DE LA SUPPURATION. — OSTÉOMYÉLITE
INFECTION PURULENTE
Messieurs,
Nous abordons aujourd’hui l’étude des maladies diverses dans lesquelles Faction des microbes est aujourd’hui absolument démontrée, soit comme cause directe de tous les symptômes constituant l’état morbide, soit comme cause indirecte, donnant lieu à quelque phénomène caractéristique. Comme je vous l’ai déjà dit, nous devons nous garder de deux écueils dans celte étude : le premier est d’attribuer à Faction bactérienne un trop grand nombre de maladies ; le second serait de refuser aux microbes une action quelconque, sous le prétexte que, directement implantés sur les animaux, ils ne reproduisent pas un ensemble pathologique identique à celui qu’on observe chez Fhomme. Je vous ai dit les causes mulLiples qui, le plus souvent, empêchent qu’il en soit ainsi; je n’y reviendrai donc pas. Je me bornerai à vous montrer, chemin faisant, le résultat des inoculations de culture et nous verrons alors comment, dans chaque cas particulier, on peut expliquer cette apparente contradiction. De même, j’aurai à vous exposer, dans les leçons qui vont suivre, quel est l’état, de nos connaissances actuelles sur telle ou telle maladie, qu’il ne faut pas trop se hâter de ranger parmi les maladies bactériennes, jusqu’à plus ample informé. C’est en
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procédant par des généralisations trop rapides et par des classements encore peu justifiés, que l’on s’expose à de singulières déconvenues et que l'on déconsidère une science qui réalise le plus grand progrès médical qui existe dans l’histoire de notre art.
Quel est l’ordre que nous allons aborder dans cette étude? Ferons-nous défiler sous vos yeux l’analyse anatomopathologique de chaque maladie, en y relevant ce qui peut ou non rentrer dans notre cadre? Ce serait, je crois, s’exposer à bien des redites et renoncer à toute vue d’ensemble. Comme je vous l’ai dit, il existe des bactéries qui peuvent se développer sur tous les tissus de l’organisme, tous les terrains leur sont bons ; sur tous elles peuvent manifester leur action nocive. La suppuration, la tuberculose, la syphilis, sont dans ce cas, et nous fournissent une première classe de maladies à étudier. Mais, de même que tous nos tissus peuvent, à un moment donné, être le siège de l’évolution d’un seul et même microbe, de même il peut arriver qu’un seul organe soit le siège de maladies déterminées par des microbes d’espèces différentes et nous avons ainsi la classe des lésions multiples que peuvent présenter un ou plusieurs organes, un ou plusieurs milieux sous la rubrique de maladies infectieuses : endocardites, néphrites infectieuses — ou en généralisant plus encore l’action, embolies, thromboses, gangrènes infectieuses, septicémie. Quant aux autres maladies qui ne présentent aucune espèce de lien commun, force nous sera d’adopter le mode universellement admis, et de les étudier en passant successivement en revue chaque système physiologique’.
C’est le fait multiple et vulgaire de la suppuration et de ses conséquences que nous allons étudier tout d’abord. S’il suffisait d’être fréquemment les témoins d’un phénomène pour en pénétrer avec certitude le mécanisme,
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la suppuration nous serait parfaitement connue depuis fort longtemps; mais il semble, au contraire, que la nature est d’autant plus prodigue de certaines manifestations que leur secret doit plus longtemps nous échapper. Tels sont les faits de la suppuration, dont l’observation quotidienne est vieille comme l’humanité, qui cependant ne nous est connue que depuis quelques jours. Je ne puis vous faire l’historique de toutes les théories mises en avant pour expliquer le phénomène; il en est pourtant quelques-unes que je dois analyser brièvement devant vous autant à cause du nom considérable de leurs auteurs que parce qu’elles ont soulevé d’importantes questions, et qu’en donnant une interprétation erronée du phénomène elles ont conduit à la découverte de quelques vérités. Je passe, bien entendu, sous silence toutes les vieilles théories humorales, de sang corrompu, d’humeurs putrides, etc. , pour arriver aux théories les plus modernes qui, jusqu’aux immortels travaux de M. Pasteur, ont trouvé des adeptes plus ou moins nombreux.
Théorie des blastèmes. — C’est mon maître, le professeur Ch. Robin qui, sans être le premier auteur de la théorie des blastèmes, l’a faite sienne par son enseignement constant, par les preuves qu’il lui a fournies et surtout par la démonstration des erreurs où conduisaient celles qui lui étaient opposées. Toute suppuration, disait-il, est précédée de l’apparition d’un blastème. Dans maintes circonstances, le sérum sanguin ou la lymphe, ou les éléments anatomiques, quelquefois deux de ces facteurs, ou encore tous ensemble, laissent exsuder une substance le plus souvent fluide ou demilluide qui est le blastème du pus. C’est dans ce liquide que naissent, par genèse, les éléments constitutifs du pus, les leucocytes; le reliquat donnant naissance au sérum. Ces blastèmes provenant d’éléments divers n’ont