OBJECTIONS
abord facile à résoudre, il n’en est pas moins vrai qu’elle touche aux problèmes les plus élevés de la chimie biologique et qu’elle appelle les recherches les plus délicates et les manipulations les plus minutieuses. J’ajoute qu’elle est capitale, et, comme je vous le ferai bien des fois remarquer, elle domine de très haut toutes les questions de la bactériologie. Vous jugerez du reste de son importance par les développements dans lesquels nous serons obligés d’entrer quand nous étudierons cette question.
J’arrive ci la dernière objection qui n’est qu’une querelle de mots. Ce ne sont pas les microbes qui agissent, mais bien les ptomaïnes sécrétées par eux. Que nous importe, en effet, que l’action des microbes soit directe ou indirecte! Si cette proposition était démontrée, ce qui est bien loin d’être fait au contraire, l’étude des bactéries devrait-elle pour cela être négligée? Ne vous rappelez-vous pas cet ancien argument de la scolastique : Qaod est causa causœ est causa causati. Il est bien incontestable que certains microbes n’agissent que par les ptomaïnes qu'ils sécrètent; le bacille de la diphtérie, celui du choléra, semblent être dans ce cas; d’autres, et c’est, le plus grand nombre, agissent et par leur présence et par les besoins de leur nutrition et par les ptomaïnes qu’ils sécrètent; d’autres enfin n’agissent qu’en vertu de leur présence dans nos tissus; notre mort est la conséquence de leur vie. Nous étudierons spécialement chacun de ces cas, en vous faisant l’histoire des diverses maladies bactériennes.
Telles sont, messieurs, les principales objections formulées contre la notion microbienne des maladies ; elles sont loin d’être sans réplique, et, si je me suis contenté de quelques mots d’explication pour les deux dernières, vous aurez occasion de voir qu’elles ne résistent pas à une élude sérieuse et approfondie. Mais je vous l’ai dit,
JO
INTRODUCTION
à côté de ceux qui nient sont ceux qui affirment trop promptement. Certains esprits, en effet, enthousiasmés par cette notion des processus morbides claire, précise et en quelque sorte tangible, par les admirables travaux corollaires que ces études ont amenés, les atténuations de virus et les vaccinations préventives, ont cru dans leur généreuse ardeur que toute maladie allait être connue dans son essence et que le moyen de s’en préserver serait bientôt indiqué. Ai-je besoin de vous dire que c’est là un écueil dont il faut bien se garder? On ne doit pas à la légère classer une maladie dans le cadre des affections parasitaires ; il faut agir avec circonspection, et l’on ne doit considérer comme telles que celles qui réunissent les conditions suivantes tracées par Koch avec un véritable esprit scientifique. Pour qu’une maladie puisse réellement prendre rang parmi les maladies bactériennes, il faut : 1° retrouver une bactérie identique dans les tissus ou les liquides de l’organisme de tout individu, malade ou mort de cette maladie; 2° isoler cette bactérie et en obtenir des cultures pures ; 3° reproduire la maladie par inoculation des cultures à des individus sains; 4° retrouver la même espèce bactérienne dans le nouvel individu malade ou mort du fait de cette inoculation, et dans des parties éloignées du point où l’insertion a eu lieu.
Il faut le reconnaître, le nombre des maladies pour lesquelles le cycle a été rempli en entier est encore restreint; chemin faisant, je vous indiquerai les raisons pour lesquelles cela n’a pas été possible pour un très grand nombre d’entre elles, comme aussi je vous dirai celles qui ont victorieusement franchi chacune de ces épreuves. Qu’il faille apporter dans les affirmations une prudence et une réserve extrêmes, c’est incontestable, mais aussi il faut le dire et le proclamer bien haut : oui, certainement, la science bactériologique que nous allons