LÉSIONS INTESTINALES
de contact seulement il n’a rien perdu de ses propriétés nocives. Après douze heures de contact, il est atténué et ne produit que des lésions locales.
Quoi qu’il en soit, on a souvent relaté des cas très manifestes de lésion tuberculeuse de l'estomac,, et la découverte du bacille caractéristique dans le tissu sous-muqueux ne permettait pas de les attribuer à une autre cause qu’à sa présence. Dans l'intestin, c’est sous forme de petits grains, analogues à ceux qui constituent la psorentérie, que se traduit l’évolution tuberculeuse initiale. D'après Baumgarten, c’est en dehors des villosités qu’on les observe. C’est ordinairement par les vaisseaux chylifères que s’absorbent les bacilles, et c’est dans les ganglions ou dans les follicules clos qu’on les retrouve. Dans l’un et l’autre cas, ils provoquent des lésions semblables ; nous en avons dit quelques mots tout à l’heure à propos de l’infection ganglionnaire. Dans un follicule clos, les cellules épithélioïdes et, plus tard, les cellules géantes proviennent du mouvement karyokinétique qui s’est emparé des éléments cellulaires du réticulum. Mais le processus régressif rompt bientôt la paroi du follicule et l’ulcération tuberculeuse est constituée, plus ou moins étendue suivant le nombre des follicules intéressés. Quant à l'infection ganglionnaire, on sait sa fréquence pendant les premiers temps de la vie. L'infection du péritoine et le processus qui aboutit à la constitution des péritonites tuberculeuses s’effectuent généralement par la voie sanguine, ou bien encore par une extension qui gagne de proche en proche les bacilles provenant d’un organe en contact direct avec la séreuse ou communiquant avec celle-ci par les vaisseaux lymphatiques.
A propos des néphrites infectieuses, nous étudierons l’évolution tuberculeuse dans le rein.
Ce que nous avons dit du mode de prolifération bacil-
TUBERCULOSE
laire, lorsque le micro-organisme est transporté par la masse sanguine, s’applique à la tuberculisation des méninges. C'est là, pour les enveloppes du cerveau, le seul procédé d’infection, et le tableau de la maladie ressort en entier des oblitérations vasculaires, déterminant soit l’œdème de certaines parties, quand elles sont veineuses, soit leur ramollissement quand les bacilles ont déterminé l’endartérite. 11 y a de plus, et le fait a été noté par M. Chantemesse, une action qui s’exerce, au travers des parois vasculaires, sur les cellules de la névroglie; celles-ci deviennent plus grosses et fortement granuleuses, en même temps que leur protoplasma se creuse de vacuoles plus ou moins considérables.
Tels sont les faits que je désirerais vous faire connaître, et, vous le voyez, leur diversité apparente peut parfaitement nous fournir l’idée d'un processus analogue, sauf quelques nuances de détail, imposées par la texture des parties où le bacille s'implante et prolifère.
De tout temps, les cliniciens ont saisi les rapports étroits qui unissaient la scrofule et la tuberculose, et de longues discussions se sont élevées pour savoir si les deux diathèses étaient distinctes ou devaient être confondues. La notion de la cause des deux maladies esl venue trancher la question et de la façon la plus péremptoire. Les néoformations scrofuleuses à évolution caractéristique, celles que le professeur Grancher a dénommées des scrofulomes, sont toujours caractérisées parla présence du bacille tuberculeux. Mais, et c'est là un point important, les bacilles, bien que identiques, morphologiquement parlant, y sont toujours en nombre de beaucoup plus restreint. Du reste, les résultats expérimentaux ne permettent pas de révoquer en doute ce fait, attendu que, par l’inoculation de produits scrofuleux, on a pu déterminer des lésions de tuberculose, avec nombreuses colonies bactériennes, toujours assez lentes dans leur
TUBEltClîLOSE ZOOGLÉIQUE
évolution et bénignes dans leur terminaison. Les expériences de MM. Villemin, Hérard, Colin, Cornil, etc., ne laissent aucun doute à cet égard. Il semblerait que les effets du bacille tuberculeux peuvent s’atténuer dans des proportions considérables, et que la scrofule serait le produit de cette virulence amoindrie. Il n’en est pas moins vrai que le bacille peut séjourner pendant un temps plus ou moins long dans l’économie, en n’y révélant que des propriétés, dont la nocivité est beaucoup moindre. A un moment donné, soit que, par une circonstance encore ignorée, il récupère sa virulence, soit qu’il ait agi uniquement comme agent de préparation, on voit éclater tous les symptômes de la tuberculose la plus franche et la plus meurtrière. Tout le monde sait avec quelle facilité les scrofuleux deviennent phtisiques, mais on ignore si la présence du bacille qu’ils ont en eux suffit, ou s’ils doivent être infectés par un nouvel apport de micro-organismes venus du dehors.
Je dois, en terminant, vous dire quelques mots de certaines expériences de MM. Vignal et Malassez qui semblent nous indiquer, sinon une lacune, du moins une inconnue dans la notion que nous avons des procédés bactériens qui conduisent à la tuberculose. Ces deux auteurs ont communiqué le fait suivant à la Société de Biologie. Ayant un jour inoculé à un cobaye un tubercule pris sur la peau d’un enfant qui avait succombé à une méningite tuberculeuse bien caractérisée, ils déterminèrent la mort de l’animal. Ils procédèrent alors à des inoculations en série, en puisant toujours la matière à inoculer dans le foyer qui s’était formé au point où la substance avait été introduite sous la peau. Les animaux moururent jusqu’à la sixième série, et, bien que leurs nodules tuberculeux présentassent une configuration qui, à l’œil nu, les faisait parfaitement ressembler aux tubercules ordinaires, ces deux expérimentateurs cons-
TUBERCULOSE
tâtèrent que ces nodules étaient constitués par des masses zoogléiques de microcoques, de 1 à 3 de diamètre, quelquefois disposés en chaînettes. Ces microcoques étaient du reste parfaitement immobiles. Us purent cultiver ce microbe, et. l'inoculantà de nouvelles séries animales, ils produisirent toujours une tuberculose zoogléique. Mais, en continuant leurs inoculations, ils s’aperçurent que certains animaux présentaient à nouveau des lésions appartenant à la tuberculose bacillaire. En effet, les masses zoogléiques tendaient peu à peu à disparaître, et les cellules géantes, qui avaient manqué dans les premiers cas, apparurent nombreuses. Du reste, de nombreux bacilles se voyaient dans l'intérieur de ces cellules, accompagnés de quelques microcoques en chaînette. Ce résultat alla s'accentuant, et les inoculations suivantes présentaient un nombre de bacilles encore plus considérable.
Que faut-il conclure de ces expériences? Faut-il croire, avec quelques auteurs, qu’on n'a eu affaire qu’à une septicémie embolique? La haute compétence de MM. Vignal et Malassez permet de repousser à priori une pareille supposition. Faut-il admettre que les bacilles ont pu provenir de ces microcoques assemblés en zooglées? ou. se basant sur les expériences d’Ebertb, peut-on admettre que, dans certaines circonstances données, le bacille tuberculeux peutse rapprocher par sa morphologie des éléments constitutifs des masses zoogléiques de MM. Malassez et Vignal? Enfin, la tuberculose peut-elle être causée par deux microorganismes, le bacille de lvocb qui serait de beaucoup le plus fréquent, et le microcoque qui a été observé non seulement par MM. Vignal et Malassez, mais encore chez la poule par M. Nocard et sur les cobayes par M. Cliantemesse? A toutes ces questions on ne peut faire de réponse bien péremptoire ; le mieux est d’attendre et de surseoir au jugement. L’avenir nous dira où est la vérité.