PÉNÉTRATION PAU LE POUMON
crachats expectorés parties phtisiques, desséchés et réduits en poudre. Dans ces conditions, les chiens, d'ordinaire relativement assez réfractaires à la tuberculose, sont morts en présentant tous les symptômes et aussi toutes les lésions anatomiques caractérisant la maladie. Il est vrai de dire que plusieurs d'entre eux ne contractaient pas la maladie, mais, pour quelques-uns, l'efficacité de ce mode de contagion était mise hors de doute. 11 en était autrement lorsque ces expérimentateurs, variant leur manière de faire, faisaient inhaler à des animaux de même espèce une pulvérisation d'un liquide composé d'eau dans laquelle des crachats tuberculeux étaient intimement mélangés. Dans ces conditions-là, la mortalité devenait considérable et il était rare qu’un chien sortît de la cage à expériences indemne de tuberculose.
Du reste, avant que ces expériences ne fussent connues, les faits avaient parlé assez haut pour démontrer que la tuberculose s’inoculait à distance. Il n’est pas un médecin ayant pratiqué la clientèle et ayant pu suivre ses malades qui n'ait été témoin de faits semblables, n’ayant vu des gens robustes et présentant tous les attributs de la meilleure santé mourir tuberculeux, après une cohabitation plus ou moins intime avec un phtisique. Pour ma part, j'ai été témoin de faits tellement probants, dont la narration serait trop longue et nous entraînerait trop loin de notre sujet, que depuis longtemps, avant môme que le bacille delà tuberculose ne soit démontré, j’avais mon siège fait, et je ne mettais pas en doute la contagion de la maladie par l’air respiré autour des malades. Nul doute que ce ne soit aux conditions multiples de promiscuité que crée la vie de caserne que l’on ne doive l’épouvantable léthalité tuberculeuse qui frappe l’armée. Elle nous présente, en effet, une moyenne de 3,500 hommes malades de tuberculose, sur 280,000 qui composent notre contingent.
TUBERCULOSE
La question de l'infection tuberculeuse par inoculation ne fait incontestablement pas le moindre doute pour les espèces animales. En est-il de même pour l'homme? Ici, les exemples ne sont pas fréquents, mais la contagion de ce fait ne semble pas pouvoir être révoquée en doute. Il y a d'abord les faits des tubercules anatomiques, qui, d’après MM. Besnier et Vidal, ne se produisent que par une piqûre faite en disséquant des cadavres de tuberculeux. En second lieu, quelques faits isolés de personnes s’étant blessées ou ayant manipulé des crachats de phtisiques avec une blessure à la main et devenant tuberculeuses. Plusieurs de ces faits paraissent assez concluants, niais la preuve directe n’a pas été fournie. Je me trompe, il s’est trouvé trois médecins grecs qui n’ont pas rougi de pratiquer une expérience de cette nature, au mépris des lois de la plus vulgaire moralité; ils inoculèrent, sur un homme atteint de gangrène par oblitération artérielle, des crachats de phtisiques et, trois semaines après, ils trouvèrent dans le poumon et dans le foie des tubercules bacillaires. Le professeur Yerneuil a vu des manifestations tuberculeuses dans les testicules, chez des individus ayant eu commerce avec une femme tuberculeuse et ayant pris d’elle la blennorragie.
Nous arrivons à la grande question de l’hérédité, et, certainement, si les autres modes de contagion ont trouvé des incrédules, le mode héréditaire n’a jamais été révoqué en doute depuis Hippocrate. Je laisse de côté toute la question si fortement embrouillée des diathèses et j’arrive à l’examen de la manière dont peut s'expliquer le fait de l’hérédité tuberculeuse, étant données les notions positives de l’existence du bacille. M. Chauveau dit avoir plusieurs fois constaté la tuberculose sur les fœtus des vaches pommelières ; le même fait a, du reste, été observé maintes fois, sans que jamais on ait ob-