NEUVIÈME LEÇON
DU RÔLE DES MICRORES DAIS S LES MALADIES. — DU RÔLE DES MICRORES DANS LA NATURE.
Messieurs,
En étudiant le rôle des microbes dans les maladies, nous allons voir qu'il faut faire entrer en ligne de compte une assez grande quantité d’éléments et de facteurs. Mais nous verrons aussi que la question tout entière est dominée par la notion exacte du terrain. Jusqu’ici, nous avons en quelque sorte, dans nos appréciations, fait entrer cette importante, cette capitale donnée d’une façon générale, comme si elle eût embrassé l’organisme tout entier. Nous allons voir maintenant comment elle se délimite et se spécialise, car, s’il est rare de trouver un individu dont un organe ou plutôt une partie de lui-même se refuse absolument, sous l’empire de certaines conditions inconnues dans leur essence, à devenir le terrain d’une évolution microbienne, il n’en existe pas qui soit absolument incapable de présenter une pullulation des micro-organismes, soit sur un point, soit sur un autre de leur personne. Tous les parasites, quelle que soit leur taille, savent parfaitement choisir les milieux qui leur sont favorables, sans jamais se montrer ailleurs, alors même que les conditions de leur vie y sembleraient identiques. Je vous l’ai fait déjà remarquer dans une de nos précédentes leçons, en vous fai-
ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES
sant observer que l’acarus de la gale, les champignons de la teigne et de la mentagre, avaient coutume d’élire leur domicile en des points toujours les mômes, respectant invariablement d’autres parties qui nous paraissent absolument similaires.
Voilà la loi générale que nous verrons se manifester à chaque instant, et cependant, il faut le dire tout de suite, certaines bactéries ont un organe ou un système anatomique de prédilection. Par exemple, le microcoque de la pneumonie se développe dans le poumon d’une façon presque exclusive et le coccus de la blennorrhagie ne s’observe que sur la muqueuse uréthrale. Il en est d’autres qui peuvent proliférer dans tous les points de l’organisme, tous les terrains leur sont bons à des degrés divers. Le bacille de la tuberculose et les microbes pyogènes sont dans ce cas. De plus, certaines bactéries ne sauraient se développer dans un organe sain, il faut qu’un processus pathologique ou microbien antérieur leur ait créé un milieu favorable où elles pourront se multiplier. Par exemple, le microbe de l’ostéomyélite et celui de l’infection purulente puerpérale. Le corps humain est donc à la fois un bon terrain dans son ensemble pour certaines espèces, et chacun des organes ou des systèmes qui le composent est un terrain spécial où se localisent certaines autres.
Le mode d’introduction des microbes dans l’économie et la façon dont ils progressent de ce point-là vers le terrain favorable à leur développement méritent de nous arrêter un instant.
Certains microbes s’introduisent en nous par les voies respiratoires, d’autres par le tube digestif, d’autres par effraction, à l’aide d’une solution de continuité faite aux téguments. Enfin, il en est quelques-uns, le bacille de la tuberculose entre autres, qui peuvent indifféremment choisir l'un quelconque de ces modes et nous infecter