‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 55 sur 207 · INTOXICATIONS MICROBIENNES · texte numérisé non relu

INTOXICATIONS MICROBIENNES

de la poussée bactérienne. Je n’ai pas besoin d’insister sur ce point, et vous savez tous que les lésions de la tuberculose pulmonaire ne ressemblent en rien aux lésions ■cérébrales, et celles-ci aux lésions ganglionnaires ; cependant la présence du bacille donne à chacune la signature de la cause et nous montre leur filiation. Ces différences tiennent à des propriétés différentes des divers tissus, propriétés toutes régies probablement par des variétés de texture ou par des différences dans la composition moléculaire des divers systèmes; d’où il résulte des lésions d’aspect différent, mais de cause absolument identique. Il est incontestable que, dans ces cas-là, le mode de circulation ou le mode d’innervation doivent jouer un grand rôle, puisque la lésion finale aboutit soit à des nécrobioses, soit à des liquéfactions, soit à des indurations ou des nodosités. Il faut aussi tenir grand compte du mode de résistance des éléments anatomiques ; vous n’ignorez pas que, dans la plupart des tissus, les éléments agissent en créant autour du point où ils se sentent menacés une très grande quantité d’éléments semblables à eux, ou à quelque phase évolutive de leur existence, et que cette néoformation apourbut d’englober, d’enkyster la production morbide qui menace de les envahir, de la cantonner ainsi dans une coque plus ou moins épaisse, mais souvent suffisante pour empêcher l’action novice du contenu.

Il y a déjà longtemps que la similitude qui existe entre certains symptômes morbides et certains empoisonnements a frappé tous les observateurs. Aussi cette similitude s’est-elle traduite, dans le langage médical, par des expressions universellement adoptées, parce qu’elles exprimaient une idée vraie et d’observation quotidienne. Les termes d’intoxication paludéenne, d’empoisonnement typhoïde, de poison cholérique étaient et sont encore d’un usage quotidien. C’est qu’en

ROLS DES MICROBES DANS LES MALADIES

effet certaines bactéries pathogènes n'ont d’autre action sur l’organisme qu’elles ont envahi que par lesptomaïnes qui sont le produit de leur vie elle-même et qui, chez certaines espèces, peuvent présenter des propriétés éminemment toxiques; de même que les cellules de certaines plantes présentent comme résultante de leur vitalité des corps parfaitement définis, des alcaloïdes jouissant de propriétés dont nous avons appris les qualités funestes. Nous avons dit aussi, dans la précédente leçon, que quelquefois les micro-organismes qui constituent le corps humain, autrement dit les éléments anatomiques, avaient le pouvoir de donner naissance à des corps tellement semblables, qu’on les avait désignés sous les mêmes noms que leurs analogues dans la série végétale, en faisant suivre cette appellation du qualificatif d’animales pour indiquer simplement leur origine; on a ainsi découvert des conicines, des hyosçiamines, des atropines animales, et sans nul doute la liste ira s’allongeant encore.

Ce n’est que par ces substances que certains microbes agissent, et c’est à cette propriété seulement qu’ils doivent leur pouvoir pathogénique. L'expérience a démontré cela avec la dernière évidence. M. Pasteur a recueilli, en assez grande quantité, du sang virulent provenant du choléra des poules, dont une faible partie donnait lieu, sur un animal sain, à tout le cortège de la maladie se terminant par la mort. Puis, à l’aide d’un filtre spécial, le filtre de M. Chamberlain!, il a liltré ce sang de telle sorte que ce qui restait sur les parois filtrantes n’était autre chose qu’un amas de micro-organismes, tandis que le liquide qui avait transsu dé ne contenait plus une seule bactérie. Ce liquide ainsi obtenu a été injecté à des volatiles sains, et immédiatement ils ont présenté tous les symptômes de la maladie la plus franche et la plus légitime : plumes hérissées, animal en houle, sornno-

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