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LA THÉORIE CELLULAIRE

même propriété exercée d’une façon différente. Que diriez-vous d’un observateur superficiel qui affirmerait que les poissons n’ont nullement besoin d’air, et cela parce qu’ils meurent dans l’atmosphère? Vous lui répondriez promptement que le poisson a besoin d’air, mais qu’il ne l’absorbe que d’une certaine manière. Il en est de même des propriétés de tous les êtres vivants, depuis les microbes jusqu’aux animaux les plus élevés dans la série des êtres. Ces propriétés sont les mêmes, la manière dont elles sont exercées varie seulement d’une espèce à l’autre.

Comme vous l'avez vu, les bactéries ont la propriété de se segmenter et de donner ainsi naissance à deux êtres nouveaux. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que bien des cellules constitutives de nos tissus sont dans ce cas, et que le phénomène de segmentation de certains éléments est une vérité incontestable et d’observation facile. Voilà déjà une première analogie, et maintenant que nous savons l'analogie de composition chimique et d’origine de quelques-unes de nos cellules avec les microbes, examinons leur structure. Ici encore nous retrouvons l’analogie : une membrane enveloppante, avec un contenu le protoplasma, et l’identité des iToms vous montre que l'identité de structure a frappé tous les observateurs, qui n’ont pas dénommé autrement les parties constitutives des bactéries. Allons plus loin encore : dans certaines cellules, surtout dans les cas pathologiques, on trouve un ou plusieurs noyaux, comme on trouve des spores dans l’intérieur du protoplasma microbien; et, de même que cette spore donne naissance à un individu semblable à la cellule qui l’a produite, de même on voit ces noyaux cellulaires se segmenter et donner naissance à des cellules semblables à celles dans l’intérieur desquelles ils ont pris naissance. Il n’est pas rare, en effet, de voir le noyau préexister à

l’apparition de la cellule complète. Dans les détails, même analogie; dans l’un et l’autre cas, mêmes granulations moléculaires qui criblent la membrane enveloppante ou qui pénètrent dans le protoplasma. Mêmes réactions aux divers agents, égale contractilité de la membrane enveloppante au contact de l'iode ou de l’alcool absolu. Enfin, certaines de nos cellules présentent des mouvements, soit au moyen de cils vibratiles, comme celles des voies respiratoires, ou quelques autres que l’on trouve à certains points des organes génitaux. Dans d’autres de nos cellules, on observe des mouvements propres, par contraction du protoplasma; ces mouvements ont été décrits sous le nom de mouvements amiboïdes. Si vous vous rappelez ce que je vous ai dit à propos des mouvements des bactéries, vous verrez que l’analogie ne saurait être plus complète et plus évidente.

Examinons maintenant les propriétés vitales et nous y retrouverons les mêmes analogies. Les bactéries, comme les cellules de nos tissus, vivent au milieu d’une substance le plus souvent liquide, et lui empruntent les matériaux qui doivent servir à leur nutrition. Que la composition du milieu soit modifiée et les manifestations vitales, dans l’un et l'autre cas, présenteront des modalités différentes. A des degrés divers, absolument comme les bactéries, tous les éléments anatomiques ont besoin d’oxygène, les uns ne pouvant pas se passer de ce gaz, même pendant un temps fort court, les autres vivant pendant un temps indéterminé sans avoir le moindre contact avec lui. Bien plus, la présence de ce gaz semble, dans quelques cas, tuer certains de nos éléments, de telle sorte que quelques-uns sont des aérobies vrais, comme par exemple les globules rouges du sang, tandis que d’autres sont anaérobies, comme toutes les cellules des tissus phanérophores, qui, puisant dans le sang

BESOIN D’OXYGENE

leurs matériaux de proche en proche et par une sorte de capillarité, n’ont avec l’oxygène que des contacts à peine sensibles. Non seulement les cellules des tissus phanérophores sont dans ce cas, mais encore les éléments constitutifs de l'os et des cartilages. Bien plus, si vous forcez soit un os, soit un cartilage, à vivre complètement au contact de l’air, les éléments qui baigneront directement dans l’atmosphère mourront et se nécroseront.

De même que nous avons vu certains micro-organismes aérobies qui, forcés de vivre en anaérobies, n’en continuent pas moins leur existence en empruntant aux substances environnantes les éléments indispensables à leur nutrition, ou bien de même que vous voyez, lorsqu’un milieu peuplé de bactéries est privé d’air, les espèces aérobies mourir les premières et que la mort les frappe successivement d’après leur avidité plus ou moins grande pour l’oxygène ; de même, si vous privez brusquement d’air une partie de l’organisme composé d’éléments anatomiques divers, un membre par exemple, en empêchant brusquement l’arrivée du sang, le grand et unique vecteur d’oxygène, vous verrez successivement mourir les éléments anatomiques, et leur mort arrivera d’autant plus rapidement qu’ils sont plus avides d’oxygène, qu'ils sont plus ou moins aérobies. Les éléments nerveux mourront les premiers, les os et les cartilages succomberont en dernier lieu et fort longtemps après. D'un autre côté, certains éléments continuent à vivre pendant quelque temps à l’aide de la substance de ceux qui les environnent, absolument comme une levure, plongée dans un liquide, vit quelque temps à l’aide des substances dont elle peut soutirer de l’oxygène. Depuis longtemps, en effet, on a été frappé des rapports étroits qui unissaient certaines formes de gangrène aux fermentations.

Mais les bactéries, pas plus que les éléments ana-

tomiques, ne vivent pas seulement de l’air du temps. Après le besoin d’oxygène plus ou moins développé, elles demandent d’autres aliments, et, en traitant de la nutrition des microbes, je vous ai dit que les liquides, terrains sur lesquels on peut cultiver les microorganismes, devaient comprendre des principes hydrocarbonés, des principes azotés et des principes minéraux. Faites appel, messieurs, à vos souvenirs de physiologie et dites-moi si on ne vous a pas démontré que l’ensemble des éléments anatomiques, c’est-à-dire nous-mêmes, avions besoin aussi d’aliments correspondant à ces trois ordres de substances, et que dans les substances qui nous fournissent un aliment complet, le pain, le lait, l’œuf, on ne retrouvait pas exactement les mêmes principes. Ajoutons un autre trait de ressemblance : de même que les bactéries, les éléments anatomiques ne peuvent arriver à l’absorption de ces diverses substances qu’en les rendant solubles. Nous verrons tout à l’heure par quels procédés identiques ils arrivent à ce résultat.

Nous retrouverons dans les excrétions et dans les déchets des uns et des autres des analogies tout aussi étroites. Le grand fait, non l’unique, de la désassimilation des éléments anatomiques, c’est l’acide carbonique qu’ils rendent au sang et qui donne à celui-ci les propriétés que vous savez être l’apanage du sang veineux. Vous savez qu’il en est de même pour les bactéries, comme du reste pour tous les végétaux, et que de ce chef comme de tous les autres il v a identité entre toutes les cellules vivantes. Vous savez aussi que la plante donne naissance, dans ses cellules, à un alcaloïde, quelquefois bienfaisant, quelquefois poison mortel. De même les bactéries donnent aussi naissance à des alcaloïdes que nous verrons quelquefois être utiles et quelquefois, lorsqu’ils proviennent de certaines es-

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