HUITIÈME LEÇON
ANALOGIE DES MICROBES AVEC LES ÉLÉMENTS ANATOMIQUES. THÉORIE DES VACCINATIONS, DE L’IMMUNITÉ, DE L’HÉRÉDITÉ^
Messieurs,
Depuis que nous pénétrons plus avant dans l'étude des infiniment petits, que nous connaissons mieux leurs propriétés et leur évolution, une idée est venue Lien souvent se présenter à mon esprit, et si je ne vous en ai pas fait part, c’est que je me réservais de traiter ce sujet avec tout le soin et tout le développement qu’il comporte. Je suis bien sûr que cette manière de voir a été évoquée par chacun d’entre vous et que tous vous vous êtes surpris à établir une comparaison qui vous a démontré l’analogie étroite qui existe entre les microbes et les éléments anatomiques constitutifs de nos tissus. Notez-le bien, je dis aujourd’hui seulement analogie, mais je ne doute pas que dans quelque temps, grâce aux progrès incessants de la science, on ne doive dire identité.
Comment ne serions-nous pas frappés de cette ressemblance, lorsque nous voyons deux êtres nous présenter une morphologie parfaitement comparable, avec les mêmes phénomènes de nutrition, de respiration, et jusqu’aux propriétés de naissance, qui, sans être identiques, sont au moins analogues ; lorsque nous verrons que leurs excrétions et leurs déchets sont les mêmes, sur-
tout qu’ils s’adaptent parfaitement à un même but; que finalement, du haut en bas de l’échelle organisée, les besoins sont les mêmes, et qu’en résumé tous les êtres vivants arrivent à peu près par les mêmes moyens à la réalisation d’un but identique : leur nutrition, leur vie.
Que sommes-nous, en effet, en laissant de côté tous les problèmes extra-scientifiques, sur l’essence delà vie, sinon un composé d’eau, de matières combustibles et de minéraux, ou d’une manière plus générale, sinon un composé de quelques substances minérales ou indestructibles et de gaz diversement combinés? Sous quelle forme visible et tangible montrons-nous cette composition, sinon sous la forme cellulaire? Je suis trop l’élève reconnaissant du professeur Ch. Robin pour adopter dans son ensemble la théorie cellulaire des Mirbel, des Turpin, des de Blainville, que Virchow a faite sienne et qu’il a rajeunie en la complétant par de nouvelles découvertes scientifiques. Je fais les plus expresses réserves sur certaines modalités qui semblent s’éloigner de la théorie, mais je suis bien forcé de convenir que tout notre être procède des feuillets cellulaires du blastoderme, qui ne sont qu’un produit de la segmentation du vitellus. Tout notre être se présente donc en dernière analyse comme un composé, une confédération d’organes, dont le dernier ternie est la cellule plus ou moins modifiée. C’est cette cellule qui a les mêmes propriétés que les microbes dont nous venons d’étudier ensemble quelques-unes des manières d’être. Notre existence et notre vie ne sont pas autre chose que la résultante de la vie de tous ces petits organes microscopiques. Ils ont des propriétés qui paraissent différentes quand on ne considère que les résultats immédiats, mais, quand on pénètre au fond des choses, on voit que les divergences superficielles ne sont qu’une