VOIES D’INTRODUCTION DES BACTÉRIES
par l’un ou l’autre de ces procédés. Tandis qu’au contraire il en existe qui, contagieux par les voies respiratoires, les microbes des fièvres éruptives, par exemple, ne paraissent pas l’être par les voies digestives, ou vice versa. 11 faut donc considérer si, introduits dans l’organisme, les microbes pourront facilement se rendre vers le point où ils pourront se développer, en tenant compte de ce fait que tous ne peuvent pas effectuer ce trajet s’ils se trouvent déposés en tel endroit plutôt qu’en tel autre. MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont démontré que le microbe du charbon symptomatique des bêtes à cornes était parfaitement transmissible si l’injection était faite à un point quelconque du tissu cellulaire sous-cutané, mais que les bovidés étaient toujours indemnes lorsque l’injection se pratiquait sous la peau qui recouvre l’extrémité de la queue. Nous avons vu également que des cultures de choléra des poules, injectées dans la masse des muscles pectoraux, ne donnaient lieu qu’à des symptômes locaux, quelle que soit leur virulence. D’un autre côté, M. Pasteur a démontré avec la dernière évidence que du virus rabique injecté dans la veine jugulaire d’un chien, en s’abstenant rigoureusement du moindre contact avec les lèvres de la plaie expérimentale, ne déterminait jamais chez lui l’explosion de la rage. Donc, dans certains cas, les microbes ayant pénétré en nous ne peuvent pas gagner l’organe qui fournit à leur développement un terrain favorable. La dernière expérience de M. Pasteur nous démontre, avec la dernière évidence, que ce n’est pas par le sang que se fait l’apport du microbe rabique sur les centres nerveux. Elle nous explique dès lors en partie que la rage se déclare d’autant plus promptement que la voie d’introduction en est faite en un point plus rapproché de l’encéphale; elle nous explique aussi, par la très grande difficulté qui existe à transporter en dehors
ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES
du courant sanguin un virus d'un point quelconque au cerveau, comment il se fait que les statistiques ont toujours démontré le nombre relativement restreint de ceux qui contractent la rage après avoir été mordus; elle nous donne enfin la clef de ce fait expérimental que, lorsque l’inoculation se fait directement sur le cerveau, la rage éclate toujours régulièrement le septième jour, alors que, pour cheminer d’un membre vers F encéphale, il faut une période de quarante, cinquante jours et quelquefois bien davantage. Le sang est, nous le savons, un moyen de transport beaucoup plus prompt, beaucoup plus sûr ; nous savons, en effet, avec quelle rapidité éclatent les symptômes dus à la morsure d’un serpent venimeux, quelque éloigné des centres nerveux que soit la porte d’entrée du venin. Le sang n’est donc pas une voie de généralisation et d’envahissement également favorable à toutes les bactéries pathogènes.
Un élément de succès pour les inoculations expérimentales ou accidentelles est tiré de la quantité de microbes injectés; il est bien sûr qu’une petite colonie bactérienne a beaucoup plus de chance d’être anéantie par des causes diverses, àcausede son peu d’importance, tandis que, si elle se compose de très nombreux individus, elle a des chances plus nombreuses d’implantation. De plus, certains organismes peuvent s’opposer à un développement bactérien, lorsque les phases initiales en sont peu importantes, tandis qu’ils sont en quelque sorte submergés par la marée montante des micro-organismes, si leur nombre est très considérable. Je vous ai cité les cas des moutons d’Algérie ou moutons barbarins, qui résistaient très bien à des inoculations charbonneuses. Mais vous savez que si on leur injecte des quantités massives de sang charbonneux, ils périssent rapidement, car, s’ils peuvent réduire au silence une petite colonie microbienne, ils sont réduits à l’impuissance devant