ACTION PAR LES PTOMA1NES
lence et stupeur ; seulement les poules ainsi injectées ne mouraient pas, elles revenaient à la vie au bout d’un temps plus ou moins long, variable avec la quantité de liquide qui avait été injectée ; tandis que la même expérience faite avec du liquide charbonneux ne détermine jamais la moindre maladie sur les animaux auxquels on injecte le liquide ainsi filtré. Je vous prie de bien retenir ce fait, nous aurons à y revenir. Pour le moment, je n’en veux retenir que cette preuve, à savoir qu’il existe des microbes sécrétant des ptomaïnes, et que ce sont celles-ci qui déterminent la maladie avec son cachet spécial. La réalité de l’empoisonnement par une substance que produit le micro-organisme est donc absolument démontrée, et dès lors nous ne serons pas étonnés si quelques maladies offrent des formes et des intensités diverses. La question se réduit alors à ces termes : Y a-t-il une quantité de poison plus ou moins grande absorbée, et y a-t-il un organisme plus ou moins sensible à l’action de ce poison?
Dès lors, vous le comprenez, la notion de quantité de substance toxique et celle de son absorption devient capitale, et elle suffit à nous donner la clef de ces formes quelquefois si dissemblables que provoque une seule et même maladie. Nous savons aujourd’hui que, sous quelque forme qu elle se présente, la phtisie pulmonaire est toujours une, quant à sa cause productrice. Voyez cependant quelles différences ! Voilà un phtisique qui se débat lentement contre un micro-organisme qui l’envahit peu à peu, détruisant graduellement son poumon, et s’empoisonnant tous les jours par de peti tes doses de ptomaïnes ; tandis qu’un autre meurt en présentant l’ensemble d’une intoxication typhique, due à la présence d’innombrables légions de bacilles tuberculeux, constituant la forme suraiguë de la phtisie. Et entre ces deux formes que d’intermédiaires, que de variétés créées par des quanti-
ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES
tés plus ou moins grandes de poison produit par les micro-organismes de la tuberculose. Considérez aussi la longue série d’intermédiaires qui existe entre une fièvre synoque avec embarras gastrique, entre cet état que le professeur Lorain appelait la typhoïdette, et la fièvre typhoïde à forme putride ouataxo-adynamique,et voyez sous quelle multiplicité d’états peut se présenter l’intoxication microbienne. Voyez encore dans le choléra ce que peuvent des principes très toxiques absorbés avec rapidité et combien, dans ces cas, la mort est prompte à frapper. Nul doute que, dans dans un avenir prochain, la composition et le mode d’action de ces poisons ne soient mieux connus, et aussi mieux connue la manière de s’en préserver. La plupart des intoxications dues à des alcaloïdes végétaux donnent lieu, à un moment quelconque de leur action, à des éruptions cutanées plus ou moins intenses. L’atropine, fhvosciamine, la morphine, comme j’en ai cité un très remarquable exemple, de même que certaines ptomaïnes renfermées dans des aliments de mauvaise qualité et qui, pour le dire en passant, donnent lieu par suite de leur absorption à des phénomènes d’une analogie frappante avec ceux que présente la fièvre typhoïde la plus légitime. C’est cet ensemble morbide qui a reçu le nom de botulisme. De même les ptomaïnes d’origine microbienne donnent lieuàdes manifestations à la peau comme les éruptions de rougeole, de scarlatine, les taches de la fièvre typhoïde et, vous le voyez, on ne saurait trouver d’analogie plus étroite ni plus complètement établie par l’observation.
Il est encore un autre mode d’action de certains microbes qu'il est très intéressant de connaître, c’est celui qui consiste pour le micro-organisme à consommer dans le corps de l’animal certaines substances ou certains principes indispensables à la vie de celui-ci; c’est ainsi