‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 62 sur 207 · MODE D’ACTION DES MICROBES · texte numérisé non relu

MODE D’ACTION DES MICROBES

cette conclusion que le liquide contient en moyenne 2 millions de bactéries par millimètre cube; dans certaines circonstances, leur nombre s'élève à 45 millions pour la même quantité. Nul doute qu’un nombre aussi prodigieux ne doive entrer en ligne de compte par le seul fait de la masse relative qu’il constitue. Faut-il admettre que les microbes agissent dans l’organisme à la manière des ferments, en produisant des dédoublements dans les parties au contact desquelles dis se trouvent? C’est encore une hypothèse à l’aide de laquelle on ne peut expliquer ni le mécanisme du phénomène, ni surtout l’apparition de la grande masse de leucocytes qui sont la caractéristique de toute production purulente. 11 faut en dire de même de l'action des ptomaïnes sécrétées par le microbe; on ne saurait comprendre comment la présence du poison donnerait une explication suffisante de l’envahissement par des globules purulents.

Dans toutes les manières d’envisager la production du phénomène, il est une donnée qui me paraît avoir été beaucoup trop négligée, et, à mon sens, il n’est pas douteux qu’elle ne joue un rôle considérable dans le mode d’apparition du pus. Je veux parler de cette propriété que nous avons vue appartenir à la plupart des espèces pyogènes, et qu’elles manifestent de la façon la plus évidente dans les cultures artificielles du laboratoire. C’est le pouvoir que possèdent les bactéries pyogènes qui consiste à produire d’une façon plus ou moins prompte la liquéfaction de la gélatine. Je vous ai montré que le micrococcus pyogenes aurens procédait à cette liquéfaction avec une promptitude remarquable. Nul doute que sur le vivant les choses ne se passent de même, que le microbe transplanté sous la peau ne liquéfie, en se multipliant et pour les besoins de sa nutrition, les substances albuminoïdes au contact desquelles

DE LA SUPPURATION

il se trouve; les parois des capillaires n'échappent pas à cette action dissolvante, et, par conséquent, il est permis de supposer que les phénomènes de diapédèse en seront singulièrement facilités. Les globules blancs sortiront des vaisseaux et des espaces qui les contiennent avec une rapidité d’autant plus grande que le phénomène de ramollissement et de liquéfaction s’exercera sur des troncs vasculaires plus importants. Je suis d’autant plus porté à soutenir cette théorie que je suis frappé de ce fait : comment agissent les substances qui s’opposent à la suppuration? Toutes ont une action commune et cette action n’est autre que le durcissement, la solidification de matières albuminoïdes. L’alcool, le tanin, l'acide phénique, le sublimé corrosif, sont dans ce cas. Ces substances agissent, passez-moi l’expression, en jambonnant les parties vivantes au contact desquelles on les met, par conséquent en solidifiant leur gélatine, par conséquent en rendant impossible ou du moins très difficile leur liquéfaction par les microbes, par conséquent en empêchant la suppuration. Vous savez que je vous ai dit, en parlant de la nutrition des microbes, qu’il n’est de substances antiseptiques, au vrai sens du mot, que celles qui, par leurs propriétés, agissent de telle sorte sur le milieu qu’elles y rendent impossible la nutrition des bactéries. C’est, je crois, dans ce sens et dans cette mesure qu’agissent les substances qui s’opposent à la suppuration.

Quoi qu’il en soit de l’action intime du microbe pour amener la production du pus, il n’en est pas moins vrai que sa présence est absolument nécessaire et de rigueur pour que le liquide purulent se forme. Mais, comme je vous l’ai dit en vous parlant des expériences de Carré faites sur lui-même, pour se nourrir et se' développer les bactéries ont besoin d’un milieu spécial et ce milieu leur est fourni le plus souvent par un traumatisme, qui modifie

Page 1