‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 61 sur 207 · THÉORIE CELLULAIRE · texte numérisé non relu

THÉORIE CELLULAIRE

pas une composition identique, et. conséquemment peuvent donner et donnent naissance à des liquides purulents qui n’ont ni le même aspect, ni les mêmes propriétés. Deux de ses élèves, mes deux amis, le regretté Legros et M. Onimus, ont essayé d’appuyer la doctrine du maître par une expérience directe. Ils introduisirent dans le péritoine, ou sous la peau de lapins, de petits sacs de baudruche mince, remplis de sérosité filtrée provenant de vésicatoires. Deux jours et souvent vingtquatre heures après, ces sacs étant retirés, ils ont vu et j’ai vu le liquide fortement troublé et devant à de nombreux leucocytes son aspect louche. Malheureusement pour la théorie, Lortet, puis Corail, démontrèrent que les leucocytes avaient parfaitement pu pénétrer au travers de la baudruche humide et gonflée, grâce à leurs mouvements amiboïdes. De plus, en plaçant dans les mêmes conditions des fragments de moelle de sureau, on constata que les leucocytes avaient pénétré fort avant le tissu végétal. Il faut bien le dire, cette doctrine des blastèmes repose sur la genèse leucocytique, c’est-à-dire sur une génération spontanée, et, depuis les travaux de M. Pasteur, nous savons ce que vaut cette hypothèse que rien ne démontre et que tout infirme.

Théorie cellulaire. — C’est l’adaptation à la pyogenèse de la théorie cellulaire générale que Virchow a adoptée après les travaux de Mirbel, de Blainville et Ti •eviranus. D’après cette théorie, les éléments figurés du pus naissent par prolifération des cellules préexistantes de l’organisme, soit aux dépens des cellules plasmatiques, soit aux dépens des cellules embryonnaires ou des cellules épithéliales, et cela par endogenèse ou éaogenèse ; de plus, dit la théorie, tous les éléments cellulaires ou granuleux peuvent aboutir à la formation des leucocytes. A cela, Ch. Robin répondait avec raison qu’on prenait pour une transformation, ou

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une genèse, des éléments qui s’étaient déjà laissé pénétrer par un ou plusieurs leucocytes. Ces deux théories partageaient à peu près tous les anatomopathologistes, lorsqu’on 1867 Conheim découvrit le grand phénomène de la diapédèse et avança une autre théorie.

Théorie de la diapédèse. — Pour Conheim, les globul es du pus ne sont autre chose que les globules blancs du sang, sortis des vaisseaux en traversant les parois vasculaires en l’absence de toute lésion, les parois n’en restant pas atteintes dans leur intégrité. Cette remarquable propriété a été constatée par de très nombreux expérimentateurs, et le phénomène se voit parfaitement sur le mésentère d’un cobaye, que l’on irrite avec une goutte d’acide concentré.

Je vous fais grâce de toutes les conceptions mixtes que les esprits éclectiques avaient cru devoir mettre au jour, en attribuant la formation du pus, tantôt pour une certaine partie à un processus, tantôt à un autre, et j’ai bâte d’arriver non plus à une théorie, mais à l’exacte expression de la vérité, à l’intervention des micro-organismes comme cause déterminante et unique de la suppuration.

Ici, messieurs, l’affirmation est nette, et vous allez voir qu’elle est rigoureusement démontrée. Il n’existe pas de suppuration sans microbe; pas de microbe, pas de suppuration. Etudions d’abord les micro-organismes qui en sont la cause première, nous verrons ensuite par quel mécanisme le phénomène se produit. Les bactéries pyogènes sont par ordre de fréquence dans la production du pus : 1° le staphylococcus pyogenes aureus (Pasteur), c’est de beaucoup le plus fréquent de tous; 2° le staphylococcus pyogenes alhus ; 3° le streptococcus pyogenes ; 4° le staphylococcus pyogenes citreus (Ogston- Rosenbach) ; 5° le micrococcus pyogenes tenais (Rosenbach) ; 6° le micrococcus cereus alhus et le micrococcus

MICROBES PYOGENES

flavescens (Passet) ; 7° enfin un bacille, le bacillus pyogènes fœtidns , qui, comme son nom l’indique, ne se retrouve que dans le pus fétide des abcès avoisinant les orifices naturels, tels que ceux qui se développent auprès de la bouche ou de la marge de l’anus.

Il n’est pas d’abcès, pas de suppuration, abstraction faite, bien entendu, de ce que l’on nomme les abcès froids, qui, dans l’immense majorité des cas, sont d’origine tuberculeuse, comme nous le verrons, et qui par conséquent contiennent un microbe spécial, dans lesquels on ne retrouve une ou plusieurs de ces espèces dans l’ordre de fréquence que je viens d’indiquer. Un mot sur chacune d’elles.

1° Le staphylococcus pyoyenes aurens est sans contredit le plus fréquent de tous ; M. Pasteur l’a découvert en 1880 et il a démontré qu’on le trouvait abondamment dans l’air , dans l’eau des rivières, et aussi dans les poussières, ainsi que sur la peau de l’homme, soit qu’il s’enfonce dans les replis, dans l’ouverture des glandules, ou qu’il s’accole aux poils. Son nom cTacpuLq (grappe) indique sous quelle forme il se groupe d’habitude. Ce sont des coccus ronds de 9 à 12 u. qui pénètrent parfois dans l’intérieur des globules du pus qu’ils distendent. Cultivé sur la gélatine, le microbe la liquéfie très promptement et donne de belles colonies jaune d’or, comme vous le pouvez voir sur ces tubes où la I iquéfaction est déjà prononcée, bien que l’ensemencement ne date que de trente heures environ. Il en est de même lorsqu’il est ensemencé sur des tranches de pomme de terre ou sur l’agaragar. Cultivé dans un tube plein de gélatine, il donne lieu à une colonie qui encreuse le cylindre à la manière d’un chapeau de feutre renversé. Brieger a isolé de ces cultures une ptomaïne cristallisée en aiguilles, qui lui a paru être inofîensive. Toutes les cultures de ce microbe sont virulentes; inoculées sous la peau des animaux,

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elles déterminent constamment un abcès plus ou moins considérable, suivant la quantité de matière inoculée et suivant la santé du sujet. M. Rodet l'a injecté directement dans le sang, et dans ces conditions-là il élit domicile et détermine la suppuration osseuse en donnant lieu à l’ostéomyélite la plus caractérisée, surtout si, préalablement à l’injection, on a déterminé sur un point quelconque du squelette une lésion, même d'importance médiocre ; c’est toujours le locus minoris resistantiæ qui sera choisi. Nous pourrons probablement le constater sur ce lapin dans le sang duquel on a injecté une partie d’une de nos cultures de staphyloccccus aureus , après avoir préalablement fracturé le tibia, en respectant l’intégrité des téguments. En l’injectant aussi dans le sang, MM. Ribbert, en Allemagne, et Bonome, en France, ont constaté qu’il pouvait donner lieu à des phénomènes d’endocardite sur lesquels nous aurons à revenir en traitant des endocardites infectieuses. Dans ces cas-là, ce serait surtout aux environs des valvules ou sur l’une des faces de celles-ci que le microbe se grefferait, les ulcérant ou produisant une prolifération.

Il est du reste à remarquer que, dans quelques circonstances, la peau ne constitue pas pour le microbe une barrière infranchissable, alors même qu’elle est parfaitement saine. Garré a déterminé la formation d’un anthrax sur son bras en le frottant avec une culture de ce microbe. C’est probablement par les conduits excréteurs qu’il pénètre. Le même expérimentateur a démontré que parfois le microbe en culture, dont il avait frictionné sa peau, ne déterminait pas d’accidents ; il restait sur lui avec une virulence latente, suivant l’expression du professeur Verneuil. Mais, dans ces conditions-là, il suffisait d’une très légère et très fugace contusion, portant sur le point frotté, pour que la suppuration s’y montre. Ce microbe se retrouve dans la plupart

MICROBES PYOGÈNES

des pus, c’est lui qui leur donne ces reflets ocreux. Il ne manque jamais clans le pus de l’ostéomyélite.

2° Le staphylococcus pyogenes albus ; il est d’une fréquence moindre, c’est lui qui donne au pus la couleur blanchâtre. Il se cultive de môme que le précédent et donne des colonies blanches, produites avec un peu plus de lenteur. La liquéfaction de la gélatine n'est pas aussi prompte à s’établir que celle qui s’effectue par le staphylococcus aurais. Son inoculation et son injection dans le sang donnent lieu aux mêmes phénomènes.

3° Le streptococcus pyogenes , en forme de chapelet comme son nom l’indique, s’observe réuni en groupe de 2, 8, 10, 20 éléments, de 8 à 10 [/.; il se cultive bien dans des bouillons de viande et ne liquéfie pas la gélatine.

4° Le staphylococcus pyogenes citreus donne des cultures jaune-citron. Mêmes propriétés.

5° Le micrococcus pyogenes tennis réussit très mal en culture; il paraît avoir les mêmes propriétés.

6° Les cereiis albus et le flavescens sont irréguliers, sans effet dans les inoculations ; on les rencontre d’ordinaire dans l’intérieur des leucocytes du pus. Ils ne liquéfient pas la gélatine ; leur diamètre varie défi à 16 [/..

7° Enfin, le bacillus pyogenes fœtirlus est un bâtonnet de 1.4S u. de long et de 0.58 ;■ >■ d’épaisseur; il se cultive sur gélatine en exhalant une odeur infecte. En inoculations sous-cutanées, il lue promptement certains petits mammifères.

Les principales espèces de ces microbes ont été préparées à votre intention et tout à l’heure vous pourrez les étudier à l’aise.

Tels sont les microbes de la suppuration. Il n’est pas possible de trouver une collection purulente qui ne présente nne ou plusieurs de ces espèces. Nous devons étudier maintenant la manière dont ils agissent pour donner lieu au phénomène. Et d’abord, se pose une

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question préjudicielle : la suppuration ne peut-elle pas se produire sans leur secours ? M. Straus, qui a parfaitement étudié cette question, répond catégoriquement non, et il le démontre par une série d’expériences fort ingénieuses. En procédant de la façon la plus minutieuse pour éviter l’introduction dans les plaies des germes de la peau ou de l’atmosphère ; en introduisant sous la peau ou dans la profondeur des tissus des substances diverses, rigoureusement privées de germes, chiffons, fragments divers, substances caustiques, etc., M. Straus n’a jamais pu voir se produire la moindre suppuration. Mais si, préalablement ou consécutivement, il fait une inoculation de culture d’une des espèces que je viens d'indiquer, la suppuration ne manque jamais. Il est donc hors de conteste que les micro-organismes sont les agents actifs et les seuls facteurs de la suppuration. Cette propriété bien constatée, quelles seront maintenant les phases intimes de cette action ? Ici, il faut bien le reconnaître, l’obscurité la plus grande règne encore, et nous sommes obligés d’avoir recours à des hypothèses diverses, tout en reconnaissant qu’aucune d’elles ne fournit une explication qui s’applique à toutes les formes et à toutes les données du problème. Les microbes introduits sous la peau agissent-ils d’une façon toute mécanique, en se multipliant énergiquement sous la peau, et oblitérant, par la formation de leurs zooglées, la lumière des vaisseaux qui leur créent ainsi un champ plus vaste de reproduction et permettent au phénomène de s’étendre? La chose est possible, probable même, mais il faut, selon moi, se garder de croire que le mécanisme expliquerait toutes les suppurations, surtout celles qui se passeraient dans les cavités closes et les suppurations spécifiques. La présence seule des microbes doit incontestablement entrer en ligne de compte. Ogston a étudié le pus d'une foule cl’abcès chauds, et il arrive à

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