‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 59 sur 207 · PUTRÉFACTIONS · texte numérisé non relu

PUTRÉFACTIONS

est recherché, c’est lui qui sera enlevé aux composés organiques, comme dans la fermentation alcoolique. Mais tous les corps n’ont pas la même structure atomique que le sucre. La consommation d’oxygène par les bactéries aura donc pour résultat la formation d’autres corps à la place de l’alcool ou bien les gaz se dégageront et feront retour à l’atmosphère. Seulement comme ces gaz se trouvent partout en contact avec d’autres corps simples, déliés eux aussi par les microbes de la combinaison où ils étaient enfermés, il est fréquent qu’une nouvelle synthèse s’effectue donnant naissance à un produit nouveau. C’est ainsi que l’hydrogène sort le plus souvent à l’état d’hydrogène sulfuré et contribue à donner aux corps en voie de régression liquide l’odeur repoussante des putréfactions. Puis viennent d’autres corps qui reconnaissent la même origine et qui sont une phase passagère de la matière en voie d’évolution : les ammoniaques composés, les acides gras volatiles. Il se forme aussi des corps complexes à odeur caractéristique, comme l’indol et le scatol. Quand les corps résistent et ne cèdent pas facilement les gaz qui les composent, interviennent alors les diastases microbiennes qui les dédoublent et les rendent plus accessibles au travail des micro-organismes. Tous ces phénomènes, dans leur évolution naturelle, sonL encore mal connus, ainsi que l’ordre dans lequel ils se développent.

Quand un animal a cessé de vivre, les innombrables bactéries que renferment son tube digestif et ses cavités naturelles se trouvant en présence d’autres microbes, les éléments anatomiques ne possédant plus les propriétés de résistance qu’ils doivent pendant la vie à un milieu favorable à leur nutrition, ne tardent pas à les attaquer pour s’emparer de leur oxygène. Ce sont le bacillus amijlùbacler , le bacillus subtdis , le bacterium

CA BA DE

ROLE DES MICROBES DANS LES MALADIES

termo , qui sont les principaux agents de ce travail d’attaque, et à la promptitude avec laquelle ces microbes liquéfient la gélatine sur les cultures, on peut juger de l’énergie qu’ils déploient pour accomplir leur œuvre. Sous l’influence île ce travail, des gaz nombreux sont mis en liberté ; ils distendent outre mesure les téguments, jusqu’au point de produire sur leur surface une fissure légère par laquelle pénètrent aussitôt les bactéries de l'atmosphère, et alors le phénomène s’accentue et prend une marche rapide. D’autant plus que là, comme nous l’avons vu pour les agents de fermentation, chaque micro-organisme peut transformer, dans une journée, jusqu’à vingt fois et plus, une quantité de matière supérieure à son propre poids.

Dans ce travail de décomposition, toutes les espèces microbiennes se prêtent un mutuel appui. Le bacillus amylobacter est le type des anaérobies; son travail serait promptement arrêté, d’abord par le peu d’air au contact duquel il se trouve et surtout par la quantité considérable d’oxygène qu’il met en liberté en décomposant nos tissus. Mais il est accompagné du bacillus subtilis et du bacteriwn termo , qui le protègent du contact de l’air par le voile que créent leurs colonies. De plus, ces deux espèces aérobies types sont très avides d’oxygène et consomment rapidement celui qui provient de la décomposition effectuée par le bacillus amylobacter. Dès lors, rien ne s’oppose à ce que ce dernier ne mette en œuvre son pouvoir destructif si énergique.

Ainsi s’effectue d’une façon plus ou moins prompte, suivant que les circonstances favorisent ou retardent la pullulation microbienne, le retour à l’état gazeux, d’une part, et minéral, d’autre part, delà matière constituante (fes animaux. Dans cette évolution intime, nous retrouvons, comme agent nécessaire et indispensable, la vie et la nutrition des microbes, et on peut dire qu’il n’y a

PUTREFACTIONS

pas plus de putréfaction sans bactéries, qu’il n’y a de fermentations sans elles.

Donc, partout autour de nous et toujours, dans toutes les circonstances, nous retrouvons les microbes, qui sont les agents de la vie comme ils sont les agents de la mort, et nous pouvons dire que la vie est une mort perpétuelle, et la mort une vie nouvelle; c’est ce que Lucrèce avait déjà entrevu: Corruptio unius generatio altérais.

Voilà, messieurs, ce que j’avais à dire sur les généralités des microbes; nous commencerons, dans la prochaine leçon, l’étude de chaque maladie d’origine bactérienne.

Page 1