènes de la fermentation se produisent n’est pas un milieu vivant, et par conséquent ne peut pas être influencé par des substances, qui probablement ne sont pas douées d’un pouvoir chimique bien important. A la longue seulement la présence de ces détritus organiques pourrait se révéler, et encore n’accuseraient-ils leur présence qu’en enrayant la multiplication des bactéries, absolument comme il arrive pour les cultures de l’aspergillus, lorsque le fer ne neutralise pas l’action nocive de ces déchets. Mais lorsque les phénomènes évoluent dans un milieu vivant, celui-ci présentera des réactions vitales, dès que le toxique sera répandu en quantité suffisante pour l’influencer. C’est donc uniquement sur les milieux vivants que doit être faite l’étude qui nous reste à faire de l’action des microbes sur les milieux par les substances provenant de leurs excrétions.

Malheureusement, dans ce cas, le phénomène ne se présente pas avec la même simplicité, il est complexe comme tout ce qui touche aux phénomènes de la vie. On ne peut pas mesurer le degré d’une impression produite

sur un organisme avec la précision que l’on peutapporter à une analyse chimique.il faut se borner le plus souvent à la constatation d’une nocivité plus ou moins grande en étudiant comment elle s’exprime et se traduit.

Comme tous les êtres vivants, les microbes excrètent en dehors d'eux des substances diverses, dont les propriétés varient avec l’espèce et probablement aussi avec nombre d’autres conditions. Nous les avons vus sécréter des diastases, nous voyons quotidiennement sur les cultures le milieu modifié dans son aspect par l’action de ces produits. La gélatine et l’agar-agar en sont liquéfiés, les macérations de viande en sont troublées ou diversement colorées. Le fait de l’excrétion est donc incontestable. Mais comment agissent ces substances toxiques et quelle est leur action? — De même que certaines cellules végétales donnent naissance à des corps alcaloïdes, par le fait de leurs évolutions vitales, de même certaines espèces de microbes donnent lien à des alcaloïdes à réactions chimiques bien nettement identiques à celle des alcaloïdes végétaux; ces substances ont reçu le nom de plomaïnes. C’est ainsi que Brieger assure avoir retiré de cultures pures de staphylococcus pyogenes aureus une ptomaïne voisine de l’ammoniaque. Du reste, l’évolution des maladies et leur similitude avec les empoisonnements par les alcaloïdes ont depuis longtemps frappé tous les observateurs. Il paraît donc impossible que les phénomènes divers qui caractérisent les maladies microbiennes soient produits par autre chose que par un poison provenant des excrétions bactériennes. Les travaux de Brieger, et en France ceux de MM. Brouardel et Boutmy ont démontré que les ptomaïnes, qui se forment en si grande abondance dans les cadavres, sont en grande partie le résultat de la vie des micro-organismes qui assiègent les corps après la cessation de la vie; on voit en effet

Page 1