‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 84 sur 207 · COAGULATION · texte numérisé non relu

COAGULATION

talion de la plasmine et de rupture de l’intégrité endothéliale, se combinent et se prêtent un mutuel appui. C’est ce qui explique la grande fréquence des thromboses qui s’effectuent dans le voisinage, ou tout au moins dans la sphère d’action des points où existe le foyer d’infection locale.

De tous temps, l’action de la phlébite comme cause de coagulation du sang a été reconnue ; nous savons aujourd’hui que celte action reconnaît pour cause ordinaire la pullulation de colonies bactériennes dans l’épaisseur de la tunique adventice du vaisseau. La présence directe de microbes sur la tunique endothéliale a été fréquemment observée, notamment dans les cas d’endocardite, que nous étudierons plus tard et avec tous les détails nécessaires, et leur présence ne saurait, comme nous le verrons, être révoquée en doute comme cause productrice de la coagulation. Mais dans d’autres circonstances, c’est à distance qu’agit le micro-organisme, et il manifeste son action sur les cellules de l’endothélium, alors qu’il est séparé d’elles par une épaisseur plus ou moins grande des tuniques constitutives du vaisseau, car souvent il arrive au contact des tuniques veineuses par leur surface externe.

Le mode d’action, nous le connaissons pour l’avoir étudié dans notre dernier entretien; c’est en subissant le travail de la karyokinèse, en tombant par larges plaques dans la cavité du vaisseau, que celui-ci s’obture, s’il est de dimensions exiguës, et le sang, qui ne peut forcer l’obstacle créé par cette petite masse épithéliale envoie de segmentation, se coagule de proche en proche, en remontant pl us ou moins loin vers le centre circulatoire. L'examen du produit ne laisse aucun doute sur son origine, et on retrouve dans le caillot les microorganismes dont l’évolution a ainsi produit le phénomène. Dans quelques circonstances, certains d’entre

C VBA DE

THROMBOSES

eux, continuant dans l'intérieur du caillot, le processus patbogénique qui est une propriété de leur nutrition, déterminent dans le coagulum la formation des substances auxquelles ils donnent normalement naissance dans l’organisme. Le micrococcus pyogenes aurens est dans ce cas, ainsi que le bacille tuberculeux, comme nous l'avons déjà vu. Dans les thromboses liées à la puerpéralité, M. Doléris a mis ce fait hors de doute.

On a désigné sous le nom de thrombus blanc une agglomération de leucocytes, qui vient toujours s’accoler aux points de l’endoveine où la desquamation épithéliale s’est effectuée. Je n’en parle que pour vous signaler la part que les éléments lymphoïdes peuvent prendre à la dissémination de l'agent infectieux qu’ils fixent à leur périphérie, en vertu du pouvoir amiboïde dont ils sont doués. Ce sont eux qui, dureste, sont les premiers facteurs de la coagulation dans les vaisseaux de petit calibre et de calibre moyen, à cause de l’appoint important qu'ils viennent immédiatement fournir à la masse épithéliale tombée au milieu de la cavité; ils la renforcent immédiatement, en interceptant le cours du liquide; ils donnent ainsi au travail karyokinétique le temps de s’accomplir et, en multipliant les éléments figurés, ils constituent un obstacle solide et résistant.

Tout corps contenu dans les liquides de l’organisme, sang ou lymphe, sans faire partie intégrante du liquide, soit comme corps normalement défini, soit à un état anormal de cohésion, constitue une embolie. Le volume des embolies est donc essentiellement variable; il va du caillot sanguin, assez volumineux pour oblitérer le tronc de l’artère pulmonaire, jusqu'au leucocyte auquel une bactérie pathogène s'est accolée. Nous n’avons à nous occuper que des embolies microbiennes ou zoogléiqucs, soit qu’elles tirent leur origine d'une des

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variétés de thromboses que nous venons de décrire, ce qui est le plus fréquent, soit que les bactéries pénètrent directement dans le sang- par une inoculation. Encore devons-nous restreindre notre sujet à l’étude des bactéries, et éliminer celle des autres parasites, trichines, distome hépatique, etc., qui ressortit à la maladie ordinairement déterminée par chacun d’eux. Nous avons déjà eu occasion par deux fois d’étudier ainsi le phénomène sans en prononcer le nom. D'abord, en faisant l’étude de la formation des abcès métastatiques, sous l’influence du microbe de la suppuration, en second lieu en exposant la marche d’une tuberculose en voie de généralisation par les vaisseaux sanguins ou lymphatiques.

Vous vous rappelez aussi que nous vous avons cité, à propos du cancer, ces cellules et ces leucocytes dont le corps se hérisse de prolongements, véritables tentacules qui les fixent en un point quelconque de l'organisme, où ils vont déterminer une évolution morbide absolument semblable à celle dont ils émanent. Je n’ai pas besoin de vous faire remarquer que seules ces embolies infectieuses peuvent, dans certaines circonstances, passer du système veineux dans le système artériel, quand leur volume ne leur interdit pas le passage au travers du filtre à mailles exiguës, que les capillaires du poumon constituent.

C’est donc en procédant par voie d'embolies plus ou moins abondantes et plus on moins ténues, que se propagent et se généralisent les maladies microbiennes ; tantôt l’embolie sanguine jouant le premier rôle, comme dans la pyohémie, tantôt la prédominance appartenant au système lymphatique, comme pour la généralisation du charbon par la pustule maligne. Le rôle du processus embolique est tellement important dans ces maladies que, pour plusieurs auteurs, c’est le mode qui le plus souvent déterminerait la mort. Nous avons déjà vu que

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les ptomaïnes, et quelquefois les fermentations, doivent aussi entrer en ligne de compte, comme facteurs de la terminaison fatale.

Les embolies bactériennes s'observent partout. Les micro-organismes vont où le courant sanguin les pousse, mais tous les tissus ne convenant pas à l'éclosion des germes ou à la multiplication des individus adultes, les colonies de microbes ne se développent pas indifféremment sur’ tous les organes. Certains micro-organismes semblent posséder, au point de vue que j'indique, une sorte d'affinité élective qui se montre par les résultats. Ces faits sont surtout évidents dans les cas dont je vous ai déjà entretenus, où l’embolie est constituée par des paquets considérables de bactéries, qui, si le terrain ne leur convient pas, restent dans l'intérieur du vaisseau. On observe souvent ce fait dans le système capillaire du rein, et nous verrons quelles en sont les conséquences en traitant des néphrites infectieuses.

Il existe pour les embolies des faits analogues à ceux que nous avons signalés en vous entretenant des thromboses, et qui se relient ensemble par des liens très étroits, je veux parler des embolies qui s'effectuent autour du point où siège une manifestation bactérienne. Les micro-organismes déterminent, par b' travail qu'ils occasionnent, une perte de substance, qui peut comprendre un vaisseau quelquefois volumineux, dont les tuniques sont progressivement détruites, de telle sorte qu’une niasse considérable de bactéries passent à la fois dans la circulation, constituant une infinité d embolies qui iront un peu partout porter dans les divers organes les germes d une destruction ultérieure.

Les embolies peuvent entrer dans la circulation par les lymphatiques, et c’est par cette voie que pénètrent les microbes dans tous les cas d’inoculation accidentelle ou expérimentale. La possibilité matérielle du fait est

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indéniable, on sait que les corps pulvérulents, mis en rapport avec les origines du système lymphatique, par leur séjour dans le tissu cellulaire, origine de cet ordre de vaisseaux, sont transportés par les leucocytes dans les ganglions et peuvent parvenir ainsi dans la circulation générale. M. Martin a démontré que, mis au contact d'un corps étranger, le globule blanc peut non seulement le faire pénétrer dans son protoplasma, mais encore, si le globule blanc est trop petit pour le volume de la particule pulvérulente qu’il veut fixer, il s’hypertropliie et grandit jusqu’à ce qu'il ait acquis des dimensions suffisantes pour le contenir. Mais il y a plus, certains auteurs ont prétendu que, lorsque l’élément globule blanc était de dimensions trop exiguës pour qu’il puisse contenir un corps étranger, on observait le phénomène suivant : autour de cette particule intruse, il se forme une auréole de globules blancs, qui se pressent et s’accolent entre eux, constituant ainsi une véritable embolie de dimensions variables. Plus tard, les cloisons qui séparent les leucocytes les uns des autres se fusionnent et disparaissent, et ainsi se trouve constituée une cellule géante, qui, dans ce cas, comme dans celui de l’évolution tuberculeuse, n’est autre chose qu’un travail rudimentaire, mais très réel, de protection de l’organisme, par l'isolement et l’enchatonnemenl du corps étranger. Nul doute que les choses ne se passent de même, lorsqu’il s’agit soit de bactéries isolées, soit de bactéries groupées entre elles, sous forme de zooglées plus ou moins volumineuses.

Les embolies ainsi constituées ne tardent pas à être poussées dans des capillaires, dont les dimensions sont moindres que celles de ce petit bloc erratique; par conséquent, l’embolie s’arrêtera et se fixera. Dès que le courant sanguin est ainsi interrompu, les leucocytes sortent en abondance par diapédèse du vaisseau, tantôt

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on amont de l’obstacle seulement, tantôt en amont et en aval, si la circulation s’est rétablie par les voies collatérales, et ainsi se trouve constitué un nodule dont les propriétés seront déterminées par celles des bactéries qu'il renferme. A moins que, devancées dans leur travail de prolifération par celui des éléments anatomiques, ceux-ci, se multipliant énergiquement autour du nodule, et imitant le procédé des leucocytes, n’enserrent ce nodule et les bactéries qu’il contient dans une néoformation infranchissable, véritable enkystement, qui les mettra hors d’état de nuire. Cette manière de procéder et cette voie que se créent les éléments infectieux par le système lymphatique méritent de fixer toute votre attention : c'est un des modes les plus usuels de la généralisation des maladies microbiennes. Bien qu’on en ait longtemps ignoré le mécanisme, tel que je viens de vous l'indiquer, il est positif que de tout temps les cliniciens ont signalé ce fait, en appelant l’attention sur l'importance du retentissement ganglionnaire. 11 est très peu de maladies infectieuses qui échappent à ce mode de transfert par les voies lymphatiques. En vous parlant de la tuberculose, je vous ai montré que c’était une des routes favorites que suivait le bacille, et que sa propagation s’effectuait, comme je viens de vous le dire, par infection très prompte des ganglions lymphatiques correspondants. Je vous ferai remarquer le même procédé pour un très grand nombre de maladies bactériennes, quand nous aurons à les passer en revue. Mais, comme les ganglions, les canaux de la lymphe sont influencés par les matériaux qu'ils transportent. Quelques bactéries mises en liberté viennent au contact de leurs cellules de revêtement interne et déterminent sur cet endothélium une série de phénomènes, analogues à ceux que nous avons déjà étudiés et qui constituent l’angioleucite spécifique.

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