‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 54 sur 207 · MODES D’ACTION DIVERS · texte numérisé non relu

MODES D’ACTION DIVERS

d’innombrables légions de bactéries. Théoriquement, il est possible de concevoir qu’un seul microbe charbonneux d’un millième de millimètre d’épaisseur puisse arriver à tuer un bœuf gigantesque, mais je doute qu’il puisse jamais en être ainsi en réalité, car le développement de cet unique micro-organisme serait, dans l’immense majorité des cas, annihilé par suite de la vitalité de son support.

Mais voilà le microbe introduit dans l’économie, introduit même dans l’organe ou le milieu qui lui est favorable, comment et par quel moyen va-t-il donner lieu à la maladie? Nous entrons là dans l’étude du mécanisme des maladies, et vous allez voir combien cette étude est complexe. Supposez, messieurs, l’un d’entre vous enfermé dans une chambre close, portant avec lui une certaine quantité d’aliments, en vue de ses besoins futurs. Dans cette chambre, il se trouve en compagnie d’une bête féroce ; ne souriez pas, messieurs, vous allez voir tout à l’heure que ma comparaison n’est pas aussi enfantine qu’elle en a l’air. Il va se passer une des choses suivantes : ou bien vous tuerez la bête et vous en serez débarrassé, la lutte étant plus ou moins longue, plus ou moins dramatique, plus ou moins fertile en épisodes ; ou bien la bête vous tuera, soit en vous supprimant tout d’un coup, soit en mangeant vos aliments, en vous empêchant d’y toucher et vous obligeant au contraire à d’incessants combats. Ou bien elle vous empoisonnera par l’odeur affreuse de son haleine et de ses déjections. Ou enfin, vous serez de forces à peu près égales, et vous vivrez quelque temps ensemble, vous disputant avec acharnement votre subsistance, jusqu’à ce que l’un de vous deux succombe. Voilà, messieurs, le tableau de ce qu’est toute maladie ; seulement, au lieu d’avoir atfaire à une multitude de micro-organismes formant un tout et réunis en un seul être, vous aurez affaire à une vie disséminée, éparpillée

CABADÉ

ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES

de ces micro-organismes, voilà toute la différence. Eh bien, vous pouvez tout d’un coup tuer la bête, comme l’organisme peut empêcher la colonie microbienne de se développer, ou bien vous pouvez être brusquement supprimé par elle, si les microbes prennent subitement un tel développement que toute vie devienne impossible avec des myriades et encore des myriades de bactéries. Rare chez l’espèce humaine, ce mode est bien évident pour la maladie des vers à soie, connue sous le nom de pébrine, qui est le parasitisme poussé à un degré extrême. Ou bien les micro-organismes peuvent agir en dévorant l’aliment qui vous est nécessaire, ou bien encore en vous empoisonnant de leurs ptomaïnes, ou bien encore il peut s’établir entre les bactéries implantées en vous et votre organisme une longue lutte qui constituera la maladie chronique. Vous le voyez, messieurs, ma comparaison est une assez fidèle image de ce qui se passe quand un corps vivant est envahi par une colonie bactérienne. Ce sera toujours une lutte plus ou moins longue, plus ou moins mouvementée; il s’établira tout d’abord une lutte ardente entre ces deux ordres de micro-organismes, ceux qui composent le corps humain et les intrus, une lutte pour l’existence, chacun voulant étouffer l’autre et faisant appel à toute son énergie vitale pour atteindre ce but. Les mouvements nutritifs de l’élément anatomique s’exagèrent en même temps que le micro-organisme pathogène se multiplie, et ce double mouvement, assimilation et désassimilation, ne va pas sans une production de chaleur d’autant plus intense que le combat est plus acharné. Ce calorique est parfois une cause qui favorise le développement bactérien, en même temps qu’il conduire plus activement nos tissus et que certains d’entre eux, le tissu nerveux par exemple, ne peut longtemps le tolérer. Frappante analogie avec ce qui se passe dans la fer-

- ACTION PAR OBLITERATION

mentation alcoolique, quand les mycrodermes sont en plein état d’accroissement.

Voilà, d’une manière générale, comment se passera le conflit entre les deux ordres de micro-organismes, et une partie des conséquences qui découleront de ce conflit; mais nous avons encore à étudier d’autres conditions qui sont corollaires de ce que je viens de vous dire, et qui méritent une mention toute spéciale.

il arrive parfois, comme l’a démontré le professeur Toussaint pour la bactérie charbonneuse, que celle-ci répandue dans la masse sanguine y constitue des amas, et cela d’autant plus facilement pour le bacille charbonneux, qu’il s’environne d’une sorte d’atmosphère visqueuse, favorisant singulièrement sa réunion en petites masses qui peuvent oblitérer plus ou moins la lumière d’un vaisseau. Cela se passe ainsi, non seulement pour le microbe que je viens de dire, mais aussi pour le bacille de la tuberculose, et, dans ces conditions-là, on comprend que tous les éléments anatomiques, dont l’intégrité dépend d’une irrigation normale, vont se trouver dans des conditions d’infériorité manifeste et succomberont plus rapidement. Voilà une première cause d’altération directe des tissus par le microbe, elle n’est pas la seule. Certains éléments ne résistent pas à l’action du microbe qui s’est implanté sur eux, et la nutrition de celui-ci altère directement la composition et les propriétés des éléments qui lui servent de support. Si ces éléments ne jouent pas un rôle important dans l’économie, la lésion qui en résultera sera quantité négligeable, il en sera tout autrement si un rôle capital leur est dévolu. C’est ainsi que l'altération de la muqueuse uréthrale par le microcoque de la blennorrhagie sera sans conséquence grave, mais il en sera tout autrement, par exemple, de l’altération de l’épithélium dans les néphrites infectieuses; ici, la dépuration urinaire sera compromise, et

ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES

tous les accidents qui résultent de la rétention dans l’organisme des matériaux de déchet, que l’urine devrait éliminer, vont éclater. De telle sorte que l’action nocive des ptomaïnes de l’organisme malade viendra s’ajouter à celle qui est produite par les ptomaïnes microbiennes, et tout le cortège des accidents dits urémiques va bientôt faire son apparition et compliquer la situation. 11 ne faut pas l’oublier, en effet, les micro-organismes qui composent notre corps sécrètent aussi perpétuellement des poisons et nous sommes, suivant l’énergique expression du professeur Peter, traînant toujours avec nous et en nous les cadavres de nous-mêmes. Nous ne conservons la vie et la santé qu’à la condition de nous débarrasser sans cesse de ces cadavres. Dans ce cas-là, les microbes nous forcent à nous empoisonner nousmêmes par les propres poisons que nous fabriquons incessamment par les scories de notre organisme.

Acôtéde cette action directe des bactéries sur le point de l’organisme qui leur sert de support, il en estd’autres que nous devons signaler ; je veux parler des aclions rétlexes produites par une lésion constituée en un point, je me borne à les citer seulement, car elles existent, que la lésion soit de nature microbienne ou de tout autre nature. Qu’une brûlure ou une fausse membrane diphtéritique siège sur les cordes vocales et, à un moment donné, éclateront des accès de suffocation sous l’influence de ce même point lésé par des causes différentes.

De même que nous avons trouvé une différence dans les milieux au point de vue delà pullulation microbienne, de même aussi, en présence du même microbe, nous observerons des altérations diverses suivantle tissu envahi par lui. Prenons, par exemple, un micro-organisme dont les manifestations se généralisent le pins fréquemment, le bacille de la tuberculose, nous constaterons des lésions variables avec les tissus qui sont momentanément le siège

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