‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 48 sur 207 · ANALOGIE DES EXCRÉTIONS · texte numérisé non relu

ANALOGIE DES EXCRÉTIONS

pèces pathogènes, constituer des poisons redoutables. Je vous ai dit l’analogie frappante qu’il y a, comme effet produit, entre certaines ptomaïnes bactériennes et certains alcaloïdes végétaux. Nos éléments anatomiques excrètent aussi des ptomaïnes aussi redoutables que celles qui proviennent des bactéries ou des plantes. Là encore l'analogie est si frappante que les auteurs qui se sont le plus occupés de l’étude des effets des ptomaïnes ont donné à certaines d’entre elles des noms qui rappellent parfaitement ces effets identiques. Ainsi les professeurs Charles Bouchard, Brouardel et Armand Gautier ont isolé et ont noté l’action d’atropines animales, d’hyosciamines animales, de conicine, de vératrine animales; donc, encore une fois, je ne dis plus analogie, mais identité des produits excrétés à tous les degrés de l’échelle.

L’analogie se retrouve encore aussi évidente dans d’autres excrétions particulières dont la composition et les effets sont également identiques chez les microbes et chez les éléments anatomiques. Vous savez que lorsqu’un corps n’est pas assimilable dans la forme et avec la composition qu’il présente en pénétrant en nousmême, nous avons le pouvoir, par des organes spéciaux, de le dédoubler, de le disloquer en quelque sorte et de le faire arriver à un état qui rende possible son assimilation. Ces liquides excrétés par nous portent le nom de diastases. Elles ont continué à produire, dans des expériences de laboratoire, les mêmes effets et avec la même puissance. Ces diastases sont au nombre de trois, dont la désinence indique suffisamment l’action, les amylases pour les matières amylacées, les sucrases pour les sucres, et les caséases pour les matières azotées, leur nom étant tiré de l’action de ce corps sur la caséine, principe azoté du lait.

Eh bien! quand dans un liquide peuplé de microbes

on trouve en suspension des produits amylacés, des produits sucrés ou des produits azotés, que les microbes ne pourraient faire servir à leur nourriture, ils sécrètent également une ou plusieurs diastases, isolées par M. Musculus et qui sont non pas analogues, mais identiques à celles que nous sécrétons nous-mêmes, atteignant le même but et avec une égale puissance, car elles peuvent transformer un poids de substance, supérieur à leur propre poids de cent mille fois et au delà. C’est ainsi qu’agissent les bactéries pour transformer les décoctions d'amidon, pour intervertir le sucre, pour liquéfier la substance des muscles.

Il y a plus encore, messieurs, et l’analogie est tellement grande que nous voyons dans quelques circonstances les éléments anatomiques et les bactéries travailler de conserve les uns à côté des autres et arriver à un résultat qui permette à la fois la nutrition de l’un et la nutrition de l’autre; dans ce cas-là ils se suppléent et se complètent au grand bénéfice des deux coopérateurs. Vous savez, pour l’avoir appris dans les cours de physiologie, combien est difficile, lente et pénible, la digestion de la cellulose, c’est après un temps fort long que, livré à ses propres forces, l’animal arriverait au but. Chez les herbivores, ce serai tune œuvre tout à fait impossible si elle n’étaitaidéeettrèsnotablement accéléréepar une bactérie que l'on retrouve abondamment dans le tube digestif, le bacillus amylobacter , qui fait subir à la cellulose, pourson compte, bien entendu, une série de modifications qui la rendent facilement assimilable. De telle sorte que, l’animal volant en quelque sorte le produit du travail microbien, fait son profit de la substance préparée par le microorganisme. La connaissance de ce fait curieux, due à M. VanTieghem, ouvre un jour tout à fait inattendu sur les phénomènes de la digestion, et nul doute qu’on ne découvre ultérieurement que plusieurs phases de ce travail

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