‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 83 sur 207 · QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LEÇON

THROMBOSES. EMBOLIES. — GANGRÈNES.

Messieurs,

Nous avons terminé, dans notre dernier entretien, l’étude des maladies dans lesquelles une seule espèce de microbe donne lieu à des lésions analogues sur les divers tissus de l’économie. Nous avons rangé sous ce chef le cancer, la syphilis et la tuberculose, c’est-à-dire, pour parler un instant le langage d’autrefois, les trois diath èses qui le plus fréquemment viennent affliger l’espèce humaine. D’autant plus que, comme nous l'avons vu, il est rigoureusement exact, au point de vue causal, d’y joindre les manifestations diverses de la scrofule.

On ne peut encore affirmer que le cancer et la syphilis soient réellement d’origine bactérienne. 11 n’en est pas de même pour la tuberculose, dont l’origine parasitaire ne peut plus être révoquée en doute. Le microbe qui l’occasionne est parfaitement connu et, de jour en jour mieux étudié, on a pu le suivre dans des séries nombreuses de générations. Inoculé à des animaux, il détermine chez eux des manifestations tuberculeuses, identiques à celles dont il nous afflige. C’est là ce qui a singulièrement favorisé son étude. A des degrés de fréquence divers, les animaux se montrent spontanément tuberculeux, en restreignant cette spontanéité à une contagion non expérimentale, mais ils ne deviennent jamais cancéreux ni syphilitiques. Nul doute que les causes inconnues

THROMBOSES

qui les rendent réfractaires à l'invasion des deux microorganismes du cancer et de la syphilis ne retardent encore beaucoup le moment où nous aurons sur eux des données certaines et aussi indiscutables (jue celles que nous possédons sur le bacille de la tuberculose.

Il nous reste à vous présenter maintenant, pour terminer la microbiologie générale, l’étude des lésions toujours analogues à elles-mêmes et qui peuvent être déterminées par plusieurs espèces bactériennes. Vous savez qu’en pathologie il faut toujours se garder des lois trop nettement, trop exclusivement formulées, les faits se prêtant toujours mal à ces divisions qui consistent à ranger les états pathologiques dans des catégories bien distinctes, bien définies, comme en autant de petits casiers ; aussi j’ai hâte de vous dire qu’en vous parlant de lésions simplement analogues je traduis exactement la réalité des choses. Il serait, du reste, très surprenant que des causes diverses produisissent des effets rigoureusement identiques. Les trois déterminations morbides d’origine bactérienne que nous avons à étudier aujourd’hui, les thromboses, les embolies et les gangrènes, sont liées entre elles par les connexions les plus étroites, et le plus souvent vous les verrez se succéder dans l’ordre que je viens de leur donner en vous les énumérant. Une colonie microbienne détermine souvent une coagulation vasculaire; en totalité ou partiellement, le coagulum est porté en divers points de l’économie par la voie circulatoire, et la gangrène est la conséquence de ce transfert. Du reste, l’ordre de succession se réalise souvent en renversant absolument les termes. La manifestation gangreneuse peut parfaitement être la cause productrice de manifestations thrombosiques diverses. Autant que possible, je vous signalerai, chemin faisant, ces influencés diverses. Malheureusement, le temps dont nous disposons 11e nous permet-

LA PLASMINE

Ira pas de les étudier partout où elles peuvent se produire.

L’oblitération d’un vaisseau, quelle que soit sa nature, par un coagulum formé aux dépens du liquide qu’il transporte normalement est une thrombose. 11 existe donc des thromboses artérielles, veineuses et lymphatiques. Les thromboses des vaisseaux sanguins, qui sont de beaucoup les plus nombreuses et les plus intéressantes, nous occuperont presque exclusivement. La thrombose peut résulter soit d’une composition anormale du sang, soit simplement d’une lésion des vaisseaux, et plus spécialement de l’endothélium de ceux-ci. Les travaux de Denis (de Commercy) ont démontré que le sang contenait toujours une substance nettement définie, à laquelle il a donné le nom deplasmine. Cette substance peut se dédoubler en deux autres, la fibrine concrète et la fibrine dissoute. La fibrine concrète constitue les coagulais, tandis que la fibrine dissoute reste en dissolution dans le sérum. Le dédoublement de la plasmine, véritable dislocation de cette substance, a été reconnu par Schmidt être complètement analogue au phénomène de la fermentation. Cet auteur désigna certains corps auxquels il donna le nom de ferments de la fibrine. Disons tout de suite que, quand il dut marquer quels étaienl ces ferments, il se retrancha derrière des aperçus généraux et accusa en blocles impuretés d’être ou dejouer le rôle de ferments. Les recherches plus modernes de M. Ranvier et du professeur Hayem ont mis successivement en cause, tantôt les hématies ou les hématoblastes, tantôt les leucocytes, qui, dans certaines circonstances données, pouvaient devenir des ferments. Aujourd’hui, la cause de plusieurs maladies ne pouvant plus être révoquée en doute, et celte cause n’étant autre que des microbes, nous pouvons assurer qu’eux seuls sont les ferments de la fibrine, que la présence de certains d’entre eux dans le sang dé-

THROMBOSES

termine le dédoublement delà plasmine et la formation d’un caillot. Du reste, la liste des maladies que l’observation antérieure à nos jours avait permis de considérer comme donnant au sang un pouvoir spécial de coagulation désigné sous le nom d’inopexie ne comprend que des maladies que nous savons aujourd’hui évoluer toujours sous l’influence d’un microbe. Les cachexies, la puerpéralilé, sont dans ce cas. En dehors des coagulations directes, par exemple de celles qui sont produites par une température extrême, la plupart des thromboses qui reconnaissent pour cause une viciation du sang n’ont pas une autre origine, et se produisent par suite d’une fermentation dont les micro-organismes sont les agents. Les bactéries peuvent donc donner lieu à une coagulation, en dehors de toute atteinte portée à l'intégrité de l’endothélium vasculaire. Ce sont des causes étrangères à cette nouvelle propriété de coagulation qui déterminent le siège où le phénomène s'observera le plus fréquemment, et nous savons que, dans l’immense majorité des cas, c’est aux points où le courant sanguin est animé d’une vitesse moindre que se forment les thrombus. C’est à ce fait qu’il faut attribuer la très grande rareté des thromboses artérielles, opposée à la fréquence des thromboses veineuses. Je me borne à signaler, sans y insister, le fait très rare d’oblitérations constituées en totalité par les micro-organismes euxmêmes, comme l'a vu M. le professeur Toussaint poulies bactéridies charbonneuses.

Mais, à côté des thromboses produites par l’action directe des microbes sur la masse sanguine, nous devons signaler celles qui reconnaissent pour cause une altération dans la structure vasculaire, lésions dont l’endothélium est le siège de beaucoup le plus fréquent, du moins comme cause immédiate du phénomène. 11 est cependant probable que les deux influences de fermen-

Page 1