EXPERIENCES
reconnaissent la même cause et ne soi ent dues également à une intervention plus ou moins active des nombreuses bactéries, qui sont contenues dans le tube digestif des animaux.
J’espère, messieurs, vous avoir démontré l’analogie étroite qui existe entre la vie .bactérienne et la vie des éléments anatomiques. Je vais, pour terminer, vous citer trois expériences qui viendront encore corroborer cette manière de voir, la faire ressortir plus lumineuse et vous la démontrer avec la dernière évidence, si le moindre doute pouvait subsister dans votre esprit.
Vous n'avez pas oublié ce que je vous ai dit des conditions qui règlent la vie et le développement de la levure de bière. Pour qu’elle bourgeonne et se multiplie, il lui faut beaucoup d’oxygène et elle le prend en grande partie au sucre qu’elle trouve dans le moût. Laissée à l’air libre et sans sucre, elle ne proliférera pas; placée dans un liquide sucré et sans air, elle ne s’accroîtra que très médiocrement, mais dédoublera énergiquement la matière sucrée. Les deux substances, oxygène libre et glycose, lui sont donc nécessaires si on veut que sa nutrition et son accroissement ne laissent rien à désirer. Maintenant que cette notion est bien présente à votre esprit, voici quelle est la première expérience. Si vous semez dans un vase plein de terre une graine de betterave, vous savez ce qui va se produire : au bout de quelque temps, vous aurez une grosse racine gorgée de sucs très riches en matière sucrée. Laissez la plante continuer son évolution, au bout de quelque temps, elle émettra une tige qui s’élèvera verticalement et qui ünira par produire des graines identiques à celle que vous avez semée. A ce moment arrachez la betterave et analysez le produit que vous retirerez de la racine, vous n’y trouverez plus un atome de sucre, pas plus que vous n’en trouverez dans la terre renfermée dans le vase, pas
plus que vous n’en trouverez dans la hampe qui vient de se former. Ou donc est passé le sucre, que nous savons avoir été contenu dans la racine ? Le voici : la plante, comme la levure, s’est accrue et, pour s’accroître, ses cellules, comme celles de la levure, ont eu besoin de deux choses, de l’oxygène et du sucre. L’oxygène, la plante l’a trouvé abondant dans l’atmosphère; mais le sucre a été pris en totalité dans la racine, qui en était remplie, et les cellules constitutives de la plante l'ont mangé tout entier en rendant, comme la levure, une certaine quantité d'acide carbonique qui s’est mélangé à l’air ambiant. On ne saurait, je crois, trouver une analogie plus frappante.
La seconde expérience est due à M. Pasteur. Vous savez qu’un fruit détaché de l’arbre qui l’a produit continue à vivre, que les cellules qui le composent absorbent encore de l’oxygène et exhalent de l'acide carbonique. M. Pasteur prend des fruits mûrs très sucrés, des prunes et du raisin, il en fait quatre parts égales. Un lot de prunes et un lot de raisins sont placés sous des cloches de verre uniquement remplies d’air; d’un autre côté, les deux parts qui restent, prunes et raisins, sont placées chacune sous des cloches d’égal volume, mais remplies d’acide carbonique. On laisse les choses en cet état pendant cinq à six jours. Au bout de ce temps-là, on trouve les fruits qui ont séjourné dans l’air, ayant conservé leur goût et à peu près leur aspect, ils sont seulement un peu plus sucrés. Quant à ceux qui ont séjourné dans l’acide carbonique, ils sont ridés et ratatinés. Si on les goûte, on constate qu’ils ont perdu leur sucre et qu’ils ont un goût alcoolique des plus prononcés. En effet, si on procède à une analyse, on trouve que les prunes donnent 6 gr. 50 d’alcool, c’est-à-dire plus de 1 p. 100 de leur poids total. D’ou vient cet alcool et comment s’est-il introduit dans ces fruits? Le voici : pour