BESOINS DES ETRES VIVANTS
une prodigieuse quantité de matière immobilisée, puisqu’on compte que, pour l'espèce humaine seule, environ 500 milliards d’hommes ont habité la terre. Si vous ajoutez, à ce chiffre déjà respectable, ce qu’a été la vie animale et surtout la vie végétale, vous aurez la certitude que la vie serait depuis fort longtemps impossible sur notre globe, si les débris d’existence s’étaient accumulés sans rien perdre de leur composition, immobilisant ainsi une masse aussi prodigieuse de gaz sans qu’il puisse s’en former de nouveau. Songez que nous ne sommes enveloppés que d’une couche gazeuse de G kilomètres, et que les ressources nutritives de la terre, pour être immenses, ne sont pas indéfinies. Si la vie prenait toujours, immobilisait sans cesse et que la mort ne rende jamais rien, il y a longtemps que tous les principes nécessaires à notre existence auraient été consommés. Du côté des substances minérales, il en est de même ; leur quantité n’est pas infinie, et, si la mort ne rendait pas à la terre une partie de ces substances inorganiques, la provision serait bien vite épuisée. D’après les calculs du capitaine Maury, il faudrait quotidiennement le poids respectable de 130 millions de kilogrammes de phosphate de chaux, rien que pour entretenir le squelette interne ou externe de tous les animaux vivant à la surface du globe, et il en faut au moins mille fois autant pour les végétaux. Il faut donc, pour que la vie continue à être possible, (pie les corps qui ont été vivants soient ramenés, dans la mesure de ce qui estfaisable, en corps simples qui les composent, pour pouvoir de nouveau être mis à la disposition d’un autre être vivant , plante ou animal, qui les puisera soit dans le sol, soit dans F atmosphère. Nous sommes donc, dit le professeur llayem, composés de la même matière minérale qui a servi à composer nos ancêtres et des mêmes gaz, combinés peut-être d’une autre façon. C’est aux
ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES
microbes qu’est dévolue la fonction de transformer ainsi la matière animale ou végétale, et eux seuls opèrent cette dislocation qui permet aux corps de faire retour à une vie nouvelle. Ce sont eux, en un mot, qui font de la vie avec la mort. De même qu'il yaà Constantinople, dit M. Ducloux, des chiens qui ont pour mission de faire disparaître les cadavres de la voie publique, de même les microbes ont pour mission de faire disparaître la mort de la surface du globe. Comment procèdent-ils à cette œuvre gigantesque? C’est ce que je vais vous indiquer en quelques mots.
La seule condition qui assure la continuité de notre existence, c’est que nous sommes composés de matières insolubles; sans cela, en contact perpétuel intérieurement et extérieurement avec l’eau comme nous le sommes, nous cesserions promptement d’exister. C’est donc en la transformation de notre matière insoluble en une matière soluble que vont travailler les bactéries, et nous allons voir de quelle manière ils arrivent à déterminer cette solubilité, condition essentielle pour que les existences ultérieures utilisent à nouveau les corps simples qui nous constituent. Ce moyen, nous le connaissons et nous l’avons déjà étudié en vous parlant des fermentations, il est le même toujours et partout. C’est en cherchant à s’approprier l’oxygène dont ils ont un indispensable besoin pour vivre, — et, vous le savez, ce gaz se retrouve dans toutes les combinaisons de la matière organique,— qu’ils arrivent à rompre la composition moléculaire des corps, à permettre le dégagement de certains gaz, lesquels, n’étant plus retenus par la stabilité d’une combinaison, font retour à l’atmosphère et finissent par laisser une substance soluble promptement entraînée par l’eau dans les profondeurs du sol. Le procédé est donc toujours le même et la mise en œuvre des forces de la nature ne varie pas. C’est toujours l’oxygène qui