PROGRES ACCOMPLIS
étudier ensemble renferme des vérités indiscutables, aussi pleinement, aussi victorieusement démontrées que n'imporle quel axiome de physiologie ou de pathologie. Gardons-nous des enthousiasmes prématurés, mais aussi ne nous plaignons pas des critiques, des doutes, des hésitations. Le temps est proche où pas une voix discordante ne se fera entendre. Du reste, regardons en arrière, croyez-vous que toutes les grandes découvertes médicales aient été adoptées unanimement? Il n’en est pas qui ait eu l’heureuse fortune de la doctrine microbiologique, de grouper en si peu de temps toutes les convictions, à quelques rares exceptions près. Ne prenons qu’un exemple, le plus illustre de tous : en 1(119, Harvey proclame la grande découverte de la circulation du sang, et, quatre-vingts ans plus tard, Mery lisait devant l’Académie des sciences, sans protestation de la part de la docte assemblée, une critique virulente de la théorie d’Harvey. En 1683, on soutenait encore devant la Faculté de Paris des thèses contre les « circulateurs », comme on disait alors, et le doyen de cette Faculté, Guy Patin, croyait anéantir sous ses railleries et ses sarcasmes la grande découverte de l’illustre Anglais. Nous sommes loin, vous le voyez, d’un tel acharnement scientifique, et celle fois la vérité triomphe sans que la résistance soit à beaucoup près aussi opiniâtre. G est que, il faut bien le dire, jamais une découverte ne s’est montrée aussi promptement féconde en résultats aussi merveilleux. Cette science est née depuis dix ans à peine, et voyez déjà les progrès accomplis! Je ne vous parle pas du langage médical définitivement débarrassé d’expressions vagues n’exprimant aucun fait, marquant seulement l’ignorance où l’on était de la réalité des choses. Plus de maladies spontanées, essentielles, plus d entité morbide, de génie épidémique, de miasmes, d’effluves, etc. Toutes ces locutions sont reléguées au
INTRODUCTION
rang des curiosités historiques, car toutes étaient l’expression d’une vérité peut-être pressentie, mais à coup sûr non analysée. Indépendamment de cette réforme de mots, voyez la réforme des faits. Yoyez la révolution profonde apportée dans la chirurgie, combien de milliers d’existences l’antisepsie rigoureuse n’a-t-elle pas sauvées? Combien d’opérations que l’on fait journellement aujourd'hui, et qui réussissent presque toujours, alors qu’il y a vingt ans il eût été criminel de les tenter, tellement étaient infimes les chances de succès? C’est dans les salles de chirurgie actuelles qu’il faut envoyer les adversaires de la doctrine microbienne, qu’ils aillent y rechercher ce que sont devenues les septicémies, les infections purulentes, les pourritures d’hôpital, la fièvre puerpérale, ils apprendront que toutes ces terribles complications ont à peu près disparu, que, de très fréquentes, elles sont devenues extrêmement rares, que la mortalité post-opératoire a baissé dans des proportions considérables, et devant cet ensemble de faits rigoureusement démontrés, il faudra bien se rendre à l’évidence.
Bien que dans les autres branches de l’enseignement médical les résultats aient été moins brillants, ce qui tient à une complexité plus grande des problèmes à résoudre, voyez quelle rénovation profonde s’accomplit partout, sous l’impulsion des connaissances que nous devons aux découvertes de la bactériologie. La pathologie générale est entièrement à refaire, l'hygiène est sortie du rôle de science accessoire pour devenir presque prépondérante en médecine. La thérapeutique est bouleversée et pour ainsi dire réduite à l’impuissance, jusqu’au jour où elle nous enseignera comment on peut atteindre le microbe dans les profondeurs de l’organisme, sans nuire à celui-ci. Les classifications de la pathologie sont devenues précaires et peuvent changer de jour en jour; des maladies citées comme types d’affec-